Howard Grant, le fermier derrière Lucian Bute

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Howard Grant en sera samedi à un deuxième combat dans le coin de Lucian Bute.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Pour récupérer sa ceinture de champion du monde, Lucian Bute fait confiance à un fermier. Howard Grant est avant tout un entraîneur de boxe hors pair, mais il sait aussi traire une vache, se souvient avoir bu du lait au seau et égorgé un poulet pour le souper.

Les deux hommes seront réunis pour un deuxième combat samedi soir, au Centre Vidéotron de Québec. Bute tentera de ravir au Britannique James DeGale le titre mondial des 168 livres de l'IBF, que le Roumano-Québécois a déjà détenu durant près de cinq ans.

Rien ne laissait présager une association entre Bute et Grant. Un sérieux différend les divisait depuis 2008. Après le premier combat entre Bute et Librado Andrade, Grant, alors derrière Andrade, a en quelque sorte accusé le clan Bute d'avoir triché.

«Je n'ai jamais eu d'animosité avec Lucian», assure aujourd'hui Grant. «C'est les gens autour de lui qui voulaient me crucifier, j'avais reçu une mise en demeure pour m'excuser. Mais on ne parle pas de ce combat-là ensemble, on a changé de page.»

Sauf qu'à y regarder de plus près, leurs parcours comportent des similarités. Grant est né en Jamaïque. À Cedar Valley, village de fermiers niché dans les montagnes à 45 minutes de la plage. Bute vient d'une petite communauté de la campagne roumaine, Pechea. Son père était électricien en usine, mais sa mère travaillait à la ferme d'État.

100 % Jamaïcain

Ses parents étant venus s'établir au Québec en premier, Grant a été élevé par ses grands-parents avant de débarquer à Montréal en 1977, à 11 ans. Maintenant âgé de 49 ans, il se voit encore comme un immigrant.

«Je suis 100 % Jamaïcain avant tout. Je suis né là, je parle la langue, je mange encore souvent la cuisine de là-bas», souligne celui qui considère Montréal et le Québec comme l'«un des meilleurs endroits au monde». «À part pour la maudite politique», laisse-t-il tomber.

Bute et Grant s'en parlent parfois. Pas question de retourner couler de vieux jours dans leur pays natal. «La vie là-bas n'est pas si facile. Passer 10 jours ou deux semaines en vacances, c'est super. Mais y vivre, c'est différent», constate Grant.

Son frère Otis et lui ont commencé la boxe à cause d'un chum de l'école secondaire, Alex Stakos. Leur père était contre. «J'ai désobéi et voilà où j'en suis, 38 ans plus tard !» s'esclaffe-t-il, disant cependant regretter avoir ensuite abandonné le cégep.

«Étant le plus vieux, je sentais que j'avais déçu mes parents. Et que mon frère, qui a eu son diplôme universitaire, était le fils brillant.» Howard et Otis ont un autre frère à Toronto et une soeur, à LaSalle.

Après une carrière amateur où Howard a été champion canadien à 15 ans, champion du Commonwealth, vice-champion du monde et neuvième aux Jeux olympiques, Otis a eu la part du lion chez les professionnels avec un titre de champion du monde WBO des 160 lb. 

Malgré 16 victoires en 19 combats, la carrière pro de Howard Grant s'est conclue à l'entraînement sur trois os fêlés au sternum, cadeau d'un certain Teddy Reid. Sa flamme de combattant s'est éteinte en même temps.

Entraîneur dans le sang

Le métier d'entraîneur l'a vite happé. Joachim Alcine constitue jusqu'ici son plus grand succès comme coach. Il a aussi conseillé un certain Georges St-Pierre pour le volet boxe et continue d'épauler Patrick Côté, dans l'univers des arts martiaux mixtes. Grant croit d'ailleurs que St-Pierre n'en a pas fini dans l'octogone, que GSP «veut encore se battre».

Mais son vrai travail des six derniers mois s'appelle Lucian Bute. Une personne avec qui il a créé une excellente chimie dès le départ. «J'ai su tout de suite qu'il n'était pas fini. C'est moi qui tiens les coussins quand il frappe! Je n'arrêtais pas de lui dire qu'on allait knocker Di Luisa [TKO 4e round, en août] et depuis septembre, je lui répète qu'on va knocker DeGale.»

Sa contreperformance de janvier 2014 contre Jean Pascal? Surentraîné, tranche Grant. Et le combat contre DeGale pourrait-il s'avérer le dernier de Bute? «Il est trop bon pour que ce soit son dernier. Et après sa victoire, le public va vouloir le voir encore», affirme Grant, comme une évidence.

Mon caviar contre tes jeans

S'il regrette d'avoir lâché l'école trop tôt, Howard Grant estime que le monde de la boxe a constitué pour lui une école de vie incomparable. Il garde de vifs souvenirs de ses voyages en terre communiste en pleine guerre froide, durant les années 80. Et de ses rencontres avec les boxeurs locaux. «Les gars voulaient avoir mes jeans. Ils voulaient échanger du caviar contre mes jeans! C'était une denrée rare pour eux», se remémore celui qui a affronté Russes, Cubains, Roumains, Tchèques, Polonais, Bulgares et Allemands de l'Est dans les rangs amateurs. «Ces expériences m'ont rendu très riche et fort mentalement, poursuit-il. La boxe m'a ouvert tellement de portes! Je ne peux pas dire que la boxe m'a sauvé la vie, parce que j'ai commencé à 13 ans et c'est difficile de savoir ce qui serait advenu autrement. Mais plusieurs de mes amis sont ensuite tombés dans la drogue et le reste. Tandis que je suis fier de dire qu'à 49 ans, je n'ai jamais fumé un joint de ma vie!» 

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