Sur les traces de Shea Weber

Shea Weber est une étoile, mais il ne... (La Presse, Bernard Brault)

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Shea Weber est une étoile, mais il ne se place pas au-dessus des autres, assure l'ancien entraîneur-chef des Rockets de Kelowna Marc Habscheid, qui a dirigé à l'époque le nouveau numéro 6 du Canadien.

La Presse, Bernard Brault

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(SICAMOUS) Dans tout le brouhaha qui a suivi «LA» transaction, tout a été dit sur P.K. Subban et son héritage à Montréal. Mais on en sait moins sur Shea Weber, qui sera visiblement appelé à être un des piliers du Canadien. Une visite dans son coin de pays permet de mieux le découvrir.

La pancarte a le mérite d'être claire. «Shea Weber Way», lit-on sur l'enseigne verte qui indique le nom de la rue. On est bel et bien rendu à l'aréna de Sicamous, en Colombie-Britannique.

Dans l'entrée principale, des dizaines de photos ornent les murs. Sur l'une d'elles, on voit une grande échalote qui n'a visiblement pas encore commencé à remplir ses 6'4". Shea Weber pose, sourire timide, à côté de la pancarte qui porte son nom.

C'était à l'été 2005. Weber n'avait pas encore 20 ans. Mais sa conquête de la médaille d'or avec Équipe Canada junior, en janvier de cette année-là, avait fait grand bruit à Sicamous, un village de quelque 2400 âmes. Les autorités municipales lui avaient donc remis les clés de la ville et avaient rebaptisé une rue en son honneur.

Dites-nous, James Weber, avez-vous dû vous assurer que votre fils ne s'enfle pas trop la tête avec de tels honneurs? «Au contraire, c'était facile! Toute cette attention le rendait très mal à l'aise», s'exclame le père du nouveau défenseur du Canadien. «Il s'y est un peu habitué depuis. Mais il était timide. De plus, quand cette histoire s'est sue, ses coéquipiers le taquinaient beaucoup.»

Ce malaise en public a visiblement traversé les époques. Lorsqu'il a reçu le trophée Mark-Messier lors de la dernière remise de trophées de la LNH, il a livré son discours les mains dans les poches, la voix tremblotante...

«Il n'est pas à l'aise de parler en public», reconnaît son père, qui était à ses côtés ce soir-là. «Il n'a plus de problème avec les entrevues télévisées, mais de parler devant un public, c'est autre chose! Son discours était prêt et il a oublié quelques passages en raison de la nervosité.»

Un véritable décor de carte postale attend le visiteur qui débarque à Sicamous. Les montagnes se succèdent le long des routes 97 et 97 A, qui relient Kelowna au patelin des Weber. Ici, le camion pick-up est la norme. Dans le stationnement de l'aréna, le plus petit bolide parmi la dizaine qui y est garée est un véhicule utilitaire sport.

«Tout le monde est égal ici», lance un habitant du coin. À vue de nez, la diversité ethnique y est aussi faible que dans le plus typique village finlandais. Si on cherchait l'endroit le plus différent au Canada, on aboutirait sans doute dans le Toronto cosmopolite de P.K. Subban.

Une pièce d'homme

«Shea a la carrure de son père, mais le caractère et le regard de sa mère.» Difficile de contredire les trois hommes attablés près du casse-croûte de l'aréna, qui connaissent bien la famille. Comme un peu tout le monde au village. La mère, Tracy, a été tragiquement emportée par un cancer du cerveau à l'été 2010. Mais les témoignages à son sujet sont unanimes.

«Shea a toujours eu de la hargne, et tu l'aurais mieux compris si tu avais pu connaître la mère», explique Bruce Hamilton, propriétaire des Rockets de Kelowna, là où Shea Weber a joué son hockey junior. «Elle n'avait peur de rien. Et elle a vécu comme ça, elle s'est battue jusqu'à la fin.»

James Weber, lui, est un gaillard qui a joué au rugby jusqu'à l'âge de 27 ans. Ancien employé d'une scierie, il s'est recyclé en préposé à l'aréna quand il a été mis à pied, à la suite d'un ralentissement de l'industrie.

Son fils se met au hockey à l'âge de cinq ans. Commence alors une vie de sacrifices pour les parents de deux garçons, deux joueurs de hockey. «Sa mère aussi travaillait fort, elle avait son propre salon de coiffure et travaillait de longues heures», se remémore James Weber. 

Les sacrifices en valent la chandelle, puisque Shea Weber est constamment parmi les meilleurs de son groupe. «Il a toujours été plus gros que les autres, mais il a commencé à se démarquer par son talent à sa deuxième année pee-wee», estime Don LaRoy, son entraîneur au niveau pee-wee et dans le junior B, chez les Eagles de Sicamous.

Mais le village demeure reculé, et il l'est tout autant pour les recruteurs du hockey junior. Weber passe donc inaperçu malgré un talent manifeste et n'est jamais repêché dans la Ligue junior de l'Ouest (WHL).

«Le recruteur de Seattle nous disait qu'il le trouvait trop petit à 14 ans, à 5'9". Il cherchait seulement des joueurs de 6' ou plus. Je lui ai dit : "Vous cherchez des monstres?"» se souvient James Weber. C'est seulement à 15 ans qu'il est finalement découvert par un éclaireur des Rockets de Kelowna.

Retranché par les Rockets à l'âge de 16 ans, il rentre à la maison pour jouer au niveau junior B et retourne à Kelowna la saison suivante. «Quand il est revenu, on savait qu'on avait un joueur spécial», explique Bruce Hamilton. «Il a toujours été gros, mais il manquait encore un peu de corpulence. Maintenant, quand il est devant toi, c'est une éclipse!»

Le passage de Weber à Kelowna coïncide avec l'époque grandiose des Rockets, marquée par trois participations de suite à la Coupe Memorial, de 2003 à 2005. À sa première année, il évolue au sein d'une brigade défensive qui compte aussi Duncan Keith et Josh Gorges, deux autres arrières jamais repêchés dans le junior, qui connaissent des carrières inespérées dans la LNH.

«Pour ces trois joueurs, l'équipe était plus importante que les individus», décrit Marc Habscheid, entraîneur-chef des Rockets de 1999 à 2004. «Ils se préoccupaient de tout le monde, pas seulement d'eux. Ils étaient d'excellents défenseurs, mais leur plus grande qualité, c'est que c'étaient des joueurs d'équipe. On ne leur a rien enseigné. Ils venaient simplement de bonnes familles.»

Sans présenter des statistiques offensives ahurissantes, Weber attire assez l'attention pour être repêché au 49e rang par les Predators de Nashville en 2003. Un an plus tard, il soulève la Coupe Memorial. En janvier 2005, c'est la conquête de l'or avec Équipe Canada junior.

Jamais à l'avant-plan

La transaction qui a envoyé P.K. Subban à Nashville contre Weber a été accueillie froidement par bien des partisans du Canadien. Et ce n'est pas en donnant des entrevues que Weber gagnera un concours de popularité contre l'ancien numéro 76!

Pas de tweet ni de photo Instagram, pour la simple et bonne raison qu'il n'a pas de compte public connu. Dans ses rares entrevues, il en dit très peu, surtout sur sa vie privée. Un journaliste de Nashville a raconté à La Presse que Weber n'a même jamais divulgué le nom de ses enfants! «Il protège beaucoup sa vie privée», reconnaît son père, James.

Cette méfiance est-elle la conséquence d'un épisode de trahison, d'une histoire défavorable publiée dans les médias? Les gens sondés n'ont pas de souvenir d'un tel incident. «Pas à ma connaissance», répond Bruce Hamilton. «Mais retourne voir les photos de ses victoires aux Jeux olympiques. Il n'est jamais à l'avant-plan. Il fait simplement son travail, et il est content de voir les joueurs moins connus obtenir de la reconnaissance. À Nashville aussi, il était comme ça.»

«Regarde ce qu'il a accompli : médaille d'or avec Équipe Canada junior, deux médailles d'or olympiques, en nomination pour le trophée Norris», énumère Habscheid. «Il attire les gens autour de lui par sa feuille de route, mais aussi parce qu'il est simplement un bon gars qui fait sentir aux autres qu'ils sont importants. C'est une étoile, mais il ne se place pas au-dessus des autres.»

Allergique à la défaite

Shea Weber est allergique à la défaite. «On va souvent le voir à l'étranger et chaque fois, on le rencontre après le match», raconte Barry Davidson, de la famille d'accueil du défenseur à l'époque où il jouait à Kelowna. «Si son équipe a perdu, il arrive et il est encore frustré. Il faut lui dire que c'est fini et qu'il doit en revenir! Une fois, à Calgary, il est venu nous retrouver dans les gradins après le match. Les Predators avaient perdu en fin de match. Il était juste incapable de parler!»

En bref

2441: une pancarte à l'entrée du village annonce une population de 3166 habitants à Sicamous, en Colombie-Britannique. Mais selon le recensement de 2011, ce chiffre est plutôt de 2441, puisque bien des personnes sont seulement de passage en été.

8: Shea Weber, Cody Franson, Deryk Engelland, Dale Purinton, Andrew Ebbett, Kris Beech, les frères Ron et Rob Flockhart. Le nombre de joueurs qui sont nés à Sicamous, ou qui y ont joué au hockey mineur, est franchement étonnant. Le chiffre précis est impossible à obtenir, mais des recherches manuelles ont permis de trouver au minimum ces huit joueurs.

0,6 °C: Avec une température maximale moyenne de 0,6 °C en janvier, l'hiver à Sicamous n'est pourtant pas exactement propice à la construction de patinoires extérieures. «On peut en avoir pendant deux ou trois semaines, quand on est chanceux», estime Cal Franson, le père de Cody Franson.

10 000: Le livre Outliers, de l'auteur américain Malcolm Gladwell, a popularisé la théorie des 10 000 heures. Essentiellement, il faudrait 10 000 heures d'entraînement avant d'exceller à quelque chose. C'est ce qui pourrait expliquer l'émergence d'autant de joueurs à Sicamous. «C'est un petit aréna, dans une petite ville, donc tu joues beaucoup», raconte Cal Franson, père de Cody Franson et responsable de l'aréna. «On était chanceux quand il y avait 10-12 joueurs dans une équipe. Shea et Cody en ont bénéficié. De plus, ils ont profité du fait que James [Weber] et moi travaillons ici. Ils pouvaient venir après les heures d'ouverture. Ils nous demandaient si l'aréna était fermé, et si oui, s'ils pouvaient venir patiner. Ce sont les avantages de grandir dans une petite ville, tu n'as pas ça dans une grande ville!» Si Shea Weber n'a jamais été repêché au niveau junior, c'est cependant aussi dû au fait qu'il venait d'un petit village, croit son père. «Tu as beaucoup de temps de glace, car la population n'occupe pas l'aréna. Quand tu es petit, c'est une bonne chose. Mais quand tu vieillis, c'est moins bon, car c'est dur d'avoir de la bonne compétition dans ton groupe d'âge. Je crois qu'il a surpris les équipes juniors.»

La maison magique: Il est fascinant de constater le nombre de futurs joueurs de la LNH qu'Ingrid et Barry Davidson ont hébergés à titre de famille d'accueil à Kelowna. La «Rocket Room», remplie de chandails et de photos de ces joueurs, a accueilli Shea Weber, Tyler Myers, Luke Schenn, Mikael Backlund et Tyson Barrie, qui a dû partir rapidement en raison de ses allergies aux animaux. «Ç'a bien été avec les premiers et les Rockets nous ont dit qu'ils souhaitaient que leurs bons joueurs demeurent chez nous», explique simplement Barry Davidson.

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