La vie parallèle de Sophie Roberge

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L'ex-athlète olympique en judo Sophie Roberge vit aujourd'hui dans le Nord-du-Québec où elle est professeure d'éducation physique.

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(Québec) Résidant dans le Nord québécois depuis presque une dizaine d'années, mère de trois enfants et enseignante, Sophie Roberge a depuis longtemps tourné la page sur sa carrière en judo qui l'a menée jusqu'aux Jeux de Sydney en 2000.

«J'ai l'impression que j'ai fait ça dans une vie parallèle, dit-elle. Le jour où c'est fini, on doit passer à autre chose. Ce n'est pas que je ne suis pas fière de ma carrière. Mais on a tellement de défis dans une vie, tellement de projets et de choses que l'on veut réaliser... Le judo a été une partie de ma vie. Mais je dis toujours que ç'a été dans une autre vie.»

Sophie demeure toujours silencieuse sur son passé d'athlète olympique lorsqu'elle est en présence de personnes qu'elle ne connaît pas. «Ça change le regard des gens. Je suis restée terre à terre. Être soi-même, c'est ma ligne directrice. Peu importe ce que tu fais, ce que tu gagnes, qui tu rencontres, où tu vas, reste qui tu es, comment tu as été élevée.»

C'est parce qu'elle était en attente de son premier enfant que Sophie avait, après les Jeux de Sydney, mis un terme à sa carrière. «Je m'étais toujours dit que j'arrêterais de compétitionner quand je serais enceinte et qu'à ce moment-là, ça allait être facile. Moi et mon chum, on désirait tellement avoir un enfant. Je m'étais trompée. D'abord parce que je n'avais pas mesuré l'ampleur du fait d'être enceinte. Et aussi parce que je n'avais pas amorcé le processus de ma retraite. Du jour au lendemain, j'étais obligée d'arrêter. 

«Mon deuil a été difficile même si j'avais réalisé les objectifs que je m'étais fixés, que j'étais allée aux Jeux et que j'avais la satisfaction d'avoir donné le meilleur de moi-même. Mais je n'avais plus mon identité qui me faisait sentir compétente.»

Désireuse de retrouver son poids après la naissance de sa fille en septembre 2002, Sophie est retournée sur le tatami. Et comme elle était toujours une athlète brevetée, elle a décidé de reprendre la compétition. 

«Je n'avais pas le même désir de gagner, je voulais surtout m'amuser. Et parce que je n'avais plus cette obligation d'objectifs, je me suis mise à performer au-delà du réel. Je faisais des podiums et on me remettait sur le circuit. Ce n'était pas prévu. Moi, je voulais juste reprendre ma taille et me renipper l'estime de soi.»

L'athlète native de Charlesbourg a recommencé à voyager. Elle est allée au Japon et a pris part aux Pan Am en Amérique du Sud où elle a été championne. Et au U.S. Open, où elle ne s'était jamais qualifiée avant, elle a terminé troisième. «J'étais de plus en plus souvent partie. Mon chum était découragé mais il ne me le disait pas. Il me supportait.»

Finaliste des championnats canadiens de 2004 où elle s'était inclinée face à Marie-Hélène Chisholm, elle a commencé à rêver aux Jeux d'Athènes. Quelques semaines plus tard, elle a appris qu'elle attendait un deuxième enfant. Elle a alors accroché son judogi pour de bon.

Aujourd'hui enseignante, une profession qu'elle a rêvé d'exercer alors qu'elle était jeune, Sophie est d'avis que c'est son contact avec les jeunes et la possibilité de leur redonner une partie de son savoir et de son vécu qui l'a aidée à faire son deuil du judo. Professeure d'éducation physique au Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue, où elle a eu dans un de ses groupes cinq joueurs des Huskies, ses «p'tits gars», elle enseigne aussi dans les écoles primaires de Rouyn-Noranda.

«Je trouve que les jeunes sont très ouverts et qu'ils écoutent avec attention ce que je dis. Je pense qu'ils le font parce qu'ils m'admirent en tant qu'athlète olympique et que je parle de ma carrière avec passion.»

Impliquée à fond dans sa communauté

Sophie est aussi très active dans sa communauté. À Matagami, elle a organisé avec son amie Aline un triathlon pour les élèves du primaire, une activité à laquelle ceux du secondaire se sont aussi joints quelques années plus tard. Elle a aussi donné des cours de judo aux jeunes.

«La dernière année, j'avais 65 enfants qui venaient à mes cours», explique celle qui a aussi donné en 2015 un stage de judo fort couru à Lasarre et auquel ont participé son conjoint Claude Laflamme, lui aussi judoka ceinture noire, et ses trois enfants, une activité où toutes les sommes amassées sont allées au club de Lasarre.

Toujours à la recherche de défis, Sophie prendra part le 26 juin au triathlon demi-Ironman de Mont-Tremblant. Lors des dernières années, elle avait fait la compétition en équipe. Cette année, elle sera des trois disciplines. «J'ai eu une bulle au cerveau», lance-t-elle.

«C'est Aline qui m'a convaincue de prendre part au triathlon dans la catégorie individuelle. Moi, je nage comme une roche. Elle m'a dit : "Come on, on est capables. Tu es allée aux Jeux olympiques, les défis, tu n'as pas de problèmes avec ça". Ça m'a piquée.

«C'est un défi de vie dans mon cas. Je ne pense pas que mon corps puisse subir ça une deuxième fois. Je suis maganée par le judo. Je n'ai plus de ménisque d'un bord et j'ai zéro flexibilité dans une épaule. Pour moi, le défi sera de compléter chaque portion et de terminer l'épreuve.»

Questions/réponses

Q Expérience la plus difficile? 

R Quand j'ai manqué ma qualification olympique en 1995. Après, c'est comme si je n'étais plus considérée par Judo Canada qui a cessé, lors des mois suivants, de me faire prendre part à des compétitions à l'extérieur du pays. Ce fut très difficile à vivre. 

Q Fait marquant en carrière?

R Ma deuxième place aux Championnats du monde universitaires de judo à Jonquière (1996). Parce que c'était au Québec et que je n'ai jamais eu une foule aussi enivrante derrière moi.

Q Personnalité marquante?

R Mon mari qui a été mon coach pendant les dernières années de ma carrière. Moi, j'ai le côté énergique, impulsive et extravertie; lui est assez introverti, calme et réfléchi. Il me conseille sur le plan stratégique.

Q Des regrets? 

R J'aurais peut-être dû me montrer un peu plus sérieuse dans certains aspects de ma vie d'athlète. Ça aurait peut-être été bénéfique mais en même temps, je n'aurais peut-être pas appris les leçons que j'ai apprises.

Q Ce qui te manque le plus? 

R C'est ce que l'on aime le moins quand on le vit, les papillons et l'énervement avant une compétition. Mais ça, je le vis dans ma nouvelle vie quand je fais un triathlon.

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