Johanne Falardeau, faite pour aider

Johanne Falardeau aurait bien pu choisir le tennis,... (Infographie Le Soleil)

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Johanne Falardeau aurait bien pu choisir le tennis, elle qui admirait notamment Jimmy Connors et Chris Evert.

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(Québec) Après avoir accroché sa raquette de badminton en 1991, Johanne Falardeau a mis presque 10 ans avant de retrouver sa vraie personnalité. Ayant vu toute sa vie tourner autour d'elle pendant les 20 années qu'a duré sa carrière d'athlète, elle est revenue à ses valeurs profondes quand elle a commencé à travailler au Service de transport adapté de la Capitale (STAC).

«Je suis faite pour aider», lance l'ex-championne canadienne de badminton chauffeuse d'autobus depuis 17 ans. «Je me souviens qu'à l'âge de sept-huit ans, quand j'allais au magasin, j'ouvrais la porte aux personnes qui avaient de la difficulté. Et j'agis de la même manière aujourd'hui dans mon travail. Quand je vois quelqu'un qui a de la misère, c'est plus fort que moi, je vais l'aider. J'aime les gens. Je veux qu'ils soient bien et heureux autour de moi et j'essaie de leur faciliter la tâche.»

Johanne insiste, elle a eu deux vies. Sa première quand elle a été athlète et sa seconde qui a commencé le jour où elle s'est jointe au STAC, un emploi qui, en la propulsant dans un monde complètement différent de celui qui avait été le sien pendant 20 ans, a redonné un sens à son existence. 

«Je suis passée d'un milieu où tout le monde était en forme et où on ne parlait pas de la maladie à un environnement où des gens ont vu leur vie basculer et pour qui je suis leurs yeux, leurs jambes, etc. Mais j'adore ce que je fais. J'ai l'impression que je peux changer des choses dans la vie des gens. Je ne sais pas combien de fois je me suis fait dire "tu es dans ton domaine, c'est une vocation chez toi".»

Progression fulgurante

Initiée au badminton à l'âge de 10 ans par Jean-Claude Laprise, Johanne a connu une progression fulgurante. Championne junior (19 ans et moins) provinciale trois ans plus tard, elle a accédé à l'équipe nationale à 15 ans. L'année suivante, elle a remporté la triple couronne (simple, double, mixte) lors du Canadien junior. Des succès obtenus même si la jeune athlète devait composer avec un contexte difficile...

«Je ne parlais pas anglais et je voyageais seule et stand by. J'embarquais sur l'avion s'il y avait de la place. C'était très stressant. Et quand j'arrivais à destination, je devais me débrouiller. Je dormais dans des bed and breakfast et souvent je mangeais du same thing. J'aurais aimé pouvoir marcher dans les traces de quelqu'un d'autre.

«Ce qui me faisait avancer, c'était la possibilité d'aller dans des endroits où je n'avais jamais été. Ma personnalité faisait aussi en sorte que je voulais découvrir jusqu'où je pouvais me rendre.»

C'est après avoir gagné les Jeux du Commonweatlh en double avec Claire Backhouse que Johanne a pu profiter d'un meilleur encadrement et a pu voyager aux quatre coins de la planète sans se soucier d'organiser elle-même tous ses déplacements. Mais plus elle s'approchait de la trentaine et plus elle s'interrogeait sur son avenir. Le décès de son père Bob (Boomer), son plus grand motivateur, et l'obligation de se trouver des commanditaires pour défrayer une partie des coûts de ses déplacements ont lentement éteint son désir de jouer.

«Je n'étais plus capable d'être obligée de performer. Ça faisait 20 ans que je le faisais, j'étais épuisée. D'ailleurs si ça n'avait pas été de mon père, j'aurais probablement pris ma retraite avant. Et je n'ai jamais rejoué au badminton par la suite. Ce n'était pas vrai que même à la retraite, parce que j'étais Johanne Falardeau, je devrais gagner tout le temps quand je jouerais. 

«Je ne renie cependant rien de ma carrière. Grâce à elle, j'ai appris plein de choses. Et elle demeurera toujours une grande fierté.»

Entraîneuse pendant quelques années, Johanne s'est lassée de passer ses fins de semaine dans les gymnases et elle a complètement tourné le dos au badminton. Mais c'était pour mieux y retourner, il y a un an, quand elle a accepté l'offre de Marie-Claude Lachance de diriger des jeunes au Club de badminton de Québec. «C'était le meilleur des deux mondes. Je pouvais renouer avec ma passion tout en continuant d'aider. J'avais aimé et chéri le badminton pendant plusieurs années et là, j'avais la chance de partager et transmettre à des jeunes ce que j'avais vécu.

«C'était vraiment drôle quand je suis arrivée dans le gymnase la première fois. Les jeunes, qui, contrairement à leurs parents ne me connaissaient pas, voyaient en moi une matante de 55 ans qui ne semblait pas être à la bonne place. Aujourd'hui, je suis en amour avec mes joueurs. Et nous avons une belle complicité. J'adore travailler avec les jeunes.»

Même s'il compte sur un groupe d'athlètes qui défendent ses couleurs sur les scènes régionale et provinciale, le Club de badminton de Québec (quebecbadminton.com) n'est pas un club fermé. Il accueille aussi des jeunes raquettes évoluant déjà dans leur école qui désirant se perfectionner. Johanne est très heureuse de pouvoir travailler avec des joueurs de la Beauce, de Donnacona et d'un peu partout de la région de Québec. «C'est un beau complément pour les jeunes qui est malheureusement méconnu.»

Questions/réponses

Q Performance marquante? 

R Ma victoire en double lors des Jeux du Commonwealth à Brisbane, en Australie, en 1982. Le premier souvenir qui me revient c'est quand je suis sur le podium, que l'hymne national joue et que le drapeau du Canada monte. Pour moi, il n'y a pas de meilleur feeling.

Q Tes idoles? 

R Quand j'étais jeune, au niveau provincial et national, il y en a eu quelques-unes dont Wendy Carter. Mais je n'ai jamais pu jouer contre elles. Au niveau international, j'ai eu Julian Jill. J'ai eu la chance de l'affronter à l'âge de 17 ans alors qu'elle était championne du All England. J'ai perdu en trois sets serrés. Aujourd'hui, c'est Roger Federer.

Q Ce qui te manque le moins? 

R Les voyages en avion. Dans les années où j'ai joué, je devais faire de nombreux transferts pour me rendre à mes destinations. Je me souviens avoir fait sept transferts pour me rendre au Pérou. À la fin, je n'étais plus capable de sentir l'odeur des avions. Aujourd'hui, je déteste toujours prendre l'avion.

Q Ce qui te manque le plus? 

R Voir du beau badminton, du badminton de haut calibre.

Q Plus grand regret?

R Ne pas être allée aux Jeux olympiques. Le sport été accepté aux Jeux en 1992, mais j'avais pris ma retraite un an avant.

Q Si tu n'avais pas joué au badminton?

R J'aurais joué au tennis. Quand j'étais jeune, je voulais être professionnelle de tennis comme Chris Evert et Jimmy Connors. Aujourd'hui, je ne manque pas un Grand Chelem à la télé. Et j'ai beaucoup suivi Eugenie Bouchard à ses débuts. En quelque part, elle réalisait quelque chose que j'aurais voulu faire.

Q Un rêve?

R Je vais avoir 56 ans. Je pourrais travailler en transport adapté jusqu'à l'âge de 60 ans et ensuite retourner en badminton un peu plus à temps plein. C'est certain que si j'avais la chance de mettre plus de temps et d'énergie dans le badminton, je le ferais.




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