L'heure de la facture à Rio

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Six mois après les Jeux, les organisateurs doivent encore 40 millions $US à leurs créanciers et le Brésil est toujours embourbé dans l'une des pires récessions qu'il ait connues.

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Stephen Wade
Associated Press

Rio de Janeiro a réussi un coup de maître en muselant la criminalité et en faisant mentir les prévisions de corruption, de dégradation environnementale et de dépassements de coûts pendant les derniers Jeux olympiques d'été. Mais six mois après les premiers JO en sol sud-américain, c'est le déluge.

Les organisateurs des Jeux de Rio doivent toujours 40 millions $US à leurs créanciers. Quatre des nouveaux stades construits dans le Parc olympique n'ont pas trouvé de gestionnaire privé et sont passés aux mains du gouvernement fédéral. Un autre de ces sites sera géré par la Ville, déjà aux prises avec de sérieuses difficultés financières tandis que le Brésil est toujours embourbé dans l'une des pires récessions qu'il ait connues.

Le mythique Maracana, site des cérémonies d'ouverture et de clôture, a été vandalisé et ses opérateurs, le gouvernement de l'État de Rio de Janeiro et le comité organisateur des JO, se disputent une facture impayée d'électricité de 1 million $. La compagnie d'électricité a réagi en coupant le courant de l'édifice.

L'État de Rio de Janeiro accuse un retard de plusieurs mois dans le versement du salaire des enseignants et des travailleurs du domaine hospitalier, ainsi que dans le versement des pensions. L'État a également rapporté des taux records de criminalité pour 2016, surtout pour les homicides et les vols.

«Pendant les Jeux, la ville a fait tout ce qu'elle pouvait pour que ça tienne la route», a expliqué Oliver Stuenkel, un Brésilien qui enseigne les relations internationales à la Fondation Getulio-Vargas, une université brésilienne. «Mais à la minute où les Jeux ont pris fin, tout s'est désintégré.»

Une juste image du pays

Les Olympiques - et, dans une moindre mesure, la Coupe du monde de football de 2014 - ont mis en lumière la réalité de Rio, une ville idéalisée pour ses plages à perte de vue, son carnaval et son style de vie sensuel. Mais ils ont également montré toute sa criminalité, sa pollution et sa corruption.

Trois politiciens qui ont joué un rôle clé dans l'obtention des Jeux - l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, l'ex-gouverneur de Rio Sergio Cabral, et l'ex-maire de Rio Mayor Eduardo - ont tous fait l'objet d'une enquête. Cabral, l'un des premiers à militer pour la venue du Mondial et des JO, a été emprisonné pour corruption.

«Les Jeux ont donné une meilleure idée aux gens des difficultés auxquelles doit faire face le Brésil», indique Stuenkel. «Ils n'ont pas donné une meilleure ou pire image du pays, mais peut-être plus juste.»

Sidney Levy, le chef de la direction du comité organisateur, a tenté de faire rouler les Jeux uniquement avec des fonds privés. Il y est presque arrivé. Son budget d'opération de 3 milliards $, qui ne comprenait pas les coûts d'infrastructures, était frugal selon les critères olympiques. À la dernière minute, il a demandé un coup de pouce de 80 millions $ de la Ville et du gouvernement fédéral afin de faire fonctionner les Paralympiques. Finalement, il a obtenu 30 millions $.

«Je pouvais appeler les dirigeants du pays ou du CIO et on me rappelait toujours», dit Levy. «Aujourd'hui, les gens ont d'autres chats à fouetter. Nous ne sommes plus une priorité.»

Levy ajoute que les organisateurs ont probablement perdu quelque 200 millions $ de revenus en raison de commanditaires qui se sont désistés quand la récession a frappé. Il précise qu'il n'a pas demandé au CIO d'éponger les dettes, mais qu'avant les Jeux, le Comité international a souvent allongé des millions de dollars.

«L'expérience a été très éprouvante. Nous n'avons jamais apprécié ces Jeux; 2016 a été tout simplement extrêmement difficile. C'était comme de grimper l'Everest avec de la glace vous tombant dessus, vous aveuglant.»

Le Parc déserté

Le Parc olympique est une ville fantôme. Des arénas dernier cri sans aucun événement, désertés avant même d'avoir été rodés. Et des jardins de fleurs bien entretenus, jamais piétinés.

«Les amphithéâtres sont magnifiques», souligne Wagner Tolvai en marchant dans le parc en compagnie de sa copine, Patricia Silva. «Mais tout est abandonné. Le temps s'est comme arrêté. Il n'y a personne.»

Le parc n'est ouvert que les fins de semaine. «Il n'y a rien d'autre à faire que du vélo, marcher, et chercher de l'ombre», ajoute Tolvai.

Les quatre infrastructures permanentes sont maintenant gérées par le gouvernement fédéral. Les structures temporaires érigées pour la natation et le volleyball n'ont toujours pas été démantelées. Le stade de natation est dans un état lamentable, proche de la ruine. La piscine d'entraînement, recouverte pendant les Jeux, est maintenant remplie d'eau stagnante et boueuse.

Vandalisme au Maracana

Au Maracana, rénové au coût de 500 millions $ avant le Mondial, des centaines de sièges et de nombreux téléviseurs ont été arrachés par des vandales. «Le Maracana est le meilleur symbole pour illustrer la façon dont ces Jeux ont été gérés», affirme Mauricio Santoro, spécialiste des sciences politiques rattaché à l'Université d'État de Rio de Janeiro. «La majorité des gens de Rio n'iront jamais au terrain de golf ou aux autres sites olympiques, mais le Maracana, c'est différent. C'est le joyau de la ville.»

1 milliard $ pour un village vide

Le Village olympique, qui a coût près de 1 milliard $ et abrité quelque 10 000 athlètes, est clôturé et vide. Les promoteurs disent n'avoir vendu que 260 des 3604 appartements, soit environ 7 %. Globo, un quotidien de Rio, rapporte que le maire, Marcelo Crivella, tente de mettre sur pied des prêts à faible taux d'intérêts pour les employés du secteur public afin qu'ils s'en portent acquéreurs.

Les systèmes de transport mis en place pour les JO se portent mieux que les sites de compétition. Une ligne de métro de 3 milliards $, un réseau de bus rapides et de train léger, ainsi que le port, réaménagé pour en faire bénéficier les piétons, sont tous un héritage de ces jeux. Même l'aéroport international de Rio a subi une cure de jeunesse.

Par contre, la plupart de ces infrastructures ont surtout profité à l'ouest et au sud de la ville, des secteurs bien nantis. «Les gains n'ont pas été partagés équitablement à travers la ville», note Stuenkel.

Restreindre les traitements cinq étoiles

Sidney Levy, chef de la direction du comité organisateur des Jeux olympiques de Rio en 2016, estime que les JO de Tokyo en 2020 rencontreront des défis bien différents. «Leur société fonctionne déjà très bien. Ils n'ont rien à prouver à qui que ce soit.» Par contre, les coûts seront beaucoup plus élevés à Tokyo et les organisateurs cherchent déjà où couper. Levy suggère de contraindre les fédérations sportives, qui souhaitent toutes un traitement cinq étoiles. Il donne en exemple les sports équestres. «Ils voulaient 15 ambulances pour chevaux; nous leur en offrions neuf. Au final, il y en a eu quatre. La magie des Jeux ne provient pas de ces choses-là.»

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