Dites non aux roulants!

Le troisième-but des Blue Jays de Toronto, Josh... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

Le troisième-but des Blue Jays de Toronto, Josh Donaldson, a été l'un des premiers frappeurs à modifier son élan pour donner aux balles une plus grande poussée vers le haut.

Photothèque Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Associated Press
Toronto

Le camp d'entraînement des Blue Jays de Toronto tirait à sa fin quand Josh Donaldson et le légendaire Reggie Jackson se sont mis à discuter près de la cage des frappeurs, échangeant sur leurs techniques respectives au bâton.

«L'élan de Josh est différent, il a vraiment une approche à contre-courant», a révélé Jackson, qui agissait comme conseiller pendant le camp des Yankees de New York. «Je voulais qu'il m'en dise plus à ce sujet.»

En fait, Donaldson est un des premiers cogneurs à appliquer concrètement une mentalité qui fait son chemin dans la tête de plusieurs frappeurs du baseball majeur. Le troisième-but des Jays l'a résumée en quelques mots sur Twitter : «Dites NON... aux roulants».

C'est d'ailleurs en poussant son élan vers le haut que Donaldson a, incidemment, vu ses statistiques commencer à grimper, et il n'est pas le seul frappeur des grandes ligues à avoir adopté cette nouvelle mentalité.

Il y a quelques années, son coéquipier Jose Bautista s'était aussi appliqué à modifier son élan pour frapper davantage de balles dans les airs, tout comme le puissant Kris Bryant, des Cubs de Chicago, qui agit ainsi depuis son arrivée avec le grand club, en 2015. J.D. Martinez, des Tigers de Detroit, et Justin Turner, des Dodgers de Los Angeles, ont aussi vu leurs chiffres augmenter en imitant Donaldson, le joueur le plus utile de la Ligue américaine en 2015.

Un coup d'oeil rapide sur de simples chiffres suffisent à étouffer toute possibilité de débat sur la question : l'an dernier, les frappeurs des majeures qui ont déposé la balle au sol ont frappé pour une moyenne de ,239 et une moyenne de puissance de ,259, alors que sur les balles frappées dans les airs, ces moyennes grimpent respectivement à... ,411 et ,785!

Depuis deux ans, les ligues majeures publient des données fournies par la compagnie Statcast, qui calcule la distance, la vitesse et la trajectoire des balles frappées, avec le constat qu'il vaille mieux frapper la balle solidement en hauteur que la frapper durement au sol ou en flèche. «J'ai fait beaucoup de recherches là-dessus et je crois que mon approche me donne raison», a affirmé Donaldson.

C'est avant la saison 2013 que le cogneur de 31 ans a commencé à modifier son élan avec un certain Bobby Tewksbary, un entraîneur privé de 33 ans dont la carrière comme joueur a plafonné dans la Ligue Can-Am.

Tewksbary s'est principalement donné comme mission de défaire dans la tête de ses clients la mentalité comme quoi soulever les balles dans les airs n'est pas une bonne chose. Il va même jusqu'à prétendre que sa propre carrière de joueur n'a pas décollé en grande partie en raison de tous les instructeurs qui lui ont constamment martelé qu'il devait frapper la balle au sol.

«Tous les ''Johnny'' qui dirigent dans les Petites ligues disent à leurs jeunes de garder leur élan bas, de frapper des roulants», dit Tewksbary, qui croit que cette approche, mise dans la tête des jeunes, a des conséquences négatives.

Une longue tendance 

Mettons tout de suite une chose au clair : Tewksbary n'est pas le premier homme, et vraiment pas le plus célèbre, à tenter de nager contre ce vieil adage du baseball. Un homme d'un autre temps disait à peu près la même chose, un dénommé... Ted Williams.

Dans son livre The Science of Hitting, le dernier homme à avoir frappé pour une moyenne de ,400 dans les majeures (,406 en 1941), Williams déplorait que les frappeurs «se font toujours dire que l'élan idéal est parallèle ou se dirige vers le bas». Le légendaire no 9 des Red Sox prêchait plutôt pour un élan qui tend «légèrement vers le haut», car cela «permet au bâton de suivre un peu plus longtemps la trajectoire de la balle». 

«C'est incroyable, car, depuis des années et des années les gens sont en désaccord avec le meilleur frappeur de tous les temps», constate Tewksbary.

Ce dernier a étudié les élans de Williams, de Babe Ruth, de Lou Gehrig, de Joe DiMaggio et d'un des meilleurs frappeurs des 20 dernières années, Albert Pujols, ce qu'il l'a convaincu d'adopter ce principe et de l'enseigner. 

Ce qui ne veut pas nécessairement dire que le bâton doit tendre toujours de plus en plus haut, mais que les joueurs, tels Donaldson, apportent un ajustement subtil qui leur permet de soulever davantage la balle, avec plus de puissance. 

La science d'exceller au bâton peut être très compliquée, surtout lorsque vient le temps pour les «spécialistes» de transporter ce qu'ils voient sur les vidéos vers le terrain.

Des doutes

«Il faut être plutôt brillant pour étudier de la sorte les angles d'approche et la façon de soulever la balle, et pourtant ces gens-là ne seraient pas nécessairement acceptés à Harvard», lance le gérant des Red Sox, John Farrell, qui semble un peu douter de cette nouvelle approche.

D'ailleurs, ce ne sont pas tous les joueurs qui vont nécessairement tirer avantage d'un changement d'élan ou de plus d'informations techniques au sujet de leur élan. Et puis, certains joueurs des majeures ne sont pas très enclins à changer drastiquement leur technique une fois qu'ils ont atteint le plus haut niveau du baseball organisé. 

«Plus mon approche est technique, plus je me creuse un trou», image le joueur d'avant-champ des Red Sox, Mitch Moreland. J'essaie juste de garder les choses simples.»

Son coéquipier, le voltigeur Jackie Bradley Jr, a lui aussi émis quelques doutes. «Je ne crois pas beaucoup à cette affaire d'angle d'élan. Je crois juste que plus tu frappes la balle durement, plus tu as de chances d'obtenir du succès, que tu t'élances vers le haut ou vers le bas.»

Résultats concrets

Que l'on doute ou non de l'approche, les résultats bien concrets obtenus par des vedettes comme Donaldson et Bryant ne passent pas inaperçus auprès des joueurs. Un peu partout dans les majeures, les instructeurs et les joueurs entendent parler d'angle du bâton en analysant les vidéos. Certains y portent attention, d'autres non.

Tewksbary, lui, croit que son approche et la bonne et que les joueurs devraient cesser d'ignorer toutes ces informations. «Trop de données publiées démontrent que soulever la balle dans les airs augmente les chances de succès», affirme Tewksbary, précisant qu'il n'invente rien, mais que la «compréhension que nous avons de cette donnée est nouvelle.»

Ajoutons aussi que Daniel Murphy (Nationals) et Nicholas Castellanos (Tigers) ont aussi amélioré leurs performances en coupant sur le nombre de balles frappées au sol. Ces succès forcent donc les entraîneurs à s'adapter.

«Cherchez mon nom sur Google, vous allez voir que je comprends comment on doit s'élancer», dit Jackson, qui a frappé 563 circuits au cours de sa carrière. «Mais j'ai un travail à faire avec les Yankees, je veux aider les nouveaux joueurs, je veux aider l'organisation à gagner. Alors, je dois prendre le temps de comprendre et d'étudier cette nouvelle tendance.»

Mais, au final, Jackson prétend que sa discussion avec Donaldson n'a pas permis de réinventer la roue. «De Ty Cobb à Miguel Cabrera, en passant par Ruth, Gehrig, Donaldson ou Bautista, l'effet du bâton sur la balle a toujours été le même.

«D'ailleurs, Donaldson fait la même chose que je faisais, mais il prend un chemin différent pour y arriver. Au bout du compte, ça donne le même résultat.»




publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer