Gerry Plamondon, le dernier champion de 1946

À 92 ans, Gerry Plamondon est le doyen... (Photo La Presse, Martin Leblanc)

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À 92 ans, Gerry Plamondon est le doyen du Canadien et le seul survivant de l'équipe qui a gagné la Coupe Stanley le 9 avril 1946, il y a exactement 70 ans.

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(Sherbrooke) Dans sa belle maison victorienne de Sherbrooke, Gerry Plamondon collectionne les antiquités. Il aime surtout les horloges. Il en a près de 80. Elles sont éparpillées dans la maison, mais seule sa préférée sonne pour marquer l'heure.

«Je les fais sonner toutes ensemble seulement à Noël. Ça rendait ma femme folle, elle voulait me divorcer!» lance M. Plamondon dans un éclat de rire. «Les antiquités, c'est ma passion. La maison en est pleine. Même moi, je suis antique!»

Gerry Plamondon a 92 ans. Il est le doyen du Canadien de Montréal et le seul survivant de l'équipe qui a gagné la Coupe Stanley de 1946 contre les Bruins de Boston. C'était un 9 avril, il y a exactement 70 ans aujourd'hui.

Plamondon habite une belle et vieille maison dans une rue tranquille de Sherbrooke, la ville où il est né. L'écouter raconter sa vie, c'est voyager dans une époque lointaine, un monde de radio et de tramways, un monde de trains et de «cross-check dans la face», un monde où les «commotions cérébrales n'existaient pas encore»...

«Quand on a gagné la Coupe, le Canadien nous a donné un cendrier en argent», dit-il.  C'étaient des temps plus durs, mais peut-être plus simples aussi.

Gerry Plamondon a commencé à patiner à cinq ans sur une patinoire aménagée dans la cour par son père, tailleur de pierre de métier. «J'ai commencé avec des patins trop grands. Ils étaient tellement grands que je mettais mes pieds avec mes souliers dedans. Dans le temps de la Dépression, on prenait ce qu'on pouvait.»

Il s'est révélé un joueur vif et rapide. Il n'était pas le plus grand. Mais c'était une époque où le maniement de la rondelle faisait foi de tout.

Le jeune Gerry Plamondon est parti à Montréal à l'âge de 17 ans. «J'étais parti avec une valise en carton et un petit chapeau. Je n'étais pas trop développé quand je suis arrivé à la grand'ville.»

Des torpilles au Rocket

C'était l'année 1941. La guerre faisait rage en Europe. Plamondon s'est trouvé un emploi au Plan Cherrier, un immense complexe militaro-industriel situé à Repentigny, dans une ville alors appelée Saint-Paul-l'Ermite. Au «Plan», il travaille à la fabrication de torpilles le jour et joue au hockey le soir, dans l'équipe de l'usine.

C'est là qu'il rencontre un instructeur du Canadien junior et qu'il obtient la chance de jouer pour le club-école. Lors de la saison 1943-1944, il est le meilleur marqueur de la ligue junior, avec 21 buts en 15 matchs. «Dans le temps, dans le junior, ils nous donnaient une paire de patins. Ils ne nous donnaient même pas un billet d'autobus pour se rendre à la patinoire. Mais juste pour les patins, on était contents.»

C'est lors de la saison 1945-1946 qu'il obtient sa chance avec le Canadien. Toe Blake se casse une jambe et le jeune marqueur plein de promesses joue son premier match avec l'équipe, aux côtés de Maurice Richard, Elmer Lach, Émile «Butch» Bouchard, Léo Lamoureux et Bill Durnan.

«C'était dur d'avoir un poste. Il n'y avait que 6 équipes et juste 15 joueurs par équipe», raconte M. Plamondon. «Il y avait un gardien de but, quatre défenseurs, trois lignes et un substitut. Il n'y avait pas de gardien substitut. Quand un gardien se blessait, c'était le défenseur Kenny Reardon qui allait dans les buts.»

M. Plamondon est chanceux : cette année-là, le Canadien gagne la Coupe Stanley. Lui-même ne joue qu'un match de série. Le 9 avril 1946, au vieux Forum, il est assis dans les estrades quand le Canadien élimine les Bruins au cinquième match de leur série finale et remporte la Coupe.

«Je suis sur la photo pis toutte. Après, il y a eu un banquet. On a reçu le cendrier en argent. La bague, je l'ai reçue des dizaines d'années plus tard. On n'en recevait pas dans ce temps-là.»

Il a joué ensuite quelques saisons dans l'uniforme bleu-blanc-rouge pour un total de 74 matchs. Mais il ne s'est jamais vraiment imposé. «C'était difficile de trouver une place avec Canadien. Le coach, Dick Irvin, n'était pas trop fort avec les Canadiens français. On était huit Canadiens français dans le temps, mais le bonhomme ne parlait pas un mot de français. Il comprenait tout par exemple!»

L'attaquant de 5'8" a surtout fait sa marque dans la Ligue senior du Québec, où jouait à l'époque Jean Béliveau. Il a remporté le championnat avec les Royaux de Montréal. «Le senior était fort. Dans ce temps-là, le Royal remplissait le Forum à tous ses matchs. Aux matchs du Canadien, il y avait de la place en masse.»

Ses amis sont partis

Après sa carrière de joueur, en 1958, M. Plamondon est devenu entraîneur. «J'ai été instructeur pendant sept ans, à Matane, à Trois-Rivières, Chicoutimi, Pembroke, Cornwall, Richmond, pis Sherbrooke», énumère-t-il.

Il décide de quitter le monde du hockey en 1967. Il revient alors à Sherbrooke, s'ouvre une boutique d'articles de sport et commence à entretenir sa passion pour les antiquités. Sa femme est morte il y a 10 ans maintenant. Il vit dans sa grande maison avec son fils. «Ça fait un vide. Mais je suis avec mon gars et on se débrouille pas mal.»

Il ne patine plus. Mais il a encore bon pied bon oeil. Il conduit encore sa minifourgonnette. Depuis la mort de son ami Bob Fillion en août dernier, Plamondon est le doyen du Canadien. «Ben oui, je suis le doyen. Ils sont partis deux, trois, Elmer Lach et Bob Fillion. Dickie Moore est parti. Mais Moore était un peu plus jeune, c'est la génération après moi, celle de Béliveau et du petit Pocket Richard. Eux autres aussi, ils s'en vont.»

Lui a des anecdotes sur tous ces joueurs. Il les garde dans sa mémoire et dans deux grands albums remplis de journaux jaunis. Quand il partira, ce seront tous ces souvenirs qui partiront avec lui. Mais il n'est pas pressé. Il aime parler «du bon vieux temps». Il termine toujours ses anecdotes avec un punch, une blague. Alors ses yeux se plissent et le vieil homme est secoué d'un rire long et franc.

Est-il fier de sa carrière, plus brève qu'espérée avec le Canadien? «Je suis extra fier. Je recommencerais demain. Mais j'ai de la misère à aller m'entraîner. Quand je dis mon âge, ils me disent : tu reviendras plus tard», lance Gerry Plamondon, avant de partir dans un éclat de rire.

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