La Fédération d'athlétisme entend sévir contre ces athlètes mercenaires

À Paris, la Bahreïnienne d'origine kenyane Ruth Jebet... (AP, Michel Euler)

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À Paris, la Bahreïnienne d'origine kenyane Ruth Jebet a battu le record du monde au 3000 m steeple. Pour son exploit, elle a reçu une bourse de 50 000 $.

AP, Michel Euler

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Agence France-Presse
PARIS

La Bahreïnienne Ruth Jebet a établi un record du monde du 3000 m steeple samedi, avec en toile de fond un débat qui enfle sur les «mercenaires» de l'athlétisme.

La prodige de 19 ans, d'origine kenyane mais qui court pour le Bahreïn, a franchi la distance en 8:52,78, améliorant largement le chrono de la Russe Gulnara Galkina, établi en finale des JO 2008 à Pékin (8:58,81).

Jebet avait déjà marqué les esprits avec une marque sous les neuf minutes (8:59,97) fin mai à Eugene, aux États-Unis. Dans l'histoire, seules Galkina et Jebet sont descendues sous cette barrière chronométrique.

Lors des récents Jeux olympiques de Rio, Jebet avait décroché l'or sans savoir qu'elle était déjà dans les temps de ce record du monde. Elle avait alors échoué de très peu (8:59,75). Aux JO, un record du monde est moins rémunérateur. À Paris, outre la prime de son équipementier, Jebet touchera 50 000 $ de l'organisateur.

Le cas Jebet, Kenyane qui a changé de passeport sportif moyennant finances, symbolise une des nouveautés de l'athlétisme mondial : le transfert d'allégeance. Pour la seule année en cours, des journalistes spécialisés ont ainsi comptabilisé une vingtaine de changements de nationalité.

Et le Bahreïn n'est pas le seul pays à agir ainsi. Les monarchies du Golfe et la Turquie procèdent notamment de même. La Turquie a ainsi dominé les épreuves de demi-fond aux Championnats d'Europe, début juillet à Amsterdam, avec principalement des coureurs d'origine étrangère.

Une maison et du bétail

La jeune Jebet, déjà peu diserte, se ferme comme une huître dès qu'on aborde les raisons de son départ du Kenya. Elle se contente de dire qu'elle a quitté son pays il y a cinq ans pour des études de «santé animale», qui seraient entièrement payées par le Bahreïn. Mais son père avait vendu la mèche il y a quelques jours quand sa fille avait été honorée au pays de sa naissance pour son or de Rio. «Je la remercie infiniment: elle a pu m'acheter une maison et du bétail», avait-il alors avoué.

Le sujet est suffisamment important pour que la Fédération internationale d'athlétisme (IAFF) ait choisi de prochainement se pencher sur la question. Avec la création d'une agence antidopage indépendante et les tricheries sur les âges des concurrents, les changements d'allégeance constituent l'autre dossier prioritaire de l'organisme.

«On achète les athlètes et on a une preuve», avait accusé la semaine dernière Bernard Amsalem, membre du conseil de l'IAAF et président de la Fédération française. «On va faire des propositions lors du Congrès, début décembre à Monaco, et les mettre dans nos statuts avant la fin de l'année.»

Amsalem plante le cadre: «On va les chercher au Kenya surtout, mais aussi en Éthiopie, au Maroc, en Jamaïque un tout petit peu, au Nigeria de plus en plus pour les sprinters. Des pays pauvres, en difficulté. C'est plus facile de convaincre un athlète de ces pays en lui donnant beaucoup d'argent, car ça représente beaucoup par rapport à ce qu'ils peuvent gagner au quotidien.»

Dernièrement, le Bahreïn a mis la barre haut. «J'ai compté 23 changements de nationalité en faveur de ce pays cette année», indique Odile Baudrier, journaliste pour le site d'athlétisme Spe15.

«À l'avenir, il faudra que l'IAAF puisse sanctionner les athlètes et les pays. Légalement, il est difficile d'interdire ces méthodes en se référant seulement à la morale. Il faut qu'on trouve des règles pour éviter que ça se passe comme ça», insiste Amsalem.

De fait, ces athlètes reçoivent un passeport, mais pas toujours la citoyenneté de leur nouveau pays. «Ils signent pour un contrat de travail qui leur offre l'opportunité de bien gagner leur vie. C'est toujours mieux que les manoe uvres dans le bâtiment», lâche un gérant.

Bahreïnienne... et héroïne au Kenya

Même si c'est l'hymne national du Bahreïn qui a retenti lorsqu'elle a gagné l'or olympique du 3000 m steeple aux JO de Rio, la Kenyane Ruth Jebet a été accueillie comme une héroïne dans son pays d'origine, le 19 août. Une situation qui ne surprend guère Odile Baudrier, journaliste pour le site d'athlétisme Spe15. «Si Jebet a été bien accueillie au Kenya, où elle s'entraîne d'ailleurs, c'est parce qu'elle est perçue comme une émigrante qui a réussi. On ne lui porte pas rigueur de ce qu'elle a privé le pays d'une médaille d'or olympique. D'ailleurs, la plupart des athlètes rentrent une fois leur carrière terminée. Et si le Kenya donne facilement les quitus [des décharges], c'est que la corruption et les pots-de-vin y sont monnaie courante.»  AFP

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