Odette Lapierre: une fin dictée par l'usure

Après ses belles années de marathonienne, Odette Lapierre... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Après ses belles années de marathonienne, Odette Lapierre s'est tournée vers le vélo. L'an dernier, elle a parcouru 8300 km sur deux roues.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Le jour où elle a pris sa retraite de marathonienne, Odette Lapierre n'a pas seulement renoncé à la compétition. Elle a aussi décidé d'accrocher ses espadrilles pour de bon.

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«Je ne cours plus à cause de l'usure», explique l'olympienne. «À la fin de ma carrière, j'étais à la limite. Les bobos commençaient à sortir. Mais j'avais besoin de bouger. J'ai décidé de me tourner vers des sports où il n'y avait pas de contacts et, donc, moins durs pour les articulations. Aujourd'hui, je suis encore très active. Je fais du vélo, du ski de fond et un peu de ski alpin, mais je constate que ce n'est pas vraiment mon dada.»

C'est en juin 1993 que l'ex-marathonienne a divorcé de sa vie d'athlète de pointe, mais aussi de la course à pied. Une décision qu'elle avait commencé à mûrir à son retour des Jeux de Barcelone. Elle s'était demandé s'il valait la peine de s'entraîner pendant quatre autres années pour prendre part à une troisième olympiade. Mais pour elle, renoncer aux Jeux voulait aussi dire prendre sa retraite à court ou à moyen terme. 

«Après avoir été au niveau olympique, je n'avais plus d'objectifs. Je savais que je ne serais plus au summum et que je commencerais à redescendre.»

Décidée à se retirer de la compétition, Odette Lapierre devait-elle renoncer à la course à pied? Son corps lui a dit que oui. «J'avais une petite blessure à l'ischio-jambier et au fessier que je traînais depuis longtemps qui voulait ressortir. Ça faisait mal et je pensais juste à ça. 

«Je revois encore la journée où j'ai décidé d'arrêter. Je m'entraînais sur les plaines avec les membres du club de l'Université Laval. Je courais et je n'avais pas de plaisir. J'ai lâché l'entraînement, je suis rentrée au PEPS et j'ai vidé mon casier. C'était fini.»

Troisième à Boston

Sortie de nulle part, Odette Lapierre a connu une carrière phénoménale sur la scène du marathon. Il faut comprendre que c'est un peu par accident [la pluie ayant rendu les pistes de ski de fond glacées] que cette fondeuse adepte de loppets a commencé à pratiquer la course à pied en 1983. Voyant son grand potentiel, Richard Chouinard l'a prise sous son aile et lui a bâti un programme d'entraînement lui permettant de développer sa vitesse et sa puissance. «Dès le printemps 1984, mes temps ont baissé et, en 1985, j'ai pris part au marathon de Montréal avec l'élite internationale.»

Au cours de ses 10 années de carrière, Odette Lapierre a pris part à deux JO où elle a terminé 11e (Séoul) et 19e (Barcelone). Elle a aussi fini 3e (1986) et 8e (1990) aux Jeux du Commonwealth, 6e (1986) et 12e (1990) au marathon de New York, et 16e aux Championnats du monde (1987) en plus d'obtenir quatre tops 10 au marathon de Boston, dont une 4e place (1987) et une 3e place (1988).

«J'ai de la misère à m'imaginer l'athlète que j'ai pu être. Je sais tout ce que j'ai accompli, mais je me demande comment j'ai pu faire pour y arriver», mentionne celle qui avoue avoir toujours été très discrète sur ses performances dans son milieu de travail.

L'ex-marathonienne rappelle que sa carrière d'athlète a toujours été menée en parallèle de sa carrière professionnelle et que le mariage des deux lui avait demandé de nombreux sacrifices et quelques acrobaties. «Ma vie, c'était entraînement-boulot-dodo. Et il fallait que je trouve des moyens de sauver du temps. Des fois, j'allais travailler en courant et je revenais chez moi en courant», raconte la résidente du nord-est de Beauport qui travaillait au ministère des Finances.

«J'ai cependant pu compter sur un employeur proactif qui m'a beaucoup aidé. Ce qui a été le fun, c'est que je n'ai pas arrêté de travailler le temps que j'ai compétitionné. Mon travail me distrayait de la course à pied. Et parce que j'avais un gagne-pain, j'ai pu faire des choix différents. Je n'ai pas juste couru pour l'argent. En 1987, j'ai préféré aller aux Championnats du monde, où il n'y avait pas de bourse, plutôt qu'au marathon de Montréal.»

Parlant de son rythme de vie effréné, Odette Lapierre indique qu'elle ne croyait pas avoir été trop dure envers elle-même. «Quand j'étais jeune, je sentais mes capacités athlétiques, j'avais du gaz et du punch. Et j'aimais ça. 

«J'ai parcouru un chemin extraordinaire. J'ai eu une super belle carrière et j'ai terminé sur une bonne note. J'ai le sentiment du devoir accompli.»

Odette Lapierre profite pleinement de sa vie de retraitée. «Je peux sortir, voyager et me payer du bon temps. Et je l'apprécie énormément, car j'ai travaillé fort pour l'avoir. La vie me traite bien. Je suis en santé, j'ai une bonne famille et de bons amis. Je me sens privilégiée d'avoir une aussi grande capacité physique et d'avoir autant de plaisir à faire du sport.»

Mordue de vélo, Odette Lapierre est membre du club Cyclorizon de Québec, où elle roule en compagnie d'autres retraités. Elle fait aussi des voyages de vélo. L'année dernière, elle a fait 8300 km. «Le côté social du vélo est bien agréable. J'ai pu y rencontrer pas mal de monde et me faire de bons amis.»

Questions/réponses

Q Ce dont elle est la plus fière?

R Mon premier marathon olympique à Séoul où j'ai fini 11e, à environ trois secondes de la 10e place. Un résultat au-delà de ce que j'espérais. Mon plan A, c'était une place dans les 16 premières. Et dans mon plan B, je finissais dans les 12 meilleures.

Q Une chose à changer?

R J'estime que j'ai perdu 45 secondes au marathon de Boston de 1988. Si je n'avais pas fait une petite erreur tactique, j'aurais pu obtenir un temps de 2 h 29 m 50s et j'aurais pu me glorifier d'avoir couru le marathon en bas de 2 h 30 dans ma carrière. Mais j'ai fait 2 h 30 m 35 s. 

Q Idole de jeunesse?

R Pierre Harvey. Et Sylvie Bernier. Quand je l'ai vue en haut du tremplin à Los Angeles, avant qu'elle saute pour gagner sa médaille d'or, j'étais convaincue qu'elle réussirait.

Q Qui l'a le plus marquée? 

R Richard Chouinard par sa simplicité. Il est aussi très humain. Il m'a permis d'atteindre mon plein potentiel. Il est demeuré un bon ami. Ce printemps, on a fait des voyages de vélo ensemble.

Q Ce qui lui manque le moins? 

R Courir l'hiver, dans le froid. Des fois, il fallait que je me mette deux tuques sur ma tête. Et il m'est arrivé, avec un violent vent de l'ouest, de courir vers l'est et au bout de la distance que je devais parcourir, d'appeler une amie pour qu'elle vienne me chercher.

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