Le retour du naufragé

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Damian Foxall, de Stoneham, avant son départ pour la Transat Québec-Saint-Malo

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Dans l'avion le ramenant à Québec depuis l'archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon, mardi, il a réalisé tout le chemin parcouru lors des 13 derniers jours. Membre du majestueux trimaran Musandam Oman Sail ayant chaviré dans l'Atlantique Nord à 800 km au large de Terre-Neuve, Damian Foxall a constaté qu'il avait eu de la chance lorsqu'il a raconté la mésaventure à ses enfants.

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«Le moment le plus inquiétant, c'est quand les deux garçons sur le pont se sont retrouvés à l'eau sous la plateforme. Une fois en sécurité, il n'y avait plus de danger», a raconté Damian Foxall, mercredi.

Le Soleil, Caroline Grégoire

Calme comme un océan encore endormi, l'Irlandais de Stoneham ne pensait pas vivre une telle situation à sa troisième participation à la Transat Québec-Saint-Malo. Dans le feu de l'action, il n'a jamais pensé être en danger.

«Le moment le plus inquiétant, c'est quand les deux garçons sur le pont se sont retrouvés à l'eau sous la plateforme. Une fois en sécurité, il n'y avait plus de danger. On aurait pu flotter pendant des semaines, on avait de l'eau et de la nourriture... Nous avons été quand même très chanceux», admettait au Soleil le marin de 47 ans, bien au sec sur sa galerie sous un ciel plus menaçant qu'en mer.

Le Musandam Oman Sail, un imposant trimaran de 70 pieds de long par 55 pieds de large, était, avec le Spindrift 2, qui a établi un record de vitesse de la traversée, l'un des deux bolides les plus rapides de la compétition. Il a pris le départ trois jours après les catégories, mais dans la nuit du 16 juillet un arrêt brusque l'a réveillé. Quelques secondes plus tard, le bateau a piqué du nez, se renversant complètement.

«Avec un multicoque, tu es sanctionné tout de suite. Si tu prends trop de voile, le bateau chavire et ne bouge plus. L'avantage, c'est qu'une fois à l'envers, il ne se passe plus rien, il flotte. Je dormais dans ma bannette les pieds devant [pour ne pas se cogner la tête en cas d'arrêt soudain] quand nous avons fait un arrêt brutal, on l'a senti, et après, il y a eu un second piqué, et là on a réalisé que c'était parti. En virant, j'ai cassé la bannette supérieure, mais ça n'a pas été un gros choc pour moi comparé à notre skippeur, qui a reçu un matériel lourd sur la tête.»

La mer n'était pas agitée, cette nuit-là, et le bateau filait à vive allure. Peut-être même un peu trop, constate aujourd'hui le héros de son pays natal.

«Dans ces conditions, ça ne devrait pas arriver. Ça a peut-être été un manque d'attention. On est en course, on pousse un peu la limite, et cette fois-ci on l'a dépassée...» admet-il.

Sachant que le bateau était insubmersible, Foxall a gardé son calme. Il a alors tourné toute son attention vers ses compagnons, emprisonnés sous l'immense plateforme quasiment aussi grande qu'un court de tennis.

«Ça peut paraître contradictoire, mais dès qu'un bateau chavire, on est mieux d'être à l'intérieur qu'à l'extérieur. On savait que les trois à l'intérieur n'étaient pas trop mal en point, mais on se demandait où se trouvaient Alex et Fahad, surtout qu'on était en pleine nuit. Ils avaient des gilets gonflables, mais, sous un multicoque, ce n'est pas toujours évident... Ça a pris quatre ou cinq minutes avant qu'on repère et repêche Alex, qui n'était plus sous la plateforme. Fahad, lui, avait nagé sous toute la longueur avant de cogner à la trappe sur la coque et qu'on lui ouvre!»

L'équipage en sécurité, le Musandam Oman aurait pu attendre paisiblement que l'équipe terrestre vienne le chercher. Le skippeur Sidney Gavignet étant blessé, le groupe a toutefois déclenché la balise d'urgence

«On voulait sauver le bateau et on y a pensé une minute, mais Sidney avait mal au cou. Il nous a demandé où nous étions, on a répondu à la Québec-Saint-Malo. On l'a couché et on s'est assuré qu'il ne bouge plus. Une fois la balise allumée, un protocole d'urgence se met en place.»

Le hasard a voulu que le Torn Alexandra, un pétrolier en route vers Terre-Neuve, soit dans les parages. Cinq heures plus tard, l'équipage était récupéré pour ensuite être transféré sur un navire de la garde-côtière puisque le pétrolier n'avait pas la permission de naviguer dans les glaces des bancs de Terre-Neuve.

C'est à bord du Torn Alexandra que Damian Foxall a contacté sa famille pour la rassurer. Il avait eu le temps de récupérer son passeport, son porte-monnaie et son téléphone cellulaire avant d'abandonner le trimaran pour quelques jours. Car une opération de récupération allait suivre!

Déjà prêt à retourner en course

Damian Foxall aurait pu rentrer chez lui et laisser une équipe de récupération se mettre à la recherche du trimaran renversé. Mais c'était mal connaître ce loup de mer. «Il était important de faire ma part, de clore l'histoire et de remonter», souligne celui qui a mis son expertise au service de la cause.

Une fois à Terre-Neuve, l'équipe du Musandam Oman Sail a mis en place un plan de sauvetage du bateau évalué à 2 millions $. Avant de le quitter, Foxall et ses collègues avaient déclenché une balise qui devait permettre de le retrouver dans la grande bleue.

«On savait que le mât et les voiles étaient détruits, mais il s'agit d'un bateau super costaud et son intégrité ne représentait pas une source d'inquiétude. On savait qu'il flotterait, restait juste à le trouver. Il s'agissait d'un trois-coques, avec des cloisons étanches fabriquées avec un matériau qui ne coule pas. C'est déjà arrivé qu'on trouve un bateau quelques années plus tard, dans la même position.»

Une équipe de course n'est pas uniquement composée des navigateurs prenant place à bord. Il y a une équipe terrestre de logistique. Foxall tenait à participer aux recherches et à l'opération de récupération.

«L'équipe a trouvé un super remorqueur [Maersk Cutter] et on est partis de Terre-Neuve avec tout l'équipement requis pour le remettre à flot. Nous avions six tonnes de chaîne, une équipe professionnelle, un plongeur russe, etc. Nous étions sur le point d'abandonner les recherches lorsqu'on l'a trouvé, au petit matin. Toute l'opération pour le retourner a été vraiment impressionnante.»

Des chaînes ont été installées d'un côté, des trous ont été percés de l'autre pour créer un effet de balance, et hop là! le Musandam Oman sortait de son sommeil. Il était un peu amoché, mais il pourra reprendre la mer.

«On aurait aimé poursuivre jusqu'à Saint-Malo, mais c'était impossible. À la blague, j'ai dit aux gars qu'on se reverrait dans un mois, pour une course en Angleterre. Le bateau va courir à nouveau, mais ça ira à l'an prochain.»

Foxall, lui, n'a pas l'intention de rester à terre bien longtemps. Il a proposé son nom afin de participer à une course californienne, en septembre, à bord du jumeau du Musandam, et a aussi avisé un contact qu'il était disponible au besoin pour deux autres courses en Europe.

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