La réputation de la boxe en jeu

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Lors de leur dernière conférence de presse mercredi, l'Irlandais Connor McGregor (à droite) a assuré qu'il réglerait le compte de Floyd Mayweather en deux rounds, et moins si possible.

AP, John Locher

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Agence France-Presse
Los Angeles

Floyd Mayweather et la boxe ont beaucoup à perdre samedi soir à Las Vegas. En cas de défaite face à Conor McGregor, l'Américain ternira à jamais son incroyable palmarès et donnera aux arts martiaux mixtes (MMA) une exposition sans précédent.

Mayweather est le grandissime favori. Il est resté invaincu durant toute sa carrière professionnelle, égalant le record du légendaire Rocky Marciano (49 victoires) avec ses succès face à Oscar de la Hoya, Canelo Alvarez ou encore Manny Pacquiao pour devenir l'un des meilleurs boxeurs de l'histoire.

Mais Mayweather doit encore disputer à 40 ans, deux ans après sa dernière apparition sur un ring, son combat le plus important. Pas pour sa carrière - sa popularité ou son compte en banque déjà très bien garni (il a amassé plus de 800 millions $ et a déjà reçu 100 millions $ pour ce combat) -, mais pour le renom de son sport.

«C'est clair que je suis celui qui prend le plus de risques dans ce combat», a lâché le boxeur, plus préoccupé par son destin et son dernier mirobolant chèque que par l'impact de ce combat pour sa discipline.

Depuis l'officialisation du combat le 14 juin, l'Américain et l'Irlandais se provoquent, s'insultent et jouent le jeu habituel pour faire la promotion de leur combat. Aussi arrogants l'un que l'autre, ils s'en sont donnés à coeur joie en juillet lors d'une tournée de promotion internationale, suscitant malaise et controverse avec des sorties flirtant avec le racisme et l'homophobie.

Pour leur dernière conférence de presse mercredi, Mayweather et McGregor sont restés cette fois dans la retenue, ce qui n'a pas empêché le négligé irlandais, vainqueur de 21 de ses 24 combats MMA, d'assurer qu'il allait régler son compte au favori «en deux rounds». «Si je veux, je peux le finir en un round», a-t-il même assuré.

«Cela fait 21 ans que je reçois des coups et je suis toujours là, c'est bien de donner des coups, il faut aussi savoir les encaisser», lui a répondu Mayweather.

Blasphème

Les puristes du noble art dénoncent une mascarade, la comparant volontiers au troisième épisode de la saga Rocky où Rocky Balboa, incarné par Sylvester Stallone, défie le champion du monde de lutte, le géant Thunderlips joué par Hulk Hogan.

Plusieurs grands noms de la boxe - en activité ou retraités -, comme le Kazakh Gennady Golovkin et le Britannique Lennox Lewis, ont d'ailleurs présenté le combat qui se déroulera selon les règles de la boxe, comme un spectacle, un cirque ou une farce, dont Mayweather sortira facilement vainqueur. Mais si les preneurs de Las Vegas n'accordaient initialement aucune chance à McGregor, la cote de l'Irlandais est nettement remontée, même s'il disputera samedi à 29 ans son premier combat... de boxe.

«Tout est possible lorsque deux hommes se retrouvent face à face sur un ring», résume Dana White, le patron de l'UFC (Ultimate Fighting Championship), le principal organisateur de combats MMA, dont McGregor est la star.

L'UFC toujours en croissance

Rien ne semble arrêter l'UFC, créée en 1993 et rachetée en 2016 pour 4 milliards $ par WME-IMG, mastodonte omniprésent à Hollywood et dans le sport professionnel. Spectaculaires et violents - au point d'être interdits dans certains pays, dont la France -, les arts martiaux mixtes sont en train de devenir l'un des sports majeurs aux États-Unis, notamment chez les plus jeunes.

La tentation de voir dans ce combat, qui pourrait devenir le plus rémunérateur de l'histoire, un duel entre boxe et MMA est grande. Le patron de l'UFC s'en défend et assure qu'il n'a pas de stratégie à long terme pour prendre définitivement le dessus sur la boxe. «C'est un combat que les spectateurs à travers le monde voulaient voir. À terme, il n'y en aura pas d'autre de cette magnitude, aucun sport ne sortira vainqueur», a insisté White.

Mais l'affiche Mayweather/McGregor va sans doute donner des idées à la multitude d'organisateurs de combats MMA. Le sulfureux Tyson Fury, ancien champion des lourds, a déjà fait savoir qu'il était prêt à défier Cain Velasquez, ex-roi des lourds de l'UFC, dans un octogone selon les règles des combats libres.

«Les combinaisons sont sans fin comme dans des jeux vidéos ou des films d'action», a admis, avec appétit, Ben Washington, un de ses amateurs américains de MMA qui conspuaient Mayweather et soutenaient à tout rompre McGregor lors de la promotion du combat à Los Angeles, le mois dernier.

***

Le sulfureux précédent Ali-Inoki

Le choc entre le boxeur Floyd Mayweather et la star des arts martiaux mixte Conor McGregor samedi à Las Vegas n'est pas une première. Le 26 juin 1976, le légendaire Muhammad Ali avait accepté d'affronter le lutteur japonais Antonio Inoki dans un combat qui avait tourné à la farce.

Bob Arum a organisé dans sa longue carrière de promoteur des milliers de combats, mais il est catégorique : «Ce combat-là est le plus merdique dans lequel j'ai été impliqué», a-t-il assuré le mois dernier à l'Agence France-Presse.

Le combat en question avait pourtant pour tête d'affiche Ali. Alors au sommet de sa gloire, le boxeur le plus célèbre de la planète avait accepté d'affronter Inoki, révéré dans son pays, pour une bourse de 6 millions $. Le champion des lourds, vainqueur huit mois plus tôt de Joe Frazier aux Philippines, est même prêt à accéder aux demandes des organisateurs japonais, qui veulent scénariser le déroulement du combat pour qu'il se solde en match nul.

«Ali, au bord de la victoire, devait demander à l'arbitre de stopper le combat. Inoki lui aurait à ce moment-là sauté dessus pour le battre par soumission  et l'arbitre aurait déclaré Inoki vainqueur», a raconté Arum.

Le combat entre le boxeur Muhammad Ali et... (Archives AP) - image 3.0

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Le combat entre le boxeur Muhammad Ali et le lutteur Antonio Inoki avait tourné à la farce.

Archives AP

Mais Ali rejette ce scénario et les règles sont rédigées à la va-vite : Inoki n'a pas le droit de saisir son adversaire et de se jeter dans ses pieds. Résultat, le combat est largement décevant. Ali assène seulement six coups à son adversaire et se contente d'esquiver les attaques du Japonais, qui passe une bonne partie des 15 rounds au sol et se défend avec des coups de pied.

Suivi par 1,4 milliard de téléspectateurs à travers le monde, le combat se solde par un verdict nul et fait figure de tâche dans la palmarès d'Ali. Mais il a donné des idées.

Deux disciples d'Inoki ont notamment lancé quelques années plus tard un championnat de combat libre, devenu très populaire au Japon, avant d'être mis K.-O. par le géant américain UFC, devenu la référence ultime des arts martiaux mixtes.  AFP




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