Le miracle de 1986

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L'entraîneur-chef Jean Perron et le capitaine du Canadien, Bob Gainey, lors de la conquête inattendue de la Coupe Stanley le 24 mai 1986.

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(Montréal) Le 24 mai 1986, au Saddledome de Calgary, le Canadien remporte la 23e Coupe Stanley de son histoire, lors d'un cinquième match de grande finale face aux Flames de Calgary. Contrairement aux autres, cette conquête-là a pris tout le monde par surprise... Trente ans plus tard, des joueurs qui étaient sur la glace ce soir-là racontent ce qui s'est passé.

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«Dans le vestiaire, avant le match, on avait ce sentiment, on savait qu'on allait trouver une façon», dit Rick Green

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Ça ne devait pas arriver. Qui gagne la Coupe Stanley avec 87 points? Et qui gagne la Coupe Stanley avec un gardien de 20 ans? Et pourtant...

En ce 24 mai 1986, le Canadien retourne à Calgary avec une confiance qui n'existait pas à peine deux mois auparavant. Avec une solide avance de 3-1 dans la série, il n'a plus besoin que d'une ultime victoire afin de mettre la main sur le gros trophée.

C'est peu de dire que personne ne s'attendait à un tel scénario. Le printemps de 1986 est un genre de petit miracle pour le Canadien. Une longue suite de coïncidences heureuses. La sortie inattendue des Oilers d'Edmonton, par exemple. Les champions en titre sont achevés par un but de leur défenseur Steve Smith dans son propre filet. Dans le même registre, la sortie inattendue des Nordiques de Québec au premier tour, balayés en trois petits matchs par les Whalers de Hartford.

Le printemps 1986, c'est aussi l'émergence de deux jeunes : Claude Lemieux, qui patinait dans la Ligue américaine deux semaines avant le début des séries, et un certain Patrick Roy, qui ne devait pas être le gardien partant en séries. C'est sans oublier le coach Jean Perron, celui que certains vétérans avaient tenté de faire congédier à peine quelques semaines avant le début des séries.

La seule présence du Canadien au tableau éliminatoire de 1986 est donc étonnante. Mais une présence en grande finale, en plus? Ce n'est plus étonnant, c'est carrément miraculeux.

Première période

Le soir du 24 mai, donc, il ne reste plus qu'une victoire à obtenir. Ça n'allait pas être facile, par contre. «Avant ce cinquième match à Calgary, notre vestiaire, c'était rendu une infirmerie», relate Perron. «Vous savez comment c'est, dans les dessins animés, quand on voit des personnages qui se promènent avec des bandages un peu partout sur le corps? Dans notre vestiaire, ça ressemblait à ça. Rick Green avait tellement mal à la tête qu'il avait un sac de glace sur la tête. Avant le match, il m'a dit : "Coach, je ne sais pas si je vais être capable de jouer à soir..."»

«Dans le vestiaire, avant le match, on avait ce sentiment, on savait qu'on allait trouver une façon», indique Green. «On savait que ce moment nous appartenait, qu'il allait être le nôtre. Ce printemps-là, on trouvait toujours une façon...»

Il y a de la tension entre les murs du Saddledome. Ça ne s'améliore pas pour les partisans des Flames en début de première période quand le défenseur Gaston Gingras, posté fin seul devant Mike Vernon, accepte une passe de Lemieux avant de marquer d'un tir bas.

«Bob Gainey ne parlait pas souvent, mais quand il le faisait, on l'écoutait», se rappelle Gingras. «On avait gagné le match précédent à Montréal, 1-0, et à la fin, il y avait eu une grosse bagarre. Ensuite, dans le vestiaire, Bob s'était levé pour nous rappeler l'importance du cinquième match à Calgary. Il nous avait dit qu'on ne voulait pas revenir à Montréal pour jouer un autre match...»

«Avant d'arriver avec le Canadien, j'ai su que Gaston avait eu des moments plus difficiles et que certaines personnes l'appelaient Gaston Lagaffe», note Perron. «Ça, c'était avant que j'arrive avec l'équipe, parce que moi, en finale, j'ai vu un gars qui jouait avec beaucoup de confiance. Il jouait tellement bien qu'il n'était pas question que je le sorte de la formation pour remettre Petr Svoboda à sa place.»

D'où venait ce surnom? «Guy Lapointe jouait encore avec le Canadien au moment de mon arrivée avec l'équipe, au début des années 80», raconte Gingras. «C'est son fils qui lisait des bandes dessinées de Gaston Lagaffe, et devant un journaliste, Guy avait fait une blague là-dessus à mon sujet. Ce n'était pas méchant, mais ça avait fait boule de neige...»

Même en retard dans la série et dans le pointage, les Flames demeuraient confiants. «On avait réussi à battre les Oilers d'Edmonton au deuxième tour des séries avant de pouvoir arriver à la finale. Pour bien des gens, quand on battait les Oilers, c'était suffisant. Je ne veux pas dire que nous étions tombés dans la complaisance, mais...»

«Il y a une chose que je regrette : j'aurais dû mieux préparer nos plus jeunes joueurs», souligne l'attaquant Doug Risebrough, qui avait été échangé aux Flames en 1982. «Jouer contre le Canadien, pour certains de nos gars, c'était un peu trop impressionnant...»

Deuxième période

Les Flames n'allaient quand même pas se laisser abattre si facilement. Steve Bozek fait 1-1 à 7:17 de la deuxième période. Mais le Canadien réplique rapidement grâce à Brian Skrudland, qui marque son deuxième but des séries, son deuxième de la grande finale. «C'est l'histoire de notre équipe lors de ce printemps-là : les héros obscurs qui font la différence», observe Gingras.

«À un moment donné, on sentait qu'on allait perdre et, sur le banc, il y a certains gars qui avaient l'air de ne pas trop avoir de problème avec ça», se souvient Macoun. «On le voyait dans leurs yeux. C'est comme si on sentait que c'était notre dernier match de la saison. Ça m'énerve encore quand j'y repense.»

«C'était très serré comme série», ajoute Gingras. «Les Flames ont frappé quelques poteaux et, aussi, et il y a eu des gros arrêts de Patrick...»

«À cette époque, il fallait se fier à ce que l'on pouvait trouver dans les journaux», se remémore Macoun. «On ne connaissait pas les joueurs comme c'est possible de les connaître aujourd'hui. Patrick Roy, on avait entendu parler de lui, et on a vite compris qu'il n'était pas un feu de paille. Ce soir-là, il s'est mis à nous montrer à quel point il allait devenir un grand gardien. Peut-être que le résultat aurait été différent s'il n'avait pas été là.»

«Ce qu'on oublie souvent à propos de ce match-là, et aussi à propos de cette finale, c'est combien les Flames étaient gros et lourds», précise Perron. «Ils avaient des gars comme Peplinski, Joel Otto, Macoun, Paul Reinhart... C'était pas un club de tout-petits!»

«Je me souviens qu'à un moment donné, il y a eu une mêlée devant le filet du Canadien, et j'ai planté mon coude derrière la tête de Larry Robinson», raconte Jim Peplinski. «Larry s'est retourné lentement, il m'a regardé et il a juste dit : «Calme-toi, le gros.» C'est tout. Il s'est assuré de garder la tête froide et de ne pas répliquer.»

«C'est là, à mon avis, que les Flames ont commis leur plus grande erreur : quand ils ont tenté de jouer des bras», affirme Mats Naslund. «Soudainement, ils se sont mis à insérer dans leur formation des gars plus robustes comme Nick Fotiu et Tim Hunter, et ça a fini par tourner à notre avantage, parce qu'on pouvait leur faire mal avec notre jeu en avantage numérique.»

Troisième période 

Ça sent la fin pour les Flames quand Rick Green, son premier des séries, et Bobby Smith marquent en seulement 19 secondes. «Après mon but, je me rappelle que Craig Ludwig est venu me voir pour me féliciter sur le bord de la bande. Je lui ai dit : "C'est fini, on vient de gagner la Coupe Stanley"», dit Smith.

«Après le but de Bobby Smith, Chris Nilan, qui était blessé, est venu nous rejoindre derrière le banc des joueurs. Je me souviens qu'il s'est mis à crier : "Les gars, on a la Coupe!" On lui a dit de se la fermer...», confie Gingras

Calgary tente une ultime poussée en réussissant deux buts dans les quatre dernières minutes. «Nous nous sommes mis à mettre plus de pression», décrit Joe Mullen, dont le but avec 46 secondes à jouer réduit l'avance du CH à un seul but. «Mais nous avons bien vu que Patrick Roy n'allait pas s'écraser sous la pression...»

«Vers la fin du match, Bob Johnson m'a mis la main sur l'épaule et il m'a dit de sauter sur la glace», ajoute Macoun. «Il restait un peu moins de 20 secondes au tableau, et je me suis retrouvé seul, tout juste à côté du filet, avec la rondelle sur mon bâton et un but grand ouvert. Puis Roy est apparu de nulle part pour faire l'arrêt.»

«D'où j'étais derrière notre banc, j'étais sûr que les Flames avaient marqué...», assure Perron. «Patrick a été fumant. Le pire, c'est juste avant ça, quand je l'ai vu sortir de son filet pour aller récupérer la rondelle derrière le but. Il voulait contrôler la rondelle et faire son Ron Hextall, mais il avait failli commettre une gaffe monumentale.»

«Si seulement j'avais pu marquer...», regrette Macoun. «Patrick Roy me rappelait Grant Fuhr, qui fermait toujours la porte quand on jouait contre les Oilers. C'est ce que Patrick Roy a fait contre nous. Il s'est dressé. On ne s'attendait pas à ça, pas de la part d'un gardien de 20 ans. Ils ont gagné la Coupe grâce à lui.»

«Le Canadien méritait cette Coupe Stanley», croit Risebrough. «J'ai oublié certains détails de cette soirée, mais je me souviens très bien de quelque chose d'assez bizarre : nos fans ne voulaient pas partir. Même au moment où le Canadien célébrait avec la Coupe Stanley sur notre glace, nos fans étaient encore là, personne n'avait quitté son siège. C'était une marque de respect.»

Une nuit dans l'avion du CH

Le photographe de La Presse Bernard Brault était... (Photothèque Le Soleil) - image 4.0

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Le photographe de La Presse Bernard Brault était présent à Calgary en 1986 lors de la victoire du CH et il n'a pas oublié la photo qu'il avait prise de Patrick Roy s'amusant avec son trophée Conn-Smythe. 

Photothèque Le Soleil

Le vétéran photographe Bernard Brault avait fait le voyage en direction de Calgary pour immortaliser les scènes du cinquième match de la grande finale de 1986. Il se souvient d'une soirée et d'une époque où les héros étaient plus accessibles...

«J'étais parti le matin même en direction de Calgary pour couvrir ce match-là pour La Presse, on avait décidé ça la veille, un peu à la dernière minute. Ça faisait une nuit courte et une longue journée aussi, avec le cinquième match qui avait lieu le soir même au Saddledome. J'avais 29 ans, ça faisait deux ans que j'étais à La Presse.

«Je ne me souviens pas trop du match en tant que tel, mais je me souviens de la fin, quand on a pu sauter sur la glace au moment où le Canadien a gagné la Coupe Stanley. C'était le bordel, il n'y avait pas de tapis pour les photographes comme on en voit aujourd'hui. Il y avait pas mal de monde sur la glace en même temps que les joueurs, c'était un peu la confusion.

«C'est dommage, parce que plusieurs de mes négatifs de cette soirée-là ont été perdus. Mais je me rappelle de certaines photos que j'avais prises à ce moment-là. Il y en avait une, entre autres, de Serge Savard [le dg du CH], qui était là avec son gros cigare et avec la Coupe Stanley. Je me rappelle d'une autre photo où Patrick Roy avait mis le trophée Conn-Smythe sur sa tête. Il y avait du monde dans le vestiaire, mais ce n'est pas comparable avec ce qu'on peut voir de nos jours.

«Après ça, tout le monde est parti en direction de l'aéroport de Calgary pour rentrer à Montréal au cours de la nuit. Il n'y avait aucun dispositif de sécurité à l'aéroport, on était entrés directement dans l'avion de l'équipe, on était passés comme dans du beurre!

«Dans l'avion, c'était pas mal le party. On était assis plus vers l'avant, mais on pouvait circuler librement. Ce que je me souviens, c'est que les joueurs prenaient pas mal d'alcool. Chris Nilan était un peu chaud, il avait menacé de donner une volée à Réjean Tremblay! La plupart des joueurs avaient pas mal de fun, dont Chris Chelios. On était avec les joueurs et ça ne les dérangeait pas. On était arrivés à Dorval vers 6h30 du matin.

«C'est sûr que l'accès a bien changé. Même avant que je travaille à La Presse, j'allais au Forum comme spectateur et on pouvait amener nos caméras avec les grosses lentilles. Au Forum, les photographes, on pouvait même circuler derrière le banc de l'équipe adverse pendant les matchs! C'est beaucoup plus restrictif maintenant...» La Presse

Deux chiffres

4 : Buts gagnants de  Claude Lemieux lors des séries de 1986

1,93 : Moyenne de Patrick Roy lors des séries de 1986

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