La longue rédemption de Benoît Lamarche

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(Québec) Une vingtaine d'années. C'est le temps qu'il a fallu à Benoît Lamarche pour surmonter sa déception de ne pas avoir performé à la hauteur de ses attentes aux Jeux de Calgary et apprécier sa carrière de patineur de vitesse à sa juste valeur. «Je n'étais pas déprimé. Mais j'avais de l'amertume par rapport à mes résultats. Je me disais que je l'avais échappé. Aujourd'hui encore, je suis d'avis que ce fut la pire performance de ma vie.»

Faisant parti des leaders de la formation canadienne même s'il n'avait que 21 ans, Lamarche, qui en était à ses deuxièmes JO, explique que ses résultats en Coupe du monde dans les semaines précédant les Jeux lui avaient fait miroiter la possibilité qu'il pourrait monter sur le podium. «J'avais des attentes très élevées, peut-être trop pour ce que je valais. Et parce que les Jeux avaient lieu au Canada, la pression était très forte. J'étais incapable de la gérer. Ce fut la débandade totale.

«Après les Jeux, j'étais frustré. Mais la Fédération canadienne m'a dit que je ne pouvais pas arrêter de patiner. J'avais juste 21 ans et je n'avais pas atteint mon plein potentiel. Mais je voulais aller à l'école à temps plein. On a pris un arrangement.»

Lamarche a pu étudier à temps complet. Toujours membre de l'équipe nationale, il n'avait pas à prendre part à des compétitions internationales. «Tout ce que j'avais à faire, c'était de me présenter aux Championnats canadiens et de montrer que j'étais en forme. J'y suis allé et je les ai gagnés. L'année d'après, on m'a dit que l'équipe continuerait de me supporter à condition que je fasse un Championnat du monde. J'ai gagné les Nationaux et je suis allé à Innsbruck. Malgré des top 15 dans quelques courses, je me suis rendu compte que je n'étais plus là. J'ai fini ma compétition et j'ai dit aux dirigeants de l'équipe merci et bonsoir.»

L'olympien avait 40 ans quand il a finalement fait la paix avec sa carrière sportive. Les Championnats du monde des maîtres ayant lieu à Calgary, il a décidé d'y prendre part. Cette compétition se voulait sa rédemption. Il s'est entraîné avec Gregor Jelonek et Robert Tremblay. Et c'est avec le seul objectif d'avoir du plaisir qu'il a patiné.

«J'ai battu deux de mes meilleurs temps en carrière. À 40 ans, quand tu passes la ligne d'arrivée, que tu vois le chrono et que c'est un temps que tu n'as jamais vu de ta vie, ça fait du bien et tu te dis que tu es encore capable. 

«C'est comme si ces résultats avaient dédouané ma performance aux Jeux de 1988. Je me suis dit : cette expérience-là doit être quelque chose de positif. J'ai fait deux fois les Jeux, j'ai été un patineur qui a eu du succès, etc. Je ne peux pas baser toute ma carrière sur trois courses. À partir de ce moment-là, j'ai été fier de ma carrière. Et j'ai réalisé que j'avais fait une vie de jetset. J'avais voyagé à travers le monde, je m'était fait des amis que je vois encore régulièrement.»

Même s'il a eu beaucoup de plaisir à patiner chez les maîtres, Lamarche avoue qu'il n'a jamais eu le goût de recommencer à compétitionner. N'ayant pas le temps de s'entraîner, il n'aurait eu aucun plaisir à prendre part à des épreuves en n'étant pas compétitif.

Bachelier en biochimie, Lamarche a ensuite fait une maîtrise en activité physique puis un doctorat en physiologie. Ses travaux portant sur le métabolisme du cholestérol et l'obésité, il a été recruté par le Département de nutrition de l'Université Laval où il est enseignant et chercheur. «Je suis un peu un imposteur dans le domaine de la nutrition. C'est venu plus tard dans mon parcours. Mais la recherche étant un milieu compétitif où il faut que tu te dépasses et te démarques, mon passé d'athlète d'élite me sert beaucoup.»

Le spécialiste de la santé explique qu'il ne peut s'empêcher de sourire quand il regarde les programmes de nutrition et d'entraînement qu'il a dû suivre quand il était athlète. «Ce n'était pas fort. La nutrition, par exemple, c'était de manger suffisamment pour ne pas avoir faim. Mais c'était comme ça à l'époque.»

Père de trois enfants, Lamarche, qui est aussi le président du Centre national d'entraînement Gaétan-Boucher, a le plaisir de voir ses deux filles suivre ses traces en patin de vitesse. Béatrice est même la meilleure junior au pays. Difficile pour lui de ne pas interférer dans les carrières de ses filles?

«J'essaie vraiment d'être détaché par rapport à la trajectoire de mes enfants dans le patin. C'est sûr que de temps en temps, je donne mon petit conseil. Mais il faut que ça soit leur parcours à eux autres. Je ne les sens pas poussées ou influencées à faire du patin. Elles font des choix qui leur appartiennent, elles ont du plaisir et moi, je trouve ça super.

«J'ai aussi de très bonnes relations avec les entraîneurs. Je veux qu'ils se sentent bien et qu'ils n'aient pas l'impression que par en dessous, je suis en train de faire des choses. Par mon rôle de président de centre national, j'interviens aussi dans certaines décisions. Mais pas dans des décisions de coaching.»

Questions/réponses

Q Plus grande réalisation? 

R Le Championnat du monde de 1987 à Heerenveen, en Hollande. La Mecque du patinage de vitesse. Il y avait 18 000 personnes dans le stade. J'avais fini neuvième au total. C'est mon plus beau souvenir. Mais de battre mes meilleurs temps à vie à 40 ans, ça m'a fait un petit velours. 

Q Plus grande fierté?

R Mes enfants qui évoluent de manière très satisfaisante pour un parent. De les voir s'émanciper et avoir du plaisir, autant dans le sport que dans leurs intérêts personnels, il n'y a rien qui accote ça. 

Q Plus grande qualité? 

R Je me considère assez rassembleur.

Q Ce que tu aimerais changer?

R Dans l'insouciance de mes 20 ans, je n'ai pas été très à l'écoute de mes besoins comme athlète et je n'ai pas utilisé les ressources que j'avais à ma disposition. Mentalement et psychologiquement, je n'étais pas assez mature pour gérer toute la pression. J'aurais peut-être dû écouter ce que les autres disaient autour de moi et me faire aider.

Q Prochain grand défi? 

R Ce n'est pas un défi. Mais d'aller faire du vélo avec mes chums en Italie en juillet. Et il faut que je me prépare parce que ça va quand même être assez dur. On va avoir des étapes dans des cols et tout ça. C'est ça qui me drive en ce moment au niveau sportif.

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