Petite réussite en espadrilles

Depuis avril, une vingtaine de jeunes de Tasiujaq... (Fournie par Josée Martineau)

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Depuis avril, une vingtaine de jeunes de Tasiujaq s'entraînent à la course. Huit d'entre eux prendront part aux courses pour enfants du Marathon de Québec.

Fournie par Josée Martineau

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(Québec) À Tasiujaq, il y a ce côté sombre. Celui des drogues, de la pauvreté, des suicides. Celui qui l'a obligée, un jour, à décrocher le corps d'un pendu. Mais il y a aussi ce côté lumineux. Celui du dépassement de soi, de l'espoir et des sourires. Celui qui lui permettra de faire courir huit jeunes de 10 à 12 ans lors des épreuves pour enfants tenues en marge du Marathon de Québec, à la fin août.

Dans ce petit village du Nunavik qu'est Tasiujaq, Josée Martineau fait partie de la famille de quelques 350 habitants depuis quatre ans. À la clinique, elle fait un peu de tout. Elle connaît tout le monde.

Dont ces cinq jeunes filles croisées à la sortie de chez elle, en avril. Accompagnant des adolescents plus vieux, celles-ci se dirigent alors vers le garage municipal. Un lieu prisé pour fumer.

«Où vas-tu? demande l'une des enfants.

- Je vais à la clinique courir sur le tapis roulant, répond Josée.

- Est-ce qu'on peut venir?»

Si Martineau refuse, le garage (et ce qui vient avec) les attend. Elle accepte. Les filles courent cinq minutes à tour de rôle sur le tapis. «Est-ce qu'on peut revenir demain?» demande ensuite l'une d'elles.

Depuis cette journée d'avril, une vingtaine de jeunes du village s'entraînent à différents degrés. Au début, pas facile: c'est encore l'hiver à Tasiujaq. Ils courent donc avec bottes et habit de neige, préfèrent le tapis roulant par grand froid. «Ce n'était pas évident de les motiver», reconnaît leur entraîneuse.

Fin mai, début juin, la neige fait place à la boue, les bottes d'hiver aux bottes de pluie. Le beau temps s'est finalement installé à la fin juin. Les jeunes se retrouvent deux ou trois fois par semaine, à coups d'une demi-heure.

Le défi

Pour s'assurer de les voir persévérer, Josée décide de les inscrire à une véritable course. Elle choisit la Vieille Capitale, où cette fille d'Asbestos a terminé ses études. «Il faut leur trouver un défi. Parce qu'au nord, on vit tellement avec les cycles des saisons, de la chasse, de la pêche, de ci, de ça... C'est très dur de maintenir un engagement», explique-t-elle.

Parmi la vingtaine de coureurs et coureuses, huit feront le voyage : sept heures d'avion - deux escales incluses - pour sept jours passés à Québec. Josée Martineau a sélectionné six filles et deux garçons, préférant ceux et celles qui font moins de sport. Préférant, aussi, ceux «qui proviennent de milieux où les parents ne font pas nécessairement les meilleurs choix», précise la femme de 40 ans.

Aux Courses des jeunes Tanguay, six d'entre eux feront le cinq kilomètres, les deux autres le deux kilomètres. Se rendre à la ligne d'arrivée demeure le seul objectif.

Financement

Pour sept de ces coureurs en herbe, il s'agira d'une première fois à Québec. Une virée à l'Aquarium, de l'autocueillette à l'île d'Orléans et la visite du site de la chute Montmorency font partie des activités au menu. Ils logeront dans une résidence des Soeurs du Bon-Pasteur.

Le financement est venu du gouvernement régional inuit, détenteur de fonds réservés aux projets qui aident à prévenir les problèmes de consommation. «Ce qui manque le plus, au nord, c'est d'avoir des gens qui vont initier et continuer des projets. Parce que des sous, il y en a. Des jeunes qui veulent faire quelque chose, il y en a», assure Josée Martineau.

Son projet ne sera pas magique, reconnaît-elle. Mais, une petite réussite à la fois, elle souhaite voir ces jeunes s'épanouir, améliorer leur estime de soi. Les Inuits ont un énorme potentiel, dit-elle.

Elle-même profite de ce mouvement qu'elle a créé un peu par hasard. «Ça donne un sens à ce que je fais ici au quotidien, dit-elle. C'est ben beau de faire du curatif, de donner des médicaments, de faire des pansements et tout ça... Mais s'il n'y a pas de prévention, ça ne sert à rien. C'est une grande fierté de voir que le projet fonctionne. Sans que ça change leur vie, j'ai espoir que ça fasse partie de leur bagage de vie.»




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