Sauvé des pirates somaliens par la brunante

Yvan Bourgnon en sera à sa troisième Transat... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Yvan Bourgnon en sera à sa troisième Transat Québec-Saint-Malo lorsqu'il s'élancera sur les eaux du fleuve à bord du French Tech Rennes Saint-Malo, dimanche.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Sa plus grande trouille, Yvan Bourgnon l'a vécue sur l'eau. Mais ce n'était pas la faute des éléments. Plutôt celle des pirates...

En juin 2015, le marin suisse est devenu le premier à compléter un tour du monde sur un voilier non habitable. Imaginez vous retrouver à bord d'un petit catamaran de 21 pieds sans cabine, seul au milieu de l'océan. Votre lit : un banc sur le pont du bateau. Vous dormez attaché.

«Évidemment, on dort à peu près convenablement quand il fait beau, mais dès que les conditions se corsent, dès qu'il pleut, dès qu'il y a du vent un peu soutenu, ça mouille énormément, et là c'est plus délicat», explique Bourgnon, souriant.

Pendant ces mois en mer, il chavire, tombe à l'eau plusieurs fois. Au Sri Lanka, son bateau s'échoue sur les roches de plein fouet, en pleine nuit. Les autorités srilankaises le prennent pour un trafiquant de drogue. Il passe 24 heures en prison. «Mais là, c'était vachement bien parce que ça ne bougeait pas, ça ne mouillait pas. C'était des petites vacances», dit-il en rigolant.

Le marin s'en tire avec une hernie discale et un bateau «à 50 % fracassé». C'est la fin du défi, croit-il. Mais lorsqu'il rentre en France, il reçoit un soutien inespéré. Le bateau et le marin se remettent sur pied. Bourgnon retourne là où il s'est échoué. Et reprend la route.

Sa grande peur, il la vivra au large de la Somalie. À la tombée de la nuit, il voit un bateau se diriger droit sur lui. Garde-côtière ou pirates? «Comme j'étais dans la zone à risque, je me suis mis tout en blanc et me suis allongé, caché à l'arrière de mon petit bateau blanc, raconte-t-il. Les voiles claquaient, ça faisait un peu bateau abandonné. Ils ont tourné autour, mis des spots. Là, vraiment, je tremblais à fond. J'ai pu voir leur bateau, j'ai constaté qu'ils avaient des mitraillettes, qu'ils étaient une dizaine armés jusqu'aux dents. J'avais le trouillomètre au maximum. Ils se sont engueulés pendant 10 minutes, puis ils ont fini par partir.»

Nuit réconfortante

Les pirates n'attaquent pas la nuit, lui apprennent les militaires lorsqu'il débarque à Djibouti. Vraisemblablement, ils s'enguirlandaient pour savoir s'ils devaient ou non monter sur le bateau. À la brunante, les partisans du non ont gagné...

«Après coup, on oublie vite les mauvais moments», affirme Bourgnon, qui a tout du marin cool.

Mais pourquoi se lancer dans pareille aventure? Après avoir vécu les belles années des multicoques 60 pieds jusqu'en 2007, Bourgnon cherchait à revivre ces beaux moments. La pensée de se retrouver sur un monocoque lui «convenait à moitié». «J'ai vécu des choses extrêmes en solitaire sur ces multicoques et j'avais envie de revibrer, de revivre des choses comme ça. Ça m'allumait. Mon point fort, c'est quand il y a une vraie difficulté humaine, une vraie solution à trouver quand t'es dans la patouille.»

Au nom de mon frère Laurent...

Laurent Bourgnon (à droite), en 2003... (Photothèque Le Soleil) - image 3.0

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Laurent Bourgnon (à droite), en 2003

Photothèque Le Soleil

«Je pense que tout ce que je ferai sur l'eau sera une façon de penser à lui, de me rapprocher de lui, de lui rendre hommage. Ça, c'est certain.»

Yvan Bourgnon se lancera dimanche dans sa troisième Transat Québec-Saint-Malo, son frère Laurent en tête. Le champion de la compétition en 1992 sur le Primagaz est mort en juin 2015. Il s'est noyé lors d'une sortie de plongée sous-marine extrême en Polynésie. Malaise ou pépin technique? On l'ignore. Malgré des recherches intenses auxquelles a participé Yvan, le corps de Laurent n'a jamais été retrouvé. Il avait 49 ans.

Yvan perd son frère aîné, certes, mais aussi un équipier, un mentor. Et un ami. «C'était un grand frère comme on peut en avoir dans toutes les familles. Mais c'était bien plus que ça», souligne celui qui aura 45 ans mercredi. «Parce qu'on a partagé une tranche de vie, entre 20 et 30 ans, où on était ensemble tout le temps, du matin au soir. On ne vivait et vibrait que pour le bateau. C'était 10 années de folie, de réussite et de complicité. [...] C'était aussi un modèle unique en son genre. On n'a pas tous la chance d'avoir un frère comme ça. C'était un skipper hors-norme.» Ensemble, ils ont entre autres remporté la Transat Jacques-Vabre, en 1997.

Petit réconfort pour Yvan Bourgnon : Laurent avait déjà formulé le souhait, en bon marin, de mourir dans l'eau. «Un jour, il a dit qu'il disparaîtrait en mer et qu'on ne le reverrait plus jamais. Il imaginait un départ comme ça.»

Désormais seul enfant du clan Bourgnon, Yvan peut compter sur des parents forts qui ont surmonté cette épreuve. «Ils sont un bon exemple pour moi. Ce sont des Jurassiens à la tête solide qui ne se laissent pas aller.»

C'est pourquoi il a répondu à l'appel de Gilles Lamiré, il y a un an. Le skipper du French Tech Rennes Saint-Malo souhaitait l'avoir dans son équipe, composée aussi de Gilles Goudé et du Québécois Charles Mony.

À bord du trimaran de 50 pieds, Bourgnon fait donc un grand retour à Québec, cette fois comme équipier. En 1996, il a dirigé le Laiterie de Saint-Malo vers une sixième place. En 2000, son Bayer en France a pris le troisième rang, 27 petites minutes derrière le champion Groupama. «Deux courses extraordinaires», se souvient-il. 

À la fois capitaine, conjoint et enseignant

Le vétéran marin Luc Coquelin pilote le Guadeloupe Dynamique,... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 5.0

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Le vétéran marin Luc Coquelin pilote le Guadeloupe Dynamique, seul voilier de la Classe Open.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Pendant sa troisième Transat Québec-Saint-Malo, Luc Coquelin sera à la fois capitaine, conjoint et enseignant...

Le vétéran marin pilote le Guadeloupe Dynamique, seul voilier de la Classe Open. Comme il fait 50 pieds, le monocoque ne peut officiellement pas se mesurer aux 19 bolides de la Class40. Dix pieds trop long...

Même s'il est déçu du désistement de ses potentiels adversaires, Coquelin n'en fait pas trop de cas. Ses objectifs restent les mêmes. «Le projet, c'est de profiter de Québec-Saint-Malo pour apporter plus d'expérience à deux jeunes qu'on a en formation depuis déjà plusieurs mois. Pour nous, c'est une façon de revivre de bons moments, parce qu'on a de très bons souvenirs de ces courses-là. On mélange l'intérêt formation et l'intérêt plaisir.»

Matures à 40 ans

«Nous», c'est sa femme Chantal à lui. Les stagiaires, ce sont Kéni Piperol et Tom Saliot, tous les deux au début de la vingtaine. Leur bateau est vieux, près de 20 ans, mais pas question pour le quatuor «de se laisser bouffer comme ça». Même si les jeunes sont venus pour apprendre.

«Notre génération, on n'a pas eu de coachs», souligne le Guadeloupéen de 58 ans. «Aujourd'hui, on s'aperçoit que si un jeune veut faire de la course au large, il faut accélérer un petit peu la formation. Nous avons été matures à 40 ans. Aujourd'hui, les grands skippers le sont à 30 ans. Il faut gagner du temps, et il n'y a que la formation pour le faire.»

Si Coquelin est un habitué de la Québec-Saint-Malo, son voilier aussi. Le Guadeloupe Dynamique est le même bateau qui l'a accompagné en 2000 et en 2004. Il se nommait alors Multicap Caraïbes et Marina Fort Louis Île Saint-Martin, respectivement. 

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