Joliette Trân dans les traces de son père

Joliette Trân est aujourd'hui maître de taekwondo comme... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Joliette Trân est aujourd'hui maître de taekwondo comme l'a été son père Trân Triêu Quân quand elle était petite et qu'elle n'aimait même pas le sport.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) La petite fille qui n'aimait pas le taekwondo est devenue maître de cette discipline, 35 ans plus tard. Joliette Trân marche ainsi dans les traces de son père, Trân Triêu Quân, pionnier de cet art martial dans la région de Québec.

Le 24 septembre, devant un jury composé de grands maîtres comme l'était son papa, elle a démontré son savoir-faire, à la fois ses habiletés physiques, ses connaissances de son sport et ses capacités d'enseignante. Depuis, «madame Trân» est devenue «maître Trân».

«Ça m'a fait drôle un peu, la semaine passée. Parce que maître Trân, c'est mon père», a dit celle que nous appelerons ici Joliette pour éviter toute confusion. «Il y a une tradition qui se poursuit. Mon père, c'est la personne qui m'a encouragée à passer les degrés.»

Et il a fallu des encouragements, car les débuts ont été ardus pour la menue fillette qu'elle était. «Je n'aimais pas particulièrement ça. Je recevais un coup de poing, je partais à pleurer. J'ai tellement pleuré! raconte-t-elle en riant. Mais je n'avais pas le courage de dire non. Le désir de plaire était très présent.»

Elle commence à prendre plaisir à la discipline vers la fin du primaire, lorsqu'elle s'approche de sa ceinture noire. Ça demeure difficile par moments. Elle est parfois victime de crises d'hyperventilation lors de compétitions. Elle doit faire le point. 

«C'est passé de plaire à papa à "qu'est-ce que t'aimes dans ça?".» Aujourd'hui, elle voit tous les bienfaits de la pratique du taekwondo. Qu'ils soient physiques : la bonne forme, la coordination, l'équilibre; individuels : le contrôle de soi, la confiance; ou sociaux : l'amitié, les contacts humains.

Elle fait preuve de résilience dans le taekwondo, mais aussi dans sa vie. Son père devient célèbre bien malgré lui lorsque, de 1994 à 1997, il est incarcéré dans son pays d'origine, le Viêtnam, sous de fausses accusations. L'affaire enflamme Québec. Une pétition de 125 000 noms aide à sa libération.

Treize ans plus tard, Trân Triêu Quân fait de nouveau les manchettes dans des circonstances encore plus tristes. Il meurt dans l'effondrement de l'hôtel Montana, à Port-au-Prince, lors du tremblement de terre qui fauche la vie de centaines de milliers d'Haïtiens. La famille doit attendre un mois avant la confirmation de son décès.

Toujours présent

«Il est toujours avec moi», lance aujourd'hui Joliette, en pointant la photo de son père, bien en vue dans le dojang de l'école de taekwondo qu'elle a fondée et dirige depuis 2009, Trân Fusion.

Car pour Joliette, l'enseignement de Trân Triêu Quân est allé beaucoup plus loin que le taekwondo. «Je réussissais bien à l'école, raconte-t-elle. Mais si j'avais 98 %, [il me disait] tu pourrais avoir 100 %. Mais il n'a jamais dit : ça ne marche pas, ce n'est pas assez. Il a fait tout ce qu'il fallait pour me mettre en confiance, pour m'encourager à essayer de faire mieux, de faire plus. Je n'ai jamais senti avoir failli à le rendre fier. C'est sa plus grande qualité : avoir cru en les gens.»

À 40 ans, Joliette a l'âge minimal pour atteindre le niveau maître (ceinture noire septième degré). Ils ne sont que deux dans la région de Québec. Dans sept ans, elle pourra viser le huitième degré. Suivra une autre longue attente avant de pouvoir aspirer au titre de grand maître (9e degré). Elle compte s'y rendre.

Cette mère de deux filles de 10 et 7 ans a abandonné sa carrière d'ergothérapeute pour se consacrer à temps plein à son école de taekwondo. Sa clientèle est composée à 50 % de 50 ans et plus, son premier public. La doyenne a 80 ans.

Son nouveau titre s'accompagne d'une crédibilité qui lui permet de promouvoir ses idées. Et d'être prise au sérieux. «Quand j'ai démarré Trân Fusion pour les 50 ans et plus, les gens riaient de moi», donne-t-elle en exemple.

Ce qu'a dit Joliette Trân

«Quand ils ont donné les résultats, la première personne qui a parlé, Grand Maître [Paul] Weiler, a dit : "Maintenant, vous avez la responsabilité de demeurer en santé." Car si vous voulez continuer à enseigner, vous devez prendre soin de vous pour pouvoir le faire.»

- Pour illustrer les exigences qui viennent avec son titre de maître

«Si j'avais à choisir de vivre ou pas cet événement-là, je choisirais de ne pas le vivre. Mais moi comme individu, et nous comme famille, en sommes vraiment sortis grandis. J'ai compris ce qu'était la solidarité. À Québec, il y a combien de personnes qui ont signé la pétition...? Les gens ne nous connaissaient même pas! J'ai compris que mon père avait vraiment beaucoup d'amis, et nous aussi.»

- Sur l'emprisonnement de son père au Vietnam et la vague de sympathie qui a suivi

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