La vie est belle pour Luke Gingras

Luke Gingras, médaillé paralympique aux Jeux de 1992... (Infographie Le Soleil)

Agrandir

Luke Gingras, médaillé paralympique aux Jeux de 1992 à Barcelone, est aujourd'hui distributeur d'équipement orthopédique.

Infographie Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Luke Gingras le crie haut et fort. «La vie est belle.»

«Quand j'ai eu l'accident qui m'a laissé paraplégique à l'âge de 17 ans, je n'étais pas certain de ce que serait ma vie par la suite», explique le triple médaillé aux épreuves de course en fauteuil roulant des Jeux paralympiques de Barcelone. «Mais aujourd'hui, à l'aube de mes 50 ans, je n'envie personne. Je suis marié, père de deux beaux enfants, j'ai une belle entreprise dans le domaine orthopédique, j'ai voyagé énormément et je voyage encore beaucoup. Et ce qui est le fun, c'est que mon travail me permet d'offrir aux gens l'équipement dont j'aurais aimé profiter après mon accident et même de faire un peu de mentorat. La vie est vraiment bien faite et elle a été bonne pour moi.»

Sportif accompli avant d'avoir un tragique accident de moto - il avait joué au football pour le SSF et il faisait de la natation et du vélo de route pour le club Cycle Peugeot de Jean-Yves Labonté - Gingras a longtemps cherché une activité qui lui permettrait de renouer avec sa passion pour le sport.

«La course en fauteuil roulant ne me disait rien jusqu'au jour où j'ai rencontré André Viger. J'ai été vraiment impressionné. Il était tout un athlète. C'est par la suite que j'ai commencé à m'entraîner dans cette discipline.»

Invité à se joindre à l'équipe nationale qui prenait part aux Jeux paralympiques de Séoul, Gingras a terminé cinquième au marathon. Quatre ans plus tard, il a brillé de tous ses feux à Barcelone où il a remporté le bronze au 200 m et au 800 m de même que l'argent au relais 4 X 400 m. Ces Jeux devaient cependant marquer son chant du cygne. 

«Ma conjointe est tombée enceinte. J'étais loin de la maison 11 mois par année. Ça n'avait pas de bon sens. Quand tu es parti aussi longtemps, tu ne peux pas avoir une famille. Et après la naissance de ma fille en 1993, j'ai eu un peu de difficulté à organiser et à structurer ma vie. Quand tu es un athlète de haut niveau, tout tourne autour de toi. Mais quand tu as un enfant, tes priorités changent.

«J'ai commencé à avoir de la misère avec mon horaire et j'ai manqué de temps pour m'entraîner, pour aller me faire masser, pour m'occuper de mes équipements. En début d'année, à mes premières compétitions en Australie, j'ai vu que je ne faisais plus le peloton de tête. Puis en mars, je suis allé au Marathon de Los Angeles. Ç'a été l'enfer. C'est là que j'ai décidé de passer à autre chose.»

Le médaillé paralympique avoue qu'il n'a pas eu de difficulté à tourner la page sur sa carrière d'athlète. C'était clair qu'il désirait avoir d'autres enfants et que dans ce contexte, il ne pourrait pas faire du sport de haut niveau.

Les affaires

Sa retraite officialisée, Gingras n'a pas mis beaucoup de temps avant de trouver le domaine dans lequel il mettrait dorénavant ses énergies. «Comme mon père, j'étais un gars d'affaires. Je me suis lancé.»

D'abord propriétaire d'une petite entreprise d'équipement orthopédique qu'il a par la suite vendue,  Gingras est aujourd'hui distributeur d'équipement orthopédique haut de gamme pour des entreprises comme Tilite, Speedy et Praschberger. 

«Je vends des fauteuils roulants en titanium faits sur mesure, mais aussi beaucoup d'équipement sportif comme des vélos, des équipements de ski, et d'autres produits qui font fureur ailleurs dans le monde. Comme cette petite roue équipée d'un moteur électrique, que l'on manoeuvre avec un bracelet, qui s'accroche derrière le fauteuil et le motorise. Je travaille aussi avec une fille de Vancouver, une ex-cycliste de montagne sur le circuit de la Coupe du monde devenue paraplégique, qui a mis au point avec un Polonais un vélo de descente pour les athlètes qui ont perdu l'usage de leurs jambes. Pour moi, c'est par tous ces équipements que passe l'autonomie des personnes paraplégiques.»

L'autonomie, c'est quelque chose qui tient à coeur au paraolympien qui ne s'est presque jamais imposé de limite. «Il y a toujours une solution.» Ainsi, à Venise, il a su éviter tous les ponts en traversant les canaux à bord des vaporetto, ces taxis flottants.

«Moi, il n'y a rien qui me dérange. Ça m'en prend gros pour me stresser. L'important, c'est de garder une bonne santé et d'être en forme. C'est ce qui fait la différence», indique Gingras, maintenant un adepte de vélo.

Même s'il est difficile à arrêter, Gingras a quand même dû réduire ses activités à la suite d'un banal accident en 2012. «Je me suis blessé sérieusement et j'ai dû être opéré à une fesse. Une grosse chirurgie et ça m'a mis hors ronde pendant un bon bout de temps. Encore aujourd'hui, je suis obligé de travailler beaucoup moins. Je dois respecter un horaire de position assise limité. Je ne peux travailler plus que 20 heures par semaine. Après ça, il faut que je débarque de mon fauteuil et que je récupère. Je dois donc gérer mon temps.»

Mais pas question pour Gingras de tout arrêter. «Je vois la vie d'une manière positive. Il n'y a qu'un moment pour arrêter. On appelle ça la mort.»

Questions/réponses

Q Performance marquante? 

R Ma participation à l'épreuve de démonstration des Championnats du monde. Pour y être invité, j'ai dû figurer parmi les meilleurs au Québec et au Canada en plus d'être classé parmi les sept meilleurs au monde. J'ai fini quatrième au photo finish. Ç'a été pour moi la performance la plus satisfaisante de ma carrière, plus qu'une médaille paralympique. 

Q Plus grande fierté?

R Mes deux enfants. Mon fils est modèle pour Simons et ma fille étudie en Chine où elle fait sa maîtrise. Elle parle couramment trois langues. 

Q Moment mémorable?

R L'affaire la plus hot de ma carrière s'est produite lors des Championnats du monde d'athlétisme en 1991 à Tokyo. Guillaume Leblanc m'a invité à chambrer avec lui et Ben Johnson m'a même donné sa  carte d'accès afin que je puisse entrer sur tous les sites.

Q Des regrets? 

R J'ai peut-être arrêté la course un peu vite. J'étais au top niveau avec probablement cinq belles années devant moi. Mais quand je regarde ma vie aujourd'hui, ça ne l'est pas vraiment.

Q Prochain défi? 

R De demeurer en affaires année après année, de travailler et d'être concurrentiel. La business, ce n'est pas facile. Il y a beaucoup de compétition.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer