France Gagné passionné et téméraire

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Ancien athlète paralympique, France Gagné est aujourd'hui copropriétaire et directeur administratif de l'entreprise Service d'entretien Bérubé.

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(Québec) Même s'il est presque aveugle depuis sa naissance - il souffre de rétinite pigmentaire non progressive - France Gagné ne s'est jamais imposé de limites. Athlète accompli, il a pris part à quatre Jeux paralympiques. Par la suite, il a fait de la politique et il est aujourd'hui directeur administratif et copropriétaire de l'entreprise Service d'entretien Bérubé. Le secret de son succès? Il est passionné, fonceur, mais surtout téméraire.

«Je pense que j'ai toujours été téméraire», affirme Gagné qui mentionne qu'à la maison, son père ne l'avait jamais traité comme s'il était un enfant différent. «On dirait que le fait de ne pas voir beaucoup me donne le goût de faire et d'essayer des choses. Un jour, j'ai décidé de faire du ski. Une autre fois, après avoir monté le mont Wright, je l'ai redescendu en courant. Ça prend aussi de la témérité pour lancer un javelot. À chaque tir, tu peux te casser le coude ou te défaire l'épaule. Et pour mon père, c'était très téméraire de vouloir gagner sa vie en faisant du sport. Pourtant, je l'ai fait pendant 10 ans.»

Si la témérité de Gagné lui a permis de devenir l'homme qu'il est aujourd'hui, elle lui avait aussi rendu la vie un peu plus difficile car elle avait fait douter à certains de son handicap. «J'ai dû faire comprendre aux gens que j'étais légalement aveugle car il y avait trois catégories de handicapés visuels, soit ceux qui n'ont aucune perception, ceux qui ont de 0 à 5 % de vision et les autres, comme moi, qui en ont de 5 % à 10 %.»

Le champion du monde explique que c'est le bagage qu'il a acquis lors de ses études universitaires au bac à l'Université Laval, notamment ses cours en science politique, en administration et comptabilité, qui ont guidé ses choix d'après-carrière. Mordu de politique, il s'est impliqué dans la course à la chefferie de Pauline Marois. Il a aussi été candidat pour le Parti québécois dans La Peltrie (2008) et pour le Bloc québécois dans Louis-Saint-Laurent (2008 et 2011).

Politicien engagé

«Ce fut une très belle expérience. Pendant les quatre ans où j'ai été en politique, j'ai fait entre 300 ou 400 sorties publiques dans toutes sortes d'activités. Ce fut vraiment le fun parce que j'aime rencontrer des gens. En contrepartie, il y a eu des moments difficiles. Dans le sport, par exemple, quand tu travailles fort, tu as la plupart du temps des résultats. Mais pas en politique. Même si les gens t'aiment, en bout de ligne, ils votent pour un parti. C'est ma plus grande déception.»

C'est en 2007 que Gagné a fait ses premiers pas avec Service d'entretien Bérubé. Engagé pour un contrat de trois mois afin de moderniser la comptabilité et le système informatique de l'entreprise, il s'est par la suite fait offrir un emploi permanent à temps partiel. Quatre ans plus tard, il est devenu actionnaire de l'entreprise.

«Nous faisons de l'entretien ménager. Nous avons 37 employés et une quarantaine de clients. Au cours des quatre dernières années, nous avons presque doublé notre chiffre d'affaires. Je m'occupe de l'administration, de la comptabilité et de la gestion du personnel. Et je suis toujours aussi compétitif que je l'étais. Un nouveau contrat m'apporte autant de satisfaction qu'une médaille.»

Ayant développé sa force musculaire en faisant les foins et en travaillant dans la forêt avec son père, Gagné a commencé à s'entraîner à l'âge de 16 ans. Jogging, musculation et natation ont alors fait partie de son quotidien. «Le sport me permettait d'accepter que je ne voyais pas beaucoup.» Ce n'est cependant qu'à 24 ans, à son arrivée à Québec, qu'il a découvert l'athlétisme. «J'ai tout de suite eu la piqûre. Je suis natif du Lac-Saint-Jean. Là-bas, la compétition pour athlètes handicapés visuels, ça n'existait pas.»

Le paralympien, qui a pris part aux Jeux de Barcelone, d'Atlanta, de Sydney et d'Athènes, où il a décroché trois médailles d'argent et deux de bronze, mentionne qu'à ses débuts en athlétisme, le Rouge et Or avait hésité à l'accepter au sein de ses rangs parce qu'on ne le considérait pas comme un athlète.

«J'étais en forme, mais je ne lançais pas loin. Et on ne savait pas trop comment je pourrais avoir de l'avenir là-dedans. J'ai dû travailler fort pour prendre ma place. Et je suis devenu le meilleur lanceur de disque, toutes catégories confondues, au Québec», indique Gagné qui a aussi dominé la scène provinciale du javelot.»

Auteur d'une carrière bien remplie qui lui a permis de décrocher des titres mondiaux et d'établir des marques mondiales au javelot et au disque, Gagné s'est retiré de la scène de l'athlétisme en 2008, après avoir raté par un mètre au javelot sa sélection pour les Jeux de Pékin. Il mentionne que c'est avec la satisfaction du devoir accompli qu'il a pris sa retraite. «Je ne suis pas resté sur ma faim car je savais que la fin approchait. Non seulement je vieillissais, mais il y avait des jeunes autour de moi qui lançaient de plus en plus loin. Et moi qui enfant rêvais de voyager, j'avais eu la chance, grâce au sport, de parcourir le monde.»

Questions/réponses

Q Des regrets? 

R Au Canada, quand tu es un athlète qui se démarque, tu ne deviens pas nécessairement entraîneur. J'aurais aimé ça être coach. Ailleurs dans le monde, on s'arrange pour garder les bons athlètes auprès des jeunes afin de les aider. Ici, la transmission de connaissances ne se fait pas. 

Q Plus grand rêve?

R Pouvoir conduire mon automobile. Il existe une nouvelle lentille cornéenne avec une lunette qui peut agir comme un télescope. Elle me permettrait de doubler ma vision et de voir suffisamment pour avoir mon permis. Mon ophtalmo travaille là-dessus. 

Q Plus grande fierté?

R Avoir donné plus de 200 conférences dans des écoles. Si j'ai pu transmettre à quelques jeunes ma flamme, leur montrer que l'on peut réussir même si on a une limitation, j'ai atteint mon but.

Q Fait d'armes? 

R Les Championnats du monde IBSA présentés à Québec en 2003, une compétition que j'avais proposée à la Ville. J'ai gagné l'or au javelot, chez nous, devant ma famille et mes amis. Aussi, avoir mérité un Mémoris de bronze au Gala de l'athlète (2000).

Q Personnalité marquante? 

R Louis Brault. Il a été le premier à reconnaître que j'étais véritablement un athlète. Il m'a pris en charge et il a cru en moi. C'est lui qui m'a permis d'être accepté avec le Rouge et Or.

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