Les athlètes suivis à la trace

Le défenseur Mark Barberio enfile le dossard Catapult,... (La Presse, André Pichette)

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Le défenseur Mark Barberio enfile le dossard Catapult, une technologie qui enregistre une multitude de données pour mesurer le volume d'entraînement et le travail physique des joueurs.

La Presse, André Pichette

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(Montréal) À une époque où les équipes de hockey connaissent les dangers du surentraînement et qu'elles essaient de diminuer les blessures, tout avantage technologique à leur portée est le bienvenu.

Depuis le début de la saison, le Canadien est l'une des neuf équipes de la LNH à utiliser les dossards Catapult durant ses entraînements. Les joueurs ont le choix de porter ou non, sous leur équipement, ce léger appareil qui enregistre une multitude de données liées à leurs mouvements.

L'été dernier, au Colorado, la société australienne Catapult - qui travaillait déjà avec trois équipes - a convié les spécialistes du conditionnement physique du hockey à une démonstration pour leur faire part d'une avancée importante : elle venait de mettre au point un algorithme permettant de reconnaître les coups de patin. Le hockey étant un sport de glisse, il était difficile jusque-là de mesurer le volume d'entraînement et de travail physique durant les matchs et les entraînements.

«Accélérer lorsqu'on court sur la terre ferme ne s'exprime pas de la même manière que d'accélérer sur patins, explique Brian Kopp, président de la division nord-­américaine de Catapult. Nos spécialistes de données, en analysant les mouvements des joueurs de hockey et en regardant les vidéos en même temps, ont été en mesure d'identifier les coups de patin. Et à partir de là, de créer des algorithmes qui peuvent indiquer, par exemple, le niveau d'efficacité dans chacun des exercices proposés à l'entraînement, ou encore de reconnaître si le coup de patin d'un joueur n'est pas comme il devrait l'être.»

Pierre Allard, responsable du conditionnement physique chez le Canadien, est revenu du Colorado en se disant qu'il devait implanter cette technologie à Montréal.

«Ça mesure ta quantité de travail, ton nombre de coups de patin en tenant compte de ton poids, résume Nathan Beaulieu. Ils peuvent voir si tu as une baisse de régime en raison de la fatigue, si tu t'entraînes trop fort... C'est pas mal cool

1000 données à la seconde

Comment fonctionne la technologie vers laquelle s'est tourné le Canadien?

Il y a dans le dossard une mince carte électronique qui renferme trois capteurs : un magnétomètre, un gyroscope et un accéléromètre. Ces capteurs mesurent les micromouvements des athlètes, pas moins de 1000 données à la seconde. Un joueur se penche, bifurque à droite, accélère, patine à reculons? Tout est comptabilisé.

Toutes ces données de micromouvements sont ensuite transmises à un logiciel qui décortique la façon dont l'énergie a été dépensée.

«Ces données servent à travailler plus intelligemment, explique Brian Kopp. Elles aident à déterminer quand les joueurs doivent être poussés davantage et quand il faut lever le pied.»

Brendan Gallagher, l'un des nombreux joueurs qui participent au programme, cite en exemple le récent voyage en Californie.

«Quand nous sommes revenus de ce long voyage de 12 ou 13 jours, nous avons bien joué à notre premier match à domicile parce que tout le monde était bien au fait de son niveau d'énergie. C'est un pas dans la bonne direction, parce que ça nous permet de mieux savoir quand nous sommes fatigués et quand nous pouvons donner notre plein rendement.»

Une personne fatiguée devrait le savoir d'elle-même, non? Eh bien, ce n'est pas noir ou blanc. L'idée est toujours de savoir ce que le corps est capable d'absorber. Et parfois, certaines impressions peuvent être trompeuses : un entraîneur peut penser qu'il vient de diriger un entraînement extrêmement exigeant, mais les données révèleront que les joueurs l'ont traversé aisément et qu'ils auraient été capables d'en prendre davantage.

Atténuer les blessures

L'outil vise donc à maximiser les performances des joueurs afin qu'ils soient le plus proche possible de 100 %, mais il contribue aussi à atténuer les risques de blessures. Car les données peuvent fournir en amont le signal que le corps ne réagit pas comme il le devrait. Les blessures à l'aine, par exemple, peuvent être plus facilement dépistées grâce aux micromouvements.

C'est ce qui rend l'outil particulièrement attrayant pour les équipes de hockey, pour qui le coût lié aux blessures est énorme, tant sur le plan financier que sur la façon dont l'équipe est pénalisée en matière de performances.

Qui plus est, lorsqu'un blessé est en remise en forme, le fait d'entendre son entraîneur dire qu'il est rétabli à 80 % ne relèvera plus de l'estimation. Les équipes pourront le quantifier en mesurant, en fonction de l'historique du joueur, quelle distance le sépare de son niveau de performance habituel. Elles pourront alors mieux déterminer le moment où il sera prêt à recommencer à patiner ou à revenir au jeu.

«Nous ne voulons surtout pas faire croire que le fait d'utiliser notre appareil permettra d'éviter les blessures, prévient Brian Kopp. Nous parlons de les atténuer, particulièrement celles qui sont dues au surentraînement. Nous pouvons déterminer où est le seuil de chaque athlète.»

C'est d'ailleurs à cette tâche que vont s'attaquer les équipes qui, comme le Canadien, commencent à utiliser cette technologie. Pour l'instant, l'accumulation de données permet de voir des schémas se dessiner, mais il est encore trop tôt pour tirer des conclusions.

Pour l'instant, la LNH interdit, lors des matchs, l'utilisation de dossards comme ceux que commercialise Catapult. La Ligue et l'Association des joueurs discutent du sujet à l'heure actuelle et une entente pourrait survenir à mi-chemin de la convention collective pour en autoriser l'utilisation.

Les équipes pourraient alors colliger des données fiables sur la quantité d'énergie dépensée lors des matchs.

L'Australie, chef de file

L'Australie est une plaque tournante de la science du sport. Dès 1976, lorsqu'elle est revenue bredouille et sans médaille des Jeux olympiques de Montréal, elle s'est sensibilisée au besoin d'injecter de l'argent dans ses programmes de recherche en haute performance. Et ça n'a fait que s'accélérer dans les années 90, alors qu'elle se préparait à présenter en 2000 les Jeux de Sydney. Ce sont d'ailleurs deux membres d'un centre de recherche technologique financé à l'époque qui ont fondé Catapult en 2006. Déjà, à ce moment-là, des technologies d'avant-garde avaient été récupérées par les équipes de rugby et de football australien, et ont commencé à être commercialisées en Europe, entre autres en Premier League anglaise. Chez Catapult seulement, le spectre s'est élargi récemment avec 21 équipes de la NFL et 20 de la NBA qui comptent parmi ses clients.

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