Raines enfin élu au Temple de la renommée

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Tim Raines est devenu le quatrième joueur de l'histoire à être admis au Temple de la renommée du baseball à sa dernière année d'éligibilité.

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Frédéric Daigle
La Presse Canadienne
Montréal

Contrairement à ce qu'il aura fait tout au long de sa carrière, Tim Raines n'aura pas pu accélérer sa progression vers le but suivant grâce à sa vitesse pure. Ce n'est qu'après un stressant processus de 10 longues années qu'il a été admis au Temple de la renommée du baseball, mercredi.

Raines a été élu avec 86 % des voix à sa dernière année d'éligibilité au scrutin mené auprès de 442 membres de l'Association des chroniqueurs de baseball d'Amérique. L'ancien des Expos de Montréal a reçu 380 votes. Il devait obtenir un minimum de 332 voix, soit 75 % pour être admis. L'an dernier, Raines avait été épinglé à court de 23 voix (69,8 %).

«J'étais avec ma famille et mon agent à mon domicile et nous espérions que le téléphone sonnerait», a dit Raines sur les ondes du MLB Network. «Quand il a sonné... Wow! Ça a été une effusion de joie. [...] Je sais qu'il y aura beaucoup de personnes très fières de cette élection au Canada.»

Raines n'a pas volé cette intronisation. Il a complété sa carrière avec une moyenne de ,294 grâce à 2605 coups sûrs (430 doubles, 113 triples et 170 circuits), 1330 buts sur balles, 1571 points marqués et 808 buts volés, le cinquième plus haut total de l'histoire.

«Je sentais que j'étais en position d'être admis, surtout après être passé de 55 à près de 70 % l'an dernier», a indiqué Raines. «Je n'étais pas certain, c'est pourquoi la nuit dernière a probablement été ma pire des 10 dernières années.»

Tim Raines pose avec sa femme Shannon et... (AP, Matt York) - image 2.0

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Tim Raines pose avec sa femme Shannon et leurs filles Ava et Amelie, mercredi à leur domicile de Goodyear, en Arizona. L'ancien Expos a été élu au Temple de la renommée à sa 10e et dernière année d'éligibilité.

AP, Matt York

Montréal: bénédiction et malédiction

S'il a dû patienter 10 ans, Raines croit que c'est un peu en raison de ses 13 saisons passées à Montréal, loin des feux de la rampe. «Ça a été à la fois une bénédiction et une malédiction que de jouer à Montréal. Une bénédiction dans le sens où j'ai eu la chance de jouer devant des partisans complètement différents de ceux aux États-Unis. Ils m'ont appuyé dès le premier jour, avant même qu'ils ne me connaissent et qu'ils réalisent de quelle façon et avec quelle passion je jouais. Ils m'ont aidé à offrir ce genre de performances jour après jour. Je voulais jouer pour ces partisans. Je dois beaucoup aux partisans de Montréal. J'ai adoré jouer à Montréal.

«Mais c'était aussi une malédiction, car nous ne bénéficiions pas de la même visibilité que les autres clubs des majeures, surtout celle des gros marchés. Les gens n'ont alors pas pu apprécier à leur juste valeur les choses que je pouvais faire sur le terrain.»

Il croit que les médias sociaux et la façon dont sont perçues les statistiques avancées de nos jours sont responsables de son élection. «Ça a joué un très grand rôle.»

Il n'y a pas que Raines qui a poussé un soupir de soulagement quand il a reçu l'appel du Temple. Plusieurs de ses ex-coéquipiers attendaient aussi ce moment avec impatience.

«Il le mérite amplement. C'est dommage qu'il ait fallu 10 ans aux chroniqueurs pour le réaliser», a noté Andre Dawson, son grand ami. «Il était un catalyseur dans son rôle et il a été l'un des meilleurs premiers frappeurs de tous les temps.»

Mais autant Dawson que Warren Cromartie, un autre ex-coéquipier de l'époque glorieuse des Expos à la fin des années 70 et au début des années 80, ont toujours cru que ce n'était qu'une question de temps. «Je lui ai dit d'être patient, que le processus suivrait son cours, qu'il allait être admis», rappelle Dawson. Surtout après l'énorme progression qu'il a faite sur les bulletins de vote l'an dernier, je savais qu'il serait élu.»

«C'est plutôt amusant qu'il y a bientôt sept ans, "Rock" et moi étions assis à Cooperstown pour écouter le discours d'intronisation de Dawson», raconte Cromartie. «Je lui ai alors dit : "Tu sais, encore quelques années et je serai assis ici en train de t'écouter." Je le lui ai rappelé lors d'un long entretien téléphonique que nous avons eu la semaine dernière.»

Boute-en-train du vestiaire

Gary Carter, Andre Dawson, Steve Rogers, Tim Raines... (Photothèque Le Soleil) - image 4.0

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Gary Carter, Andre Dawson, Steve Rogers, Tim Raines et Al Oliver lors du Match des étoiles présenté à Montréal le 13 juillet 1982.

Photothèque Le Soleil

Ce n'est pas que sur le terrain que Tim Raines était apprécié de ses coéquipiers. Le nouveau membre du Temple de la renommée savait également détendre l'atmosphère dans le vestiaire.

«C'est un gars très drôle. Lui et moi, nous nous assurions que le vestiaire reste détendu», raconte Warren Cromartie, coéquipier de Raines chez les Expos de Montréal, de 1979 à 1983.

«Nous avions un groupe très coloré : Bill "Spaceman" Lee, Rodney Scott, Gary Carter, Woodie Fryman, Ray Burris, Elias Sosa, Raines et moi. Nous étions tous très différents à notre façon, mais quand venait le temps de jouer au baseball, nous jouions en équipe. "Rock" s'est avéré toute une addition à notre groupe.»

«Raines aimait ça jouer», se rappelle quant à lui Michel Lajeunesse, qui a couvert les activités des Expos pour La Presse canadienne de 1976 à 2004. «Les journalistes arrivaient très tôt, vers 15h, à tous les jours et souvent, nous cherchions Raines. Mais nous savions où il était : sur le terrain, en train de jouer avec une auto téléguidée. Même si l'équipe avait perdu 8-1 la veille, ce n'était pas grave. Il allait jouer au baseball plus tard, là il jouait avec sa voiture.

«Dans le vestiaire, c'était pareil. Ce n'était pas un gars qui montait sur les tables pour faire de grands discours, mais il détendait les gars en faisant quelque chose de comique. Il faisait comprendre aux gars à sa manière que ce n'était pas si grave : c'est un jeu. Nous avons perdu hier, mais nous jouons encore aujourd'hui.»

Belle amitié avec Dawson

C'est d'ailleurs dans ce vestiaire qu'il s'est lié d'amitié avec Andre Dawson, qui ne pouvait être plus aux antipodes de Raines dans sa personnalité. «Raines était beau à voir jouer et l'amitié qu'il a forgée avec Andre était également belle à voir», note Steve Rogers, qui a côtoyé les deux hommes lors des belles années du club, à la fin des années 70 et au début des années 80. «Mais ils étaient tout le contraire l'un de l'autre : "Hawk" ne disait pas grand-chose, tandis qu'on ne pouvait pas fermer le clapet de Raines une fois qu'il était lancé!

«Parfois, les deux se chamaillaient. Invariablement, ça se terminait avec Raines cloué au sol sous le poids de Dawson. Mais Raines pleurait toujours tellement il riait d'avoir exaspéré l'autre à ce point. C'était ça, Tim Raines : il s'amusait purement et simplement dans tout ce qu'il faisait et avec les gens qui l'entouraient. C'est ce que nous retiendrons tous de "Rock" : son amour du baseball et de ses coéquipiers.»

Problèmes de drogue

«Je ne connais personne qui n'aimait pas Tim Raines», ajoute Lajeunesse. «C'était un jeune homme gentil. Il aimait être sur cette planète-là et ça paraissait. Je ne l'ai jamais entendu dire rien contre personne. C'est un gars qui riait et souriait tout le temps, même quand il a eu des problèmes. C'est un gars qui était facile à aimer.»

«C'est un peu surprenant que cela ait pris 10 ans [pour son élection au Temple], mais il faut tenir compte du fait qu'il a eu des problèmes personnels», nuance Lajeunesse, en référence aux problèmes de consommation de cocaïne de Raines du début des années 80. «Ça n'a sûrement pas aidé. Il y avait tout un courant qui disait que ces gens-là devaient être laissés de côté. [...] Mais il a été exceptionnel avant et exceptionnel après. Ces histoires de drogue, ce n'était pas du dopage pour améliorer ses statistiques.

«Bien sûr qu'il mérite d'être intronisé. Le baseball est un sport de statistiques et quand tu regardes ses chiffres, il le mérite beaucoup. Il y a une statistique au baseball qui est négligée un peu et ça me dérange, car dans le cas de Raines, de Marquis Grissom, ou de tout autre gars qui était premier frappeur et qui était rapide, ce sont des gars qui ont marqué beaucoup de points. Raines en a marqué 1571, c'est pas mal, surtout qu'il ne jouait pas pour la meilleure équipe au monde.»

Guerrero reste sur le seuil

À sa première année d'éligibilité, l'ex-voltigeur des Expos... (Archives La Presse, Bernard Brault) - image 6.0

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À sa première année d'éligibilité, l'ex-voltigeur des Expos Vladimir Guerrero (71,7 %) est déjà aux portes de Cooperstown.

Archives La Presse, Bernard Brault

Outre Tim Raines, la cohorte 2017 du Temple de la renommée du baseball honorera l'ex-premier-but des Astros de Houston Jeff Bagwell (86,2 %), élu à sa septième année d'éligibilité, et Ivan Rodriguez (76 %). Celui qui devrait faire son entrée à Cooperstown, le 30 juillet, avec une casquette des Rangers du Texas est devenu seulement le deuxième receveur élu à sa première année d'admissibilité, après Johnny Bench. À sa première année d'éligibilité, l'ex-voltigeur des Expos Vladimir Guerrero (71,7 %) est déjà aux portes de Cooperstown.

Edgar Martinez a reçu 58,6 % des voix, suivi de Roger Clemens (54,1 %), Barry Bonds (53,8 %), Mike Mussina (51,8 %) et Curt Schilling (45 %). À sa dernière année d'éligibilité, Lee Smith est resté bien à court avec 34,2 % des voix. Manny Ramirez, suspendu deux fois pour dopage, a quant à lui vu son nom inscrit sur 23,8 % des bulletins. C'est la deuxième fois seulement depuis 1969 que le Temple accueillera plus d'un nouveau membre pour une quatrième année d'affilée. Le record est de cinq, lors de la toute première année d'intronisation, en 1936.

Voici 10 grands moments de sa carrière de Raines

Repêchage

La carrière de tous les membres du Temple de la renommée doit commencer quelque part et celle de Raines a débuté lors du repêchage de 1977. Le 7 juin, les Expos de Montréal sélectionnent un jeune deuxième-but de 17 ans de l'école secondaire de Sanford, en Floride. Raines gravira les échelons rapidement, passant de la ligue des recrues aux Ligues majeures en un peu plus de deux ans.

Premier match

Le 11 septembre 1979, le nom de Raines apparaît pour la première fois sur la feuille de pointage d'un match du Baseball majeur. Dans le premier duel d'un programme double disputé à Montréal contre les Cubs de Chicago, Raines est appelé comme coureur d'urgence en fin de septième pour un certain... Gary Carter !

Premier coup sûr

Raines n'a pas réussi de coup sûr en six matchs en 1979 et il devra patienter jusqu'au 25 juillet 1980 pour frapper un premier simple - à l'avant-champ! - dans les Majeures, face au releveur Bert Roberge, des Astros de Houston. Ce sera le seul coup sûr de Raines en 15 rencontres cette saison-là. Un lancer plus tard, il volera le deuxième, avant de venir marquer sur le double d'Andre Dawson, qui deviendra un de ses grands amis.

Voleur de grand chemin

S'il a mis près d'un an à obtenir son premier coup sûr, Raines n'a pas tardé à laisser sa marque sur les sentiers, avec deux buts volés en 1979 et cinq autres en 1980. Mais c'est réellement en 1981, sa première saison complète, qu'il terrorise les lanceurs et receveurs adverses. Il complètera la saison écourtée par la grève avec 71 larcins, un sommet dans les Majeures. Raines ne sera pas retiré avant sa 28e tentative de vol en carrière.

Il terminera sa carrière avec 808 buts volés - cinquième plus haut total de l'histoire - et son taux de réussite de 84,7 pour cent (808 en 954) est le plus élevé de tous les temps parmi les coureurs avec 400 tentatives ou plus. De 1981 à 1984, il mènera la Nationale à ce chapitre.

Matchs des étoiles

Dès sa première saison complète, Raines s'est hissé au statut d'étoile du Baseball majeur. Deuxième au scrutin de la recrue de l'année, Raines a amorcé cette saison-là une séquence de sept participations au match des étoiles. Il a d'ailleurs été nommé joueur par excellence de la classique en 1987, alors qu'il avait frappé trois coups sûrs en autant de présences, produit deux points et volé un but.

2 mai 1987

En novembre 1986, Raines profite de l'autonomie complète après avoir remporté le championnat des frappeurs de la Nationale. Mais au lieu d'être courtisé par tous les autres clubs, les propriétaires du Baseball majeur se sont ligués pour que l'autonomie ne profitent pas aux joueurs.

Ne recevant aucune offre, il obtient la permission de négocier avec les Expos le 1er mai. Le lendemain, sans avoir pris part au camp d'entraînement et en ayant raté le premier mois de la saison, Raines offre une performance qui alimente toujours les discussions des férus de baseball 30 ans plus tard. Inséré au troisième rang du rôle offensif du gérant Buck Rodgers, Raines frappe quatre coups sûrs en cinq présences, dont un triple et un grand chelem victorieux en 10e manche, produit quatre points et en marque trois, avec un but sur balles et un but volé.

Départ de Montréal

Raines disputera trois autres saisons à Montréal après la saison 1987. Le 23 décembre 1990, les Expos l'échangent aux White Sox de Chicago en compagnie de Jeff Carter, en retour d'Ivan Calderon et Barry Jones. Il disputera cinq saisons avec les White Sox, avant que ceux-ci ne le transigent aux Yankees de New York, où il disputera trois campagnes.

Série mondiale

«Rock» s'amène avec les Yankees alors que ceux-ci sont sur le point de devenir l'une des rares dynasties du sport moderne: de 1996 à 2000, les Bombardiers du Bronx gagneront quatre Séries mondiales en cinq ans. Raines recevra une bague pour les conquêtes de 1996 et 1998, bien qu'il n'ait pas été retenu par le gérant Joe Torre pour la Série mondiale de 1998. Raines a aussi participé aux éliminatoires avec les Expos (1981) et les White Sox (1993). Il a maintenu une moyenne de ,270/,340/,349 en 34 matchs éliminatoires. Contrairement à ce qu'il a réussi en saison régulière, Raines n'a volé que trois buts en six tentatives lors de tous ces matchs.

800e but volé

Le 10 juin 1998, Raines est devenu seulement le cinquième joueur de toute l'histoire des Majeures à atteindre le cap des 800 buts volés en carrière. Dans l'uniforme des Yankees, Raines a réussi l'exploit à Montréal, où il a volé 635 de ses 808 buts en carrière. Alors que les partisans des Expos lui réservaient une belle ovation, Raines a eu du mal à contenir ses larmes sur le deuxième coussin.

Les images de ce larcin: http://atmlb.com/2jswAJN : http://atmlb.com/2jswAJN

Retour à Montréal

Comme Gary Carter quelque 10 ans avant lui, Raines aura l'occasion de venir faire un dernier tour de piste à Montréal, à l'âge de 41 ans, en 2001. Les Expos l'avaient acquis sur le marché des joueurs autonomes en décembre 2000. Blessé, Raines ne prendra part qu'à 47 rencontres avec les Expos cette saison-là. Il a frappé son dernier coup sûr dans l'uniforme des Expos comme frappeur d'urgence, le 23 septembre 2001, contre Chris Nichting, des Rockies du Colorado.

Le 3 octobre, les Expos l'ont échangé aux Orioles de Baltimore, où il aura l'occasion de jouer un match avec son fils, Tim Raines fils. Les deux Raines deviendront seulement le deuxième duo père-fils à jouer un match au sein de la même équipe dans le Baseball majeur, après Ken Griffey père et fils.

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Les statistiques proviennent du site baseball-reference.com

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