Bienvenue à «Boltland»

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Une pancarte à l'image d'Usain Bolt accueille les visiteurs dans le village natal du sprinteur jamaïcain.

AFP, Jewel Samad

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Greg Heakes
Agence France-Presse
Sherwood Content, Jamaïque

Le Jamaïcain Usain Bolt a amorcé son dernier sprint vers la retraite en juin dans son pays natal. Après des escales à Ostrava et Monaco, son parcours déjà légendaire culminera à Londres, lors des Mondiaux d'athlétisme, du 4 au 12 août. Retour vers là où tout a commencé pour l'homme aux 8 titres olympiques, aux 11 couronnes mondiales et aux 7 records du monde.

Un village reculé, poussiéreux et montagneux au nord de Kingston. C'est le cadre rugueux et guère hospitalier de Sherwood Content qui a vu naître il y a 30 ans la légende jamaïcaine du sprint Usain Bolt. Un paysage austère qui a forgé le caractère du plus grand athlète de tous les temps.

Pour arriver là où tout a débuté pour «La Foudre», il faut emprunter une route nouvellement bâtie au nord de Kingston, bordée par l'océan, puis se frayer un chemin à travers collines et forêt tropicale. Au bout de 110 km d'un parcours sinueux et chaotique, aucun risque de se tromper : le visiteur est accueilli par une inscription sur une pierre blanche à la gloire du héros local, celui qui a révolutionné sa discipline par ses chronos supersoniques et son goût pour le spectacle.

Pas de panneaux de circulation, des chèvres et des vaches errent librement. Les locaux en sont persuadés, les exploits de leur plus illustre ambassadeur trouvent forcément leurs racines dans cet environnement rude et âpre.

«Il était déjà énergique et très grand pour son âge», se souvenait au début de juin Sheron Seivwright, un ancien professeur qui garde toujours en mémoire les premiers pas de l'octuple champion olympique au Piedmont Basic School.

«On organisait des courses et il pleurait quand les autres le dominaient.»

«Du mercure dans la tête»

Son père Wellesley, qui tenait une épicerie dans le village avec sa femme Jennifer avant de prendre sa retraite au mois de mai, s'est longtemps demandé comment gérer et canaliser l'énergie d'un enfant incapable de rester assis et à qui on ne donnait pas des ordres aussi facilement, n'hésitant pas à l'envoyer consulter un médecin à neuf ans. «Il avait du mercure dans la tête. Je ne pouvais pas le contrôler. Le docteur a diagnostiqué une hyperactivité.»

La course et le cricket, pratiqués à l'école, finiront par calmer le turbulent Usain, qui a très tôt étalé un gros potentiel athlétique. À 15 ans, le futur champion avait déjà terminé sa croissance et affichait 1,98 m (6'5") sous la toise, dominant largement ses camarades d'école. Bolt fera ensuite la fierté du William Knibb High School où son portrait trône au-dessus du bureau de la directrice adjointe. «On a vite décelé des signes et il ne nous a pas déçus», témoigne Lorna Jackson.

Outre des qualités hors normes de sprinteur, pointaient également déjà chez Bolt une propension à s'amuser et à prendre des largesses avec les séances d'entraînement, lui qui préférait le plus souvent martyriser ses copains aux jeux vidéo plutôt que de suer sur la piste.

«C'était un farceur, le genre à vous taper sur l'épaule par-derrière et à demander ensuite : "Qui a fait ça? " Il n'aimait pas s'entraîner et on a dû lui coller aux basques un entraîneur dont le boulot consistait à surveiller ses écarts éventuels et le tirer par le col en cas de besoin», selon Mme Jackson.

Difficile pourtant d'en vouloir à celui qui allait devenir le plus jeune champion du monde junior à 15 ans, révélant ainsi des aptitudes hors norme. De là à imaginer qu'il marquerait l'histoire du sport?

«Après les Mondiaux juniors, je lui ai dit : "Il semblerait que tu aies du talent. Tu iras loin si tu t'entraînes dur". Mais jamais je n'aurais pensé qu'il deviendrait l'homme le plus rapide du monde», avoue son père.

Bolt, le show permanent

Une bête de scène et une personnalité hors norme : la légende d'Usain Bolt ne s'est pas seulement bâtie à coups de titres et de records inatteignables, le Jamaïcain ayant su magnifier ses performances par un sens inné du spectacle pour devenir le chouchou du public et des annonceurs, un cas unique dans l'histoire de l'athlétisme.

À l'heure où l'octuple champion olympique de 30 ans s'apprête à tirer sa révérence, difficile de dissocier son insolente mainmise sportive de sa capacité à transformer chacune de ses apparitions en un véritable spectacle.

Avec son inséparable sourire et ses petites danses avant le départ d'une course, Bolt a apporté une «attitude cool» tranchant singulièrement avec les roulements de mécaniques habituels des sprinteurs. Et il y a ce geste de «l'Éclair», un bras tendu vers le ciel, devenu sa signature et reproduit à travers le monde, même par l'ex-président des États-Unis, Barack Obama, lors d'une visite officielle en Jamaïque en 2015.

Personne d'autre que Bolt n'aura pu jouir d'une telle renommée et d'une reconnaissance dépassant largement les limites de l'athlétisme, en manque de figures de proue depuis l'Américain Carl Lewis dans les années 80-90 et qui devra sans doute attendre très longtemps avant de voir éclore un athlète de cette dimension, avec une aura comparable.

«C'est un génie. Il a un charisme sans équivalent dans l'histoire de notre sport et dans le sport en général, a ainsi jugé le président de la Fédération internationale Sebastian Coe, conscient du vide que laissera Bolt à son départ. Il n'y a qu'à Mohamed Ali à qui on peut le comparer. Je les place tous les deux dans la même catégorie. Ce n'est pas uniquement grâce à ses exploits et à ses records qu'il a atteint ce niveau de notoriété à l'échelle mondiale, mais aussi grâce à sa personnalité».

La course a toujours été un jeu pour le détenteur du record du monde du 100 m (9,58 secondes) et du 200 m (19,19) et on devine combien son inséparable mentor Glenn Mills a dû s'escrimer pour obliger cet amoureux de la fête et de la nuit, DJ à ses heures perdues, à se montrer assidu aux entraînements.

Briser les codes

Avec sa bouille et sa joie de vivre, Bolt a cassé tous les codes en vigueur dans le milieu feutré de l'athlétisme, comme avec cette samba improvisée en fin de conférence de presse avec des danseuses brésiliennes avant le début des épreuves des JO de Rio ou encore ce lancer de javelot improbable, en pleine nuit dans un stade olympique vide, quelques heures après sa troisième médaille d'or brésilienne.

Comment ne pas tomber sous le charme d'un tel phénomène? Les marques ont compris très rapidement le filon qu'elles pouvaient exploiter. Selon le classement 2017 des sportifs les mieux payés de la planète établi par le magazine Forbes, il pointe en 23e position avec 34,2 millions $ de gains annuels, dont 94 % issus de ses commanditaires. Il a aussi battu tous les records avec des primes de participation de l'ordre de 300 000 $ par réunion, une anomalie dans un sport en manque d'argent.

«Son poids économique est lié à deux facteurs : son poids sportif et son côté showman dans un sport qui manquait de têtes d'affiche. Il a su jouer avec les codes de la société d'aujourd'hui. On est dans une société de l'image et de la communication et il a joué à fond là-dessus», a expliqué Vincent Chaudel, économiste du sport, à propos d'un athlète qui compte 4,75 millions d'abonnés sur twitter et 7,1 millions sur Instagram.




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