Du génocide rwandais jusqu'au Rouge et Or

Yves Sikubwabo a un éternel sourire sur les... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Yves Sikubwabo a un éternel sourire sur les lèvres depuis qu'il est débarqué au Canada.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Quand on vient du pays des mille collines, courir les côtes de Québec ne fait pas peur. Surtout après avoir survécu à un génocide, couru 22 km par jour pour s'instruire et habité un refuge pour sans-abri.

«Je voulais quelque chose de nouveau. Je voulais déménager où personne ne me connaît, voir une culture différente. Je voulais commencer une nouvelle vie!» a expliqué Yves Sikubwabo, mardi, à propos de son arrivée au sein des clubs d'athlétisme et de cross-country du Rouge et Or de l'Université Laval.

Le Rwandais d'origine est un habitué des nouveaux départs. Et pas juste pour la course. «Oui, on peut dire que j'ai eu trois mamans. J'ai été chanceux, à 100 %. J'ai été chanceux de rencontrer ces gens», sourit le coureur de demi-fond de 23 ans, à l'évocation des trois femmes qui ont jalonné son parcours de trois existences en une.

Sa mère et son père biologiques ont été assassinés par leurs voisins en 1994, quand Yves n'avait qu'un an. Le Rwanda était alors ravagé par un génocide où plus d'un million de personnes ont péri.

Sa tante, elle-même rendue veuve et mère monoparentale par le génocide, l'a recueilli bébé. Ainsi que plusieurs autres orphelins du génocide, malgré un infime salaire gagné à vendre des bananes en bordure de la route.

Puis sa mère d'adoption canadienne, une infectiologue d'Ottawa tellement touchée par son histoire qu'elle et son mari, un ophtalmologiste, en ont fait leur quatrième enfant, en 2010.

Chemin tortueux

Car entre les drames de Kigali et les joies d'Ottawa, la route de Sikubwabo n'a pas été une longue ligne droite. Aujourd'hui spécialiste du 1500 et du 5000 mètres, distance où il montre un record personnel de 14 min 5 s, le garçon avait d'abord été placé par son premier entraîneur au sein de l'équipe de course... de filles.

«Parce que je n'étais pas bon!» admet celui dont le coach l'avait ensuite convaincu de rester, moyennant une «paye» de 100 francs rwandais (environ 15 ¢) pour chaque séance d'entraînement.

Ce même entraîneur lui a permis d'aller à l'école secondaire. L'adolescent parcourait alors à la course, matin et soir, les 11 km qui séparaient la maison de l'école, distance où il se faisait un point d'honneur d'améliorer sa marque. «Je n'avais pas le choix, je n'avais pas l'argent pour le transport», explique-t-il simplement.

En 2010, le jeune homme de 17 ans devient le premier Rwandais à participer aux Championnats du monde juniors d'athlétisme, à Moncton, au Nouveau-Brunswick. Une fois sur place, sa tante le prévient qu'un retour au pays s'avérerait trop dangereux. Les assassins de ses parents sortaient de prison et voulaient achever la tâche.

Après s'être acheté un billet d'autocar pour la seule ville qu'il connaissait au Canada, il est parti pour Ottawa avec à peine 10 $US en poche et un sac de vêtements. Il y a couché dans un refuge pour sans-abri durant quelques mois, tout en continuant de courir sur les rives du canal Rideau.

La famille Le Saux-Farmer l'a repéré. Puis un entraîneur de l'Université Guelph. Il est nommé recrue par excellence de l'athlétisme universitaire canadien en 2013. Après trois années passées à Guelph, il est retourné au Rwanda, l'an passé.

Citoyen canadien

Un pays «en processus de pardon», dit-il. Mais où il va maintenant en étranger, car il n'en possède plus la nationalité, par choix. Citoyen canadien depuis décembre dernier, il se dit Canadien de tête et Rwandais de coeur.

De retour de Kigali, il s'est entraîné un peu à Vancouver avec Charles Philibert-Thiboutot, l'hiver dernier, et le voilà à Québec sous l'égide de l'entraîneur du Rouge et Or et de Philibert-Thiboutot, Félix-Antoine Lapointe.

Sikubwabo vise une participation aux Mondiaux de cross-country à la fin mars, en Ouganda, pays voisin du Rwanda. Les Jeux olympiques de 2020 constituent l'objectif ultime sur piste.

«J'aimerais le faire pour le Canada. J'habite ici, c'est ici que j'ai connu du succès et je voudrais le partager avec ma famille et mes amis d'ici», affirme l'étudiant en génie physique, qui profite aussi de la présence à l'UL de l'une de ses soeurs adoptives d'Ottawa, Danielle.

Cross-country sur les Plaines

La troisième tranche du circuit universitaire québécois de course à pied cross-country se tient sur les plaines d'Abraham, samedi. Le Rouge et Or de l'Université Laval vise à être maître chez lui. Les hommes (10 km, départ à 12h) ambitionnent une troisième victoire en trois épreuves cette saison, avec en tête de peloton Emmanuel Boisvert, Yves Sikubwabo et Nicolas Morin. Le volet féminin (6 km, départ à 11h) pourrait sourire autant au club de l'UL avec Aurélie Dubé-Lavoie et Anne-Marie Gauthier.

Cette course revêt un cachet particulier puisque le championnat canadien universitaire se tiendra sur le même parcours vallonné des Plaines, le 12 novembre. Selon l'entraîneur Félix-Antoine Lapointe, l'objectif d'équipe demeure de remporter le championnat cumulatif dans la conférence et la bannière masculine sur la scène canadienne, exploit qu'aucune université québécoise n'a réussi depuis 1992. Guelph, en Ontario, demeure la puissance de la discipline avec les 11 derniers titres féminins et 13 dans les 17 dernières années chez les gars. Sikubwabo courait justement pour les Gryphons depuis trois ans. 

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