Le passage (presque) obligé de la défection

Ils sont près de 200 Cubains à avoir évolué dans les ligues majeures, faisant... (Infographie Le Soleil)

Agrandir

Infographie Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Ils sont près de 200 Cubains à avoir évolué dans les ligues majeures, faisant de la «Perle des Antilles» la cinquième source de joueurs de baseball après les États-Unis, la République dominicaine, le Venezuela et le Canada. Pourtant, la plupart de ceux qui l'ont fait depuis 1963, soit quatre ans après la révolution cubaine, ont dû auparavant fuir le régime communiste qui leur interdisait dorénavant une carrière en Amérique du Nord.

Plusieurs Cubains qui évoluaient alors déjà à l'extérieur de l'île, comme le légendaire lanceur moustachu Luis Tiant, ont tout simplement décidé de ne pas rentrer au bercail. Certains ont quitté le pays en bas âge avec leurs parents, notamment Jose Canseco et Rafael Palmeiro, pour grandir dans le giron du baseball américain et devenir des étoiles des ligues majeures. Les autres, à l'image des frères Stastny, ont parfois dû vivre des péripéties dignes des plus grands films d'espionnage pour quitter leur pays à la recherche de dollars et de liberté.

Le premier à faire défection, Rogelio Alvarez, a quitté Cuba grâce à l'aide du gouvernement mexicain en 1963 après avoir joué dans les majeures en 1960 et en 1962. Il allait terminer sa carrière dans les ligues mineures. Le second fut Barbaro Garbey, qui a quitté Cuba en 1980 durant le fameux exode de Mariel pour disputer trois saisons dans les majeures. La disparition de l'Union soviétique comme parrain communiste de Cuba a toutefois enclenché depuis 25 ans un exode lors duquel 88 joueurs, à commencer par le lanceur droitier René Arocha en 1991, ont fait défection. Le Soleil vous raconte la petite histoire de cinq de ces transfuges.

Yasiel Puig: grâce aux narcos mexicains

Ils sont près de 200 Cubains à avoir évolué dans les ligues... (Archives AP) - image 3.0

Agrandir

Archives AP

Si le voltigeur Yasiel Puig des Dodgers de Los Angeles a aujourd'hui en poche un contrat de 42 millions $, il peut dire merci... à la mafia cubaine et aux narcotrafiquants mexicains!

C'est qu'à partir de 2011, Puig, qui a signé son gros contrat en juin 2012, a tenté par quatre fois de quitter Cuba sans jamais réussir. Selon le Los Angeles Magazine, la première fois, la police cubaine a arrêté Puig avant qu'il ne puisse prendre la fuite. La seconde, le bateau qui devait aller le cueillir n'est jamais arrivé. 

La troisième fois, la police cubaine a trouvé l'endroit où Puig et d'autres Cubains intéressés à mettre les voiles se cachaient, les a arrêtés et détenus pendant une semaine. À sa quatrième tentative, un bateau de la garde-côtière américaine a intercepté le bateau qui le transportait au large d'Haïti, le forçant à rentrer à Cuba.

C'est là que le voltigeur a décidé de faire appel aux mauvais garçons : le capitaine d'un bateau de contrebandiers, Yandrys Léon, considéré alors comme l'un des personnages les plus haut placés de la mafia cubaine des États-Unis, et le cartel mexicain Los Zetas, impliqué dans le trafic de cocaïne et considéré comme l'une des organisations interlopes les plus puissantes, violentes et dangereuses d'Amérique.

Accompagné d'un boxeur, d'une pin-up et d'un prêtre de la religion Santeria qui a béni leur expédition, Puig est donc monté dans le bateau des contrebandiers, qui ont atteint le Mexique via Isla Mujeres, une île où ils ont pu accoster moyennant un paiement fait au cartel Los Zetas.

Les contrebandiers avaient accepté de «vendre» Puig pour 250 000 $ à Raul Pacheco, un entrepreneur floridien véreux qui, en échange, devait recevoir 20 % de tous les gains futurs du joueur de baseball. Le voltigeur avait aussi été «offert» à d'autres potentiels agents pour des montants variant entre 175 000 $ et 250 000 $.

Selon des documents de la cour, Puig aurait déjà versé plus de 2 millions $ à Pacheco et à un autre administrateur de son entreprise ainsi que près de 1 million $ à un avocat et à un entrepreneur qui auraient aussi «misé» sur ses gains futurs.

Yoenis Cespedes: un accident «providentiel»

Ils sont près de 200 Cubains à avoir évolué dans les ligues... (Archives AP) - image 5.0

Agrandir

Archives AP

Curieusement, c'est un accident de la route avec un cycliste qui aura en quelque sorte ouvert les portes des ligues majeures au voltigeur Yoenis Cespedes des Mets de New York, l'une des plus grandes vedettes cubaines des majeures.

À l'été 2011, Cespedes avait assisté, impuissant, à l'arrestation de membres de sa famille lors d'une tentative de défection ratée où il avait lui-même évité les policiers parce qu'il se trouvait dans une autre voiture. Sa mère a été détenue durant quatre jours et interrogée concernant son joueur de baseball de fils, dont elle avait dit qu'il avait quitté la maison pour l'entraînement de son équipe.

Déjà une vedette avec la formation des Azalenes de Granma, Cespedes a été impliqué deux jours plus tard dans un accident de la route lors duquel il a heurté un cycliste. Comme le raconte le San Francisco Chronicle, le cycliste est décédé d'un infarctus quelques heures plus tard, mais la police a assuré Cespedes que le décès n'avait rien à voir avec la collision.

Le drame a toutefois donné à Cespedes une excuse pour s'absenter du camp d'entraînement, le joueur ayant confié aux dirigeants de l'équipe qu'il était incapable de garder la tête au baseball après cet accident tragique.

Cette période de répit imprévue lui a donné le temps de préparer un départ de Cuba la semaine suivante à bord d'un bateau qui allait le conduire, en compagnie de six personnes, en République dominicaine au terme d'un périple de 23 heures dans la mer des Caraïbes.  

En janvier 2012, il signait un contrat de 36 millions $ avec les Athletics de Oakland alors que sa famille était toujours en République dominicaine et qu'elle craignait d'être déportée vers Cuba. 

La smala a finalement décidé de prendre la mer de nouveau pour aboutir sur une île déserte de l'archipel des Turks et Caicos, où les passagers ont été abandonnés par le capitaine du bateau. 

Se nourrissant de goélands, d'iguanes et de crabes, ils ont attendu les secours pendant quelques jours jusqu'à ce qu'un yacht les trouve et les amène sur une île habitée. Traités d'abord comme des immigrants illégaux, ils ont été emprisonnés et ont dû faire une demande d'asile auprès des Nations Unies avant de pouvoir enfin rejoindre Cespedes aux États-Unis en mars 2013.

Aroldis Chapman: le sursis de Raúl

Ils sont près de 200 Cubains à avoir évolué dans les ligues... (Archives AP) - image 7.0

Agrandir

Archives AP

Comme plusieurs transfuges cubains, le lanceur de relève des Yankees de New York Aroldis Chapman n'a pas réussi à faire défection à sa première tentative. Le gaucher surnommé le «Missile» qui a déjà propulsé une balle à plus de 105 milles à l'heure a plutôt abouti devant le président Raúl Castro.

C'était en 2008, alors que Chapman, qui venait tout juste de fêter ses 20 ans, a accepté la proposition d'un membre de sa famille qui lui avait fait part d'un plan pour quitter le pays. Comme le raconte le réseau ESPN, celui qui évoluait alors avec les Sabuesos de Holguin et dans l'équipe nationale de son pays s'est donc rendu dans une maison située en bordure de la plage où il devait attendre un bateau qui devait ensuite l'amener vers un autre pays.

Le bateau n'est toutefois jamais venu et c'est plutôt la police cubaine qui s'est pointée sur place pour encercler tous les futurs transfuges. On raconte que les services secrets auraient intercepté la conversation sur téléphone cellulaire de l'un d'entre eux. Chapman a donc été ramené chez lui pour ensuite être convoqué en audience par le président Raúl Castro à La Havane.

Castro a suspendu Chapman pour le reste de la saison en plus de l'écarter de l'équipe nationale pour les Jeux olympiques de Pékin. Le lanceur a malgré tout pu réintégrer son équipe de Holguin la même saison, puis rejoindre l'équipe nationale à temps pour la Classique mondiale de baseball de 2009.

Malgré la relative clémence de Raúl Castro, Chapman attendait encore le moment propice pour tenter de fuir de nouveau. C'est quand l'équipe nationale cubaine a pris part au Tournoi World Port à Rotterdam en juillet 2009 qu'il a décidé de quitter sa chambre d'hôtel, avec en poche seulement son passeport et un paquet de cigarettes, sous prétexte d'aller fumer à l'extérieur.

Il avait auparavant communiqué avec un ami dont il savait qu'il serait aux Pays-Bas en même temps que lui et celui-ci est simplement venu le cueillir en voiture à l'extérieur de l'hôtel. Après quatre journées passées à faire la fête à Amsterdam, le lanceur a joint un agent de joueurs avec qui il s'est entendu. L'agent l'a ensuite transporté jusqu'à la Principauté d'Andorre, où Chapman a temporairement établi sa résidence avant de signer un contrat de plus de 30 millions $ avec les Reds de Cincinnati.

Livan Hernandez et «le gros»

Livan Hernandez... (Archives AP) - image 9.0

Agrandir

Livan Hernandez

Archives AP

Pour le lanceur Livan Hernandez, le plus durable des transfuges cubains, la route vers les ligues majeures est passée par «le gros».

Comme le raconte le Florida Sun Sentinel, Hernandez, alors âgé de 20 ans, s'entraînait avec l'équipe nationale cubaine au Mexique en 1995 quand une jeune femme est allée à sa rencontre pour lui demander un autographe. 

Au milieu de son livret d'autographes, la femme avait toutefois collé la photo d'un individu corpulent qu'Hernandez avait déjà remarqué dans les gradins au Japon, au Venezuela, aux États-Unis, bref partout où l'équipe cubaine avait disputé des matchs. Hernandez reconnaissait l'homme, qu'il surnommait «le gros», et la femme lui a glissé un bout de papier dans la main, chuchotant ensuite : «Appelle-le.» 

Hernandez, qui songeait à faire défection depuis un bon bout de temps, a donc appelé «le gros» qui en fin de compte était un entrepreneur en construction de Miami, Joe Cubas, qui allait se développer une carrière d'agent de joueurs en misant sur les expatriés cubains. C'est avec lui qu'Hernandez a planifié le grand départ. 

À 1h du matin, dans le stationnement d'un restaurant du parc industriel de Monterrey, Hernandez, un simple sac de sport sur l'épaule, a failli se faire renverser par une automobile qui passait par là en allant rejoindre Cubas dans sa voiture. Le lendemain, il s'envolait pour le Venezuela et, un an plus tard, celui qui gagnait 6 $ par mois pour jouer au baseball à Cuba signait un contrat garanti de 4,5 millions $ avec les Marlins de la Floride. 

Il allait ensuite aider les Marlins à remporter leur première Série mondiale en 1997, terminant deuxième dans la course au titre de recrue de l'année. Livan Hernandez a disputé 17 saisons dans les grandes ligues, dont 2003 et 2004 avec les Expos de Montréal, avant d'accrocher son gant pour de bon en 2014, après une saison complète sans jouer dans les ligues majeures.

Kendrys Morales: la 12e fut la bonne

Ils sont près de 200 Cubains à avoir évolué dans les ligues... (Archives AP) - image 11.0

Agrandir

Archives AP

Pour le frappeur désigné des Royals de Kansas City Kendrys Morales, meneur en carrière pour les coups de circuit chez les transfuges cubains formés dans l'île des Antilles, la route vers les ligues majeures et les millions de dollars aura été parsemée d'embûches.

Après une saison recrue de rêve en 2002, le gros frappeur a eu la surprise d'être renvoyé à la maison lors des qualifications olympiques qui se déroulaient à Panamá en novembre 2003. Le gouvernement cubain l'accusait d'être entré en contact avec un agent de sport professionnel, et on craignait qu'il tente de faire défection.

C'est à partir de ce moment, comme il le racontait au réseau ESPN, que Morales aurait vraiment commencé à penser à s'enfuir. Le pauvre a tenté sa chance à 11 reprises sans jamais réussir. Devenu un paria pour le baseball cubain, il a abouti à plusieurs reprises derrière les barreaux.

En juin 2004, il tentait sa chance une 12e fois en montant sur un radeau de fortune qui a finalement atteint les côtes de la Floride. Il a ensuite quitté les États-Unis pour s'établir dans un pays tiers, dans son cas la République dominicaine, ce qui lui permettait d'être considéré comme un agent libre et de passer outre le repêchage des ligues majeures.

Âgé de 20 ans, il a finalement signé un premier contrat qui lui garantissait 3 millions $ en 2004 avec les Angels d'Anaheim. Deux ans plus tard, il amorçait sa carrière dans les ligues majeures et, en 2009, il claquait 32 circuits et produisait 108 points en plus d'aider les Anges à se rendre en finale de la Ligue américaine. 

L'an dernier, il remportait le bâton d'argent chez les frappeurs désignés de la Ligue américaine en plus de remporter une première Série mondiale avec les Royals.

Partager

À lire aussi

  • Une page du baseball cubain s'écrit à Québec

    Baseball

    Une page du baseball cubain s'écrit à Québec

    La semaine prochaine, une page d'histoire va s'écrire au stade municipal de Québec avec la venue de l'équipe nationale cubaine de baseball. Une... »

  • La diplomatie du losange

    Baseball

    La diplomatie du losange

    Avant d'être président de l'équipe, il en a été lanceur et gérant. Voilà maintenant que la patron des Capitales Michel Laplante fait dans la... »

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer