La vision des journalistes bien branchés

Depuis qu'il est en poste, le directeur général... (La Presse, Ivanoh Demers)

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Depuis qu'il est en poste, le directeur général du Canadien Marc Bergevin a contribué à limiter les fuites d'information

La Presse, Ivanoh Demers

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(Montréal) Le lundi 29 février, à 15h, ce sera l'aboutissement d'une semaine où les rumeurs auront alimenté les discussions dans la planète LNH. Que feront les Islanders avec Kyle Okposo et les Jets avec leur capitaine, Andrew Ladd?

À Montréal, l'intérêt tournera surtout autour de ce que l'équipe peut obtenir si elle se range du côté des vendeurs. À l'heure actuelle, le classement incite à croire que c'est l'option à privilégier.

Pour les journalistes, ce sera une semaine faste, l'occasion rêvée de générer de l'intérêt en étant le premier à ébruiter une transaction. À Montréal, ce travail est toutefois plus compliqué que dans d'autres villes, où les intervenants sont un brin plus bavards. Le mystère entourant la blessure à Carey Price a exposé la situation au grand jour.

Qu'en disent les journalistes de l'extérieur?

«C'est une priorité de Marc Bergevin de contrôler l'information. Si on veut savoir ce qui se passe chez le Canadien, il faut parler aux autres équipes», soutient Pierre LeBrun, réputé journaliste à ESPN suivi par 550 000 fidèles sur Twitter. «Au bout du compte, c'est la portion que le Canadien ne peut pas contrôler. Et c'est correct, je respecte ça!»

«Montréal et le Québec sont les marchés médiatiques les plus compétitifs de la ligue», estime Elliotte Friedman, l'informateur du réseau Sportsnet. «Toute la province est concentrée sur une seule équipe. Les figures médiatiques sont de vraies vedettes. Je regarde L'antichambre et les invités ont beaucoup de notoriété. Nous, le Canada suit nos émissions. Mais au Québec, ces analystes ont beaucoup de poids. Le Canadien réalise qu'il faut gérer le message de façon encore plus serrée.»

Accès interdit

Selon plusieurs collègues ayant vécu sous les régimes précédents, l'accès à l'information s'est resserré sous Bergevin. «Depuis que je fais ce travail, les dg ont été Bob Gainey, Pierre Gauthier et Bergevin», énumère Friedman, auteur des populaires chroniques 30 Thoughts. «Ils ne partageaient pas beaucoup d'informations. Mais depuis que Bergevin est là, seuls lui et Michel Therrien parlent aux médias. Dans plusieurs organisations, tu peux parler à d'autres gens, même si ce n'est pas pour dénicher un scoop. Parfois, j'ai une question technique sur le plafond salarial ou sur la convention collective, je vais envoyer un courriel et j'aurai une réponse. Pas à Montréal.»

Derrière ce silence, l'argument de l'égalité est souvent avancé. Le dg ne peut pas parler à un média sans parler aux autres. C'est ce que Friedman a constaté le 26 décembre dernier, quand il a eu vent, 48 heures avant l'annonce, que le Canadien échangeait Zack Kassian aux Oilers d'Edmonton contre Ben Scrivens.

«J'ai envoyé une note au Canadien en disant que j'avais eu vent de cette information, et en demandant si je pouvais vérifier avec Marc Bergevin si c'était vrai. Un relationniste m'a rappelé. Marc comprend ta demande, mais il ne veut pas commenter. On voulait simplement te prévenir. C'est correct, c'est ainsi qu'ils font ça. Ils ont de la classe.»

La culture du secret

Il n'y a pas qu'à Montréal que règne une culture du silence. «Lou Lamoriello fait la même chose à Toronto», rappelle LeBrun.

Les Hurricanes sous Ron Francis, les Islanders de New York sous Garth Snow de même que les Rangers de New York sous Glen Sather et son successeur, Jeff Gorton, sont aussi réputés pour leur opacité.

«Il y a beaucoup plus de journalistes à la recherche d'informations maintenant», estime Bob McKenzie, le journaliste hockey le plus suivi sur Twitter, avec 1,2 million d'abonnés. «Je me mets à la place d'une équipe et je dois composer avec moi, LeBrun, Darren Dreger, les journalistes du beat... Je ne veux peut-être pas parler! De plus, les équipes ont des comptes Twitter et Facebook, elles veulent créer leur propre public et avoir l'information avant les journalistes pour augmenter leur nombre d'abonnés.»

Les médias sociaux font aussi en sorte que l'information se propage plus rapidement. Il importe donc de protéger les joueurs.

«Un ancien dg m'a déjà dit : "Je t'aime bien, mais ton travail est destructeur. Tu ne comprends pas toutes les conséquences quand tu nommes un joueur. Ce n'est pas toujours le joueur. Ça peut être sa femme, ses enfants, l'agent, l'équipe, ses coéquipiers, son compagnon de trio", relate Friedman. Plusieurs dg pensent ainsi.»

Pourquoi parler?

Ce qui ne veut pas dire que l'information ne circule pas. Une panoplie d'intervenants ont intérêt à faire circuler des messages.

«Les chroniqueurs émettent des opinions et c'est leur travail de le faire, rappelle Bob McKenzie. De mon côté, c'est d'expliquer la logique d'une équipe derrière les décisions. Plus les partisans ont de l'information, plus ils peuvent former leur opinion. Plusieurs équipes partagent cette théorie.

«Les Bruins ont été sévèrement critiqués - peut-être trop - quand ils ont échangé Dougie Hamilton et Milan Lucic, poursuit McKenzie. Je me disais que si les partisans en savaient plus, ça serait différent. Par après, on a su que Hamilton avait refusé une plus grosse offre des Bruins que ce qu'il a accepté à Calgary, donc, il ne voulait clairement pas rester à Boston. Les Bruins auraient sûrement été moins blâmés si les gens l'avaient su.»

«La plupart des gens n'aiment pas parler de leur propre équipe, ajoute Elliotte Friedman. Même mes bonnes sources me disent : «Pose-moi des questions sur les autres équipes, pas sur la mienne. Tu peux déconcentrer l'autre équipe, mais pas la nôtre!» 

Rumeurs pour vendre

«Certaines personnes, surtout dans les marchés moins forts, pensent que les rumeurs sont bonnes pour vendre le sport, que les partisans aiment ça, soutient Pierre LeBrun. C'est très rafraîchissant d'entendre certains dirigeants penser comme ça. Mais on ne se fait rien donner. Avec plusieurs dirigeants, c'est ça, le deal : si je détiens l'information, ils ne vont pas me mentir. Mais ils ne vont pas me donner l'information que je n'ai pas.»

En juin 2014, McKenzie a annoncé en primeur que Josh Gorges avait refusé de passer aux Maple Leafs. Le joueur, l'agent, les Maple Leafs... Le nombre d'intervenants au fait du dossier augmentait. Pressé d'agir en raison de cette fuite, Bergevin a finalement échangé Gorges à Buffalo.

Les rumeurs sur le Canadien peuvent aussi provenir de sources inattendues. Par exemple, il y a deux ans, c'est un collègue du Sports Business Journal, Chris Botta, qui a été le premier à dévoiler que le Tricolore tentait d'obtenir Thomas Vanek. Quelques heures plus tard, la transaction se concluait.

Malgré le soin jaloux que porte Bergevin au contrôle de l'information, la semaine devrait tout de même être riche en informations de toutes sortes.

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