Kalyna Roberge: expertise à retrouver

L'ex-championne du monde de patinage de vitesse courte... (Le Soleil, Yan Doublet)

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L'ex-championne du monde de patinage de vitesse courte piste Kalyna Roberge, mère du petit Damien, travaille aujourd'hui dans un centre de la petite enfance.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Au temps où elle était membre de l'équipe canadienne de patinage de vitesse sur courte piste,  Kalyna Roberge n'avait qu'un objectif. Être la meilleure. Diplômée en éducation à l'enfance et sur le point d'obtenir son DEC en éducation spécialisée, elle n'a pas changé d'un iota sa philosophie. Mais comme le dit le dicton, «Rome ne s'est pas construite en une journée». Une réalité frustrante pour l'ex-championne du monde.

Au temps où elle était membre de l'équipe... (Photothèque Le Soleil) - image 1.0

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Photothèque Le Soleil

«Ce qui me gosse c'est que même si je possède la théorie et que je suis bonne dans la pratique, je ne suis pas aussi experte que je l'ai été dans mon sport. J'aimerais être une source de référence. Mais l'expertise, on l'acquiert en prenant de l'expérience. Et ça prend du temps. C'est ça que je trouve difficile à accepter. Surtout qu'à mon âge, c'est un peu complexant d'être dans la consolidation et de ne pas être complètement épanouie.»

«Bien des gens me demandent pourquoi je ne continue pas à être experte de mon sport en étant coach ou en le développant. Je ne le fais pas tout simplement parce que c'est encore trop difficile pour moi de reconnecter avec lui.»

Pleinement en confiance quand elle patinait, Kalyna avoue qu'elle ne l'est pas autant dans sa nouvelle carrière. «Un prof en TES nous disait récemment : "quand vous allez partir d'ici, vous allez être des collègues". Après avoir réfléchi à ça, j'ai dit non. Je ne suis pas encore assez outillée ou experte pour intervenir auprès d'une personne qui prend de la drogue ou d'une jeune fille au centre jeunesse. Je sais que ma confiance va se construire avec le temps.... mais je suis tellement exigeante envers moi-même.»

La retraite

C'est en 2011 que Kalyna a accroché ses patins, soit quelques mois après être revenue sur la glace au terme d'une année sabbatique. «J'étais rendue à 25 ans et je n'avais pas de diplôme d'études collégiales. Si je voulais avoir une après-carrière qui me plairait, je devais faire des choix. Ça voulait dire arrêter de patiner et retourner à temps plein à l'école. Le fait que je désirais avoir une famille avant l'âge de 30 ans a aussi pesé dans la balance.

«Ma décision n'a rien eu à voir avec mon sport. Je l'adorais. J'étais hyper passionnée. Je ne vivais que pour ça. D'ailleurs, c'est encore difficile pour moi d'en parler», mentionne avec émotion la patineuse qui fut championne du monde au 500 m.»

Kalyna ne cache pas que les mois qui ont suivi sa retraite ont été difficiles. D'abord, parce qu'elle s'ennuyait beaucoup du patin, sa passion la plus intense, mais aussi parce qu'elle devait se refaire une identité. 

«Quand tu arrêtes, tu es qui? Toute l'estime que t'apportait ton sport, tu ne l'as plus. Et retourner aux études, c'est repartir de zéro. Tu te retrouves sur les bancs d'école à 25-26 ans avec des jeunes adultes de 17-18 ans, des personnes qui n'ont pas les mêmes intérêts que toi, mais surtout qui n'ont pas ton vécu et ta maturité. Je savais que ça pouvait en déranger certains. Je me sentais presque gênée d'avoir ce bagage-là.

«Je suis cependant heureuse d'avoir eu l'audace de faire le pas. J'ai ma famille, je suis enceinte de mon deuxième enfant, j'ai obtenu mon DEC en éducation à l'enfance et je complète mon diplôme en éducation spécialisée. Tout ça alors que je viens d'avoir 30 ans.»

Kalyna explique que son retour dans le «vrai» monde avait été difficile. «On est très égoïste quand on est athlète. La vie tourne autour de nous. Tout ce dont on doit se préoccuper, c'est de notre sport. Il y a des gens pour s'occuper du reste. Dans la vraie vie, on a des responsabilités et il faut prendre des décisions.»

C'est dans un centre de la petite enfance que Kalyna travaille. Elle s'occupe d'un groupe de bébés à la pouponnière. Elle explique qu'outre son amour pour les enfants, son choix de carrière a été guidé par son besoin de comprendre le comportement des enfants. «Quand je patinais, j'étais bonne techniquement parce que j'étais capable d'observer chez les meilleures techniciennes ce qui pourrait m'aider à gagner des centièmes de seconde, de ressentir le mouvement et de le reproduire. C'est ce sens de l'observation qui m'aide avec les enfants.

«Si j'ai fait mon double DEC, c'est parce que je suis plus dans la problématique plutôt que dans l'encadrement et la planification d'activités. J'aime être l'instrument des spécialistes. Quand tu es diplômée en éducation spécialisée, tu peux travailler avec toutes les clientèles. Mais je suis plus attirée par les jeunes enfants et les personnes âgées que les 12-60 ans », lance l'ex-athlète, qui ambitionne de faire un certificat en gérontologie.

Kalyna mentionne qu'elle a réussi à retrouver dans sa vie de tous les jours l'ivresse qu'elle avait dans son sport. Elle est cependant très différente. «En patin, je l'avais concrètement grâce à des résultats. Dans le quotidien, ce sont souvent de petites victoires et des petits bonheurs tellement anodins qu'on les met de côté et on les oublie. Il faut être capable de s'assoir et de se demander ce que l'on a accompli dans sa journée.»

Questions/réponses

Q Fait marquant? 

R Je ne suis pas très "médaille". Avoir été capable de faire ma place aussi rapidement parmi l'élite canadienne et d'avoir pu y demeurer au moment de l'arrivée d'une nouvelle génération de patineurs. Moi, j'ai connu deux mentalités au niveau de la philosophie de l'équipe. 

Q Des regrets?

R De ne pas m'être impliquée davantage dans mes études quand je patinais. Et d'avoir perdu, à cause de certaines situations, les entraîneurs Guy Thibault et Martin Gagné. Ils auraient pu faire une différence aux JO de 2010.

Q Plus grande peur?

R Me laisser endormir par la routine. Je ne veux pas en arriver à ne plus être consciente de toutes les belles choses de la vie, comme voir les apprentissages de mon enfant ou remarquer les beautés qu'offre la nature comme le changement de couleurs des feuilles à l'automne, et oublier que l'on doit être en relation avec son conjoint et qu'il faut prendre le temps de maintenir des relations avec les amis.

Q Plus grand défaut? 

R Ma recherche de perfection, qui fait que je suis très très exigeante envers moi-même.

Q Dans 20 ans? 

R Je me vois spécialiste dans mon domaine et j'aimerais être une référence. J'aimerais aussi avoir complété des études en zoothérapie.

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