Réal Daneault: le K.-O. à 32 années

Réal Daneault n'a qu'un regret, celui d'avoir été... (Infographie Le Soleil)

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Réal Daneault n'a qu'un regret, celui d'avoir été dur avec ses boxeurs, même s'il convient que c'était dans leur intérêt.

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(Québec) C'est comme s'il avait passé le K.-O. à 32 années de sa vie. En septembre 2012, Réal Daneault décidait de fermer les portes du club de boxe Rocky, qu'il avait fondé en 1982, et de tourner la page sur sa carrière de coach qu'il avait amorcée en 1980. Une décision qu'il n'a jamais regrettée, sauf que...

«Si c'était à refaire, je ne suis pas certain que je fermerais le club, lance Daneault. Il y a bien des choses que j'ai mal acceptées à l'époque et pour lesquelles j'ai pris toute la responsabilité. Aujourd'hui, je tenterais de composer avec celles-ci de manière différente. Mais j'ai pris ma décision. Et pour moi, quand c'est fini, c'est fini. Je n'ai donc pas de regrets. Je ne passe plus cinq soirs par semaine au gym. J'ai le temps de m'occuper un peu plus de moi. Et le fait de profiter de plus de liberté me permet de faire plein de choses que je ne pouvais pas faire avant.»

Revenant sur sa décision de fermer son club de boxe, Daneault a expliqué que celle-ci avait été motivée par plusieurs raisons mais que la principale était l'effritement de sa motivation. Affligé par le décès de sa conjointe une dizaine d'années plus tôt, il n'avait plus le même désir. «Quand ta motivation est moins forte, celle des jeunes dont tu t'occupes l'est aussi. 

«Les gens ont commencé à dire que je ne déléguais pas assez. Alors je me suis tassé un peu afin de donner plus de place aux gens autour de moi. Le problème, c'est que je suis un gars pour qui c'est tout ou rien et qui a l'habitude de demander autant aux autres que ce que je me demandais à moi-même. Ce n'était pas facile pour personne. Parallèlement à cela, je devais m'occuper de la paperasse. Je suis un gars de terrain, pas un gars de bureau. Et il n'y a personne qui était prêt à s'occuper de ça. À un moment donné, j'ai pogné les mouches et j'ai dit : ça vient de s'éteindre, je ferme! Pourtant, le club allait bien.»

Daneault ne cache pas qu'il a eu de la difficulté à faire le deuil de son club et de son travail de coach. Et il a pensé se relancer en affaires. Mais la perspective de devoir recommencer de zéro a eu raison de ses ambitions. De même, il a mis de côté son désir de revenir comme entraîneur.

«Je ne voulais pas retourner dans le coaching à temps plein. Quand j'avais un gym, un gars qui voulait entraîner juste quand ça lui adonnait, ça ne m'intéressait pas. Je ne me voyais pas arriver dans un autre club et travailler à l'occasion. Mais c'est plus fort que moi, je ne peux m'empêcher de donner des conseils aux gens quand je m'entraîne. Des fois, je me trouve tannant un peu.»

Plus de 600 boxeurs

Combien de boxeurs Daneault a-t-il dirigés au cours de sa carrière? Des calculs rapides lui permettent de croire qu'il en a entraîné autour de 600. «Faire un party, ça prendrait une grande salle», indique l'ex-coach en riant.

Interrogé sur les meilleurs boxeurs qu'il avait eu la chance de diriger, il parle de Michel Morin, David Sévigny, Bernard Léger, Daniel Lefrançois, Jean-Bernard Gagnon et Andral Appolon. «Mais il y en a eu d'autres bons. Morin, Sévigny et Léger sont ceux qui ont eu les plus grosses performances. Mais mes plus beaux résultats n'ont rien à voir avec des championnats. Ce sont les jeunes que j'ai aidés à progresser dans la vie. Comme ce petit gars très studieux dont le père n'aimait pas la boxe et qui voulait que son fils travaille dans la construction. Je l'ai poussé vers les études et la boxe lui a permis d'obtenir des bourses. Il est devenu comptable agréé. Il y a aussi ce jeune qui avait de mauvaises fréquentations et dont le rêve était de rentrer chez les motards criminalisés. Je ne sais pas ce que j'ai pu lui dire mais il a viré de bord et il n'y est pas allé. Aujourd'hui, il fait une belle vie.»

Daneault avoue qu'il n'a qu'un regret. C'est d'avoir été un peu dur avec ses boxeurs. Mais c'était toujours dans l'intérêt du jeune, se défend-il. 

«J'ai toujours dit : un boxeur qui ne m'aime pas mais qui réussit va continuer et un boxeur qui m'aime mais qui ne réussit pas, va abandonner. J'ai toujours coaché de la même manière. Il n'y a personne qui peut me reprocher de ne pas avoir été équitable avec mes jeunes. Je mettais autant de temps avec le gars travaillant qui était moins bon que celui qui était bon mais qui n'était pas travaillant.»

Maintenant adepte de quilles, Daneault s'entraîne aussi à raison de trois fois par semaine. Il s'occupe de ses trois petits-enfants et il voyage. Il est allé à Cuba et au Mexique et il a visité la Tunisie, la Croatie, la Bosnie et le Monténégro. Il ambitionne maintenant de se rendre en Italie.

Questionné sur ses plans d'avenir, Daneault a indiqué qu'il ne se fermait aucune porte. Pourrait-il recommencer à développer et à entraîner des jeunes boxeurs? «Supposons que je suis en voyage dans un pays qui a des difficultés et où il y a un club de boxe. Je ne dirais pas non à m'occuper de jeunes qui sont dans la misère si on me demandait de le faire, à condition que ça soit un endroit où j'aimerais vivre et que ce ne soit pas un travail à l'année.»

Questions/réponses

Q Plus grande fierté 

R Avoir développé, pendant plus de 30 ans, plein de jeunes et leur avoir donné la possibilité de faire ce qu'ils avaient envie de faire.

Q Ce qui te manque le plus 

R C'est de travailler avec des jeunes passionnés remplis de talent et de leur donner la possibilité de vivre leurs rêves. C'est aussi de donner des conseils. J'en donne mais ce n'est pas au niveau de la boxe.

Q Ce qui te manque le moins 

R C'est toutes les attentes que l'on avait quand on allait dans des galas de boxe. Je devais arriver avec mon boxeur deux ou trois heures avant sa pesée et, par la suite, il fallait souvent attendre deux ou trois heures avant qu'il se batte.

Q Plus belle réalisation 

R Avoir arrêté de fumer complètement. Je pense que c'est une belle réalisation même si ça m'a fait prendre du poids (rire). Ça fait un an et demi. J'ai une vie différente.

Q Évènement marquant 

R Quand mon beau-frère m'a donné une paire de gants de boxe à l'âge de 12 ans. Tout part de là. Sans ces gants, je n'aurais jamais boxé pendant cinq ans, je ne serais jamais devenu coach et je n'aurais jamais ouvert le club Rocky.

Q Plus beau souvenir 

R Quand mon fils a gagné le Championnat provincial et que, par la suite, il a remporté la médaille d'argent au Championnat canadien.

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