Kevin Bizier: la vue avant la boxe

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(Québec) À l'image d'une carrière où le boxeur n'a jamais fait de l'ombre à l'homme qu'il était, Kevin Bizier a confirmé sa retraite dans un point de presse intime, lundi, à Québec. Le sportif de Saint-Émile est poussé à l'extérieur par une blessure à l'oeil gauche qui nécessite une intervention chirurgicale dès mercredi.

«Soit je restais dans la boxe, soit je perdais mon oeil. Je voulais revenir, mais la décision été prise assez rapidement à cause des enfants», a dit le père de Leyla, Aleck et la petite dernière de quatre semaines née au retour de l'Angleterre, Meava.

Le jeune retraité de 31 ans accroche ses gants après 28 combats professionnels. Il a remporté 25 victoires, dont 17 par K.O, et encaissé trois défaites, dont une dernière en championnat du monde des mi-moyens contre Kell Brook, à Sheffield.

«J'ai toujours aimé la boxe depuis l'âge de 12 ans, depuis que je suis né... C'est plate, mais on dirait que mon corps m'a lâché, c'est ça qui est chien! Je ne voulais pas vivre avec seulement un oeil, je veux voir mes enfants grandir», a confié celui qui subira mercredi une vitrectomie.

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Kevin Bizier a annoncé sa retraite de la boxe lors d'un point de presse intime à Québec lundi. Il était entouré de Yvon Michel et de Bernard Barré.

Le Soleil, Caroline Grégoire

Bizier a affronté Brook malgré ce problème de vision. Quelques semaines avant le combat de sa vie, il avait reçu un coup de poing dans l'oeil à l'entraînement. Il s'est envolé pour l'Angleterre sans en avoir glissé un mot à personne, à part sa conjointe.

«Il m'avait dit qu'il voyait moins bien, mais comme il n'avait jamais bien vu, je pensais que c'était normal. Je ne sais pas si cela a eu un impact sur le résultat, mais lors de l'examen, je me suis rendu compte que c'était plus grave que je pensais», a raconté Milaine Coutu, présente au point de presse tenu au Château Bonne-Entente.

Un secret...

Même le président du Groupe GYM, Yvon Michel, n'en savait rien. Il y a deux semaines, il pensait que Bizier l'appelait pour discuter d'un prochain combat lorsqu'il lui a annoncé qu'il devait tourner la page sur sa carrière.

«Après le combat, il m'avait dit : ''Yvon, je t'ai caché quelque chose''. Il ne voulait pas que le combat soit annulé. S'il me l'avait dit avant, on l'aurait annulé. Avec ta détermination, Kevin, je suis convaincu que le reste de ta vie va bien se passer», lui a dit Michel, tout en racontant l'anecdote.

«Dans la boxe, on est toujours blessé, on a toujours mal quelque part. Écoute, j'ai gardé ça pour moi, c'était le championnat du monde, ma paye de l'année. Je ne sais pas si ça m'a nui, je voulais essayer de rentrer au corps à corps avec lui, mais je n'ai pas été capable physiquement et je n'ai pas eu le temps», a ajouté Bizier à propos ce qui a été ce court combat (moins de deux rounds), mais le plus lucratif de sa carrière de 17 ans.

Bizier a remporté 98 de ses 124 combats chez les amateurs. Il a été champion canadien à sept reprises, a participé aux Jeux du Commonwealth de 2006 en Australie. Il a notamment déjà battu le médaillé olympique dominicain Felix Diaz et livré un combat épique contre Marcos Maidana, qui allait devenir champion du monde plus tard.

«J'ai eu une belle carrière, même si on veut toujours en faire plus. J'ai aimé les combats à l'international parce qu'on vivait ça en groupe. Mon meilleur combat, c'est celui contre [Frederick] Lawson, à Miami [7 novembre 2015], où j'avais tout donné dans le ring. Je devais le gagner pour aller en championnat du monde.»

Il l'a fait. «Kevin a livré la marchandise, il s'est rendu en combat de championnat du monde et personne ne pourra lui enlever. Le contrat a été rempli de A à Z», a avoué Bernard Barré, celui qui l'a recruté.

«Il faut aimer souffrir»

Kevin Bizier en convient, la boxe n'a rien d'un sport facile et n'est pas appropriée pour celui qui n'est pas prêt à mettre tous les efforts nécessaires pour atteindre son but. «C'est dur, y'a du monde qui aime souffrir à l'entraînement et qui veut faire ça. J'espère montrer à des jeunes à bien performer, à devenir champion canadien, à signer professionnel», a indiqué celui qui prévoit s'impliquer au club de son père. «J'ai vécu de la boxe toute ma vie, j'en suis content. Ça aurait été le fun de me battre encore en décembre, j'étais reparti. Mais les médecins m'ont dit que j'allais presque devenir aveugle si je ne me faisais pas opérer le plus vite possible. Faut que j'arrête ça avant de le devenir», a précisécelui qui pourrait ne pas assister au gala de vendredi au Centre Vidéotron e raison de sa convalescence. Adonis Stevenson y affrontera Thomas Williams Jr en combat principal.

Le même gars du début à la fin

Kevin Bizier s'est attiré les éloges, lundi, en annonçant sa retraite de boxeur. Dans un avenir rapproché, le père de trois enfants entend donner un coup de pouce à son père, Rémi Bizier, au club La Capitale, en plus d'occuper un petit boulot chez XPN, son commanditaire depuis 17 ans. Réactions et commentaires!

YVON MICHEL

«Je suis tombé sur un «tweet» de Sugar Ray Leonard en préparation pour la conférence de presse qui disait à quel point il avait été impressionné par Kevin dans son combat contre Frederick Lawson. Moi, aussi, je suis impressionné par l'individu qu'il est», a déclaré le président du Groupe GYM à propos de Bizier.

«Kevin a toujours été authentique, loyal, sincère et généreux. À chaque événement où il était à l'affiche, on pouvait compter sur lui, il était toujours en bonne condition physique. Oui, c'est triste que sa carrière soit terminée, mais il n'a pas à avoir d'amertume. Il a accompli de belles choses, il a assuré l'avenir de sa famille, il a de beaux enfants», a résumé Michel.

«Comme boxeur, il avait beaucoup de courage,

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«Comme boxeur, il avait beaucoup de courage, il n'avait pas peur. Il devait choisir entre la boxe et la santé» - Rémi Bizier

Le Soleil, Caroline Grégoire

RÉMI BIZIER

«Kevin ne lâchera pas la boxe, on a besoin de son expérience au club [La Capitale]. Comme boxeur, il avait beaucoup de courage, il n'avait pas peur. Il devait choisir entre la boxe et la santé, mais il s'est quand même rendu à un combat de championnat du monde», a souligné Rémi Bizier, le paternel de cette famille de boxeurs.

«Mon plus beau souvenir, c'est Miami [contre Lawson], mais aussi le combat de championnat du monde junior à 18 ans contre Marco Maidana, ça avait été un «estiffe» de combat! Il a évolué comme boxeur avec le temps. Dans les rangs amateurs, il était un styliste, alors qu'il était un bagarreur chez les pros», a noté l'homme de boxe.

«Si les enfants veulent faire de la boxe... (Le Soleil, Caroline Grégoire) - image 6.0

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«Si les enfants veulent faire de la boxe un jour, ils décideront, mais Kevin aimerait mieux qu'ils jouent au tennis» - Milaine Coutu, la conjointe de Bizier 

Le Soleil, Caroline Grégoire

MILAINE COUTU

«La boxe ne l'a pas changé, Kevin est toujours resté le même gars, simple, sympathique, même dans les moments plus difficiles. La famille l'a aidé à garder les deux pieds sur terre», a confié Milaine Coutu, sa conjointe depuis 11 ans.

Elle n'a jamais hésité à regarder ses différents combats, bien qu'elle s'était inquiétée des coups à la tête contre Jo Jo Dan et qu'elle ait arrêté de respirer dans celui contre Kell Brook. «Après chaque combat, il me disait qu'il aurait dû faire les choses différemment, mais je lui répondais, non, il ne faut pas avoir de regret. Mon plus beau souvenir, c'est Miami. J'étais enceinte, mais je ne le savais pas encore. Si les enfants veulent faire de la boxe un jour, ils décideront, mais Kevin aimerait mieux qu'ils jouent au tennis.»

BERNARD BARRÉ

«La fin d'une belle aventure, on a vécu quelque chose de beau avec Kevin. Comme recruteur, je regarde trois choses : le talent, l'expérience et l'effet «wow!», ce qu'il avait. Il a connu une carrière exceptionnelle chez les amateurs et il avait ce qu'il fallait pour réussir chez les pros», a indiqué Bernard Barré, vice-président opérations et recrutement du Groupe GYM.

«Son crochet de gauche au corps était son coup de poing de prédilection, chaque fois que le combat chauffait un peu, on l'attendait pour régler le cas. On peut juste lui souhaiter bonne retraite. Non seulement était-il un bon boxeur, c'est à la base une bonne personne. Avec un père comme Rémi, il lui sera difficile de rester loin de la boxe.» 

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