Transat Québec-Saint-Malo: l'homme d'affaires et la mer

Les marins Gilles Goudé, Charles Mony et Gilles Lamiré posent... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Les marins Gilles Goudé, Charles Mony et Gilles Lamiré posent devant le French Tech Rennes Saint-Malo, véritable «machine de guerre».

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) Depuis son bureau de Cap-Rouge, Charles Mony a une jolie vue, le fleuve en vedette. «J'ai toujours un oeil sur l'eau», lance le Québécois né en France, à l'approche de sa troisième Transat Québec-Saint-Malo.

Pas seulement un oeil. «Chaque fois que je suis à terre, je pense à la mer», glisse Mony au fil d'un passionnant entretien avec Le Soleil.

Comme en 2012, le créatif homme d'affaires fera équipe avec le Français Gilles Lamiré, cette fois-ci à bord du trimaran French Tech Rennes Saint-Malo, «une machine de guerre» qui leur permet d'espérer la victoire dans la classe Multi50.

Grand amateur de voile depuis longtemps, Mony se prend à rêver à la Transat en 2004. Il côtoie alors plusieurs navigateurs qui s'activent avant le départ. Lui-même, avec sa conjointe et ses trois enfants, prépare un tour du monde en voilier...

La Transat de 2008 sera sa première. «J'avais le rêve, et je continue à l'avoir, de faire un équipage 100 % québécois [sur un multicoque]. Par contre, il faut être objectif. Depuis Gerry Roufs et Mike Birch, c'est très difficile d'intéresser des entreprises et des commanditaires au Québec», explique le natif d'Aix-en-Provence, au Québec depuis près de 25 ans.

Il souhaite alors louer un bateau, accumule le tiers du budget nécessaire à l'aventure. Mais celle-ci tombe finalement à l'eau, le locateur du voilier ajoutant des clauses impossibles à respecter pour Mony. Il se retrouvera équipier sur le Prince de Bretagne de Hervé Cléris, troisième au fil d'arrivée.

En 2012, il relance son rêve. Avec Gilles Lamiré, skipper d'un autre bateau, il souhaite faire revivre la fameuse Classe Orma et ses «Formule 1 des mers».

Mony et Lamiré ont chacun leur voilier, mais trois sont nécessaires pour la création d'une classe. Leurs recherches d'un autre adversaire sont infructueuses. Pire, les deux skippers en arrachent avec leur budget. Sans classe, en manque d'argent, ils décident de faire la course ensemble.

Depuis ce temps, Mony est dans l'équipe de Lamiré. Sur le Défi Saint-Malo Agglo, en 2012, ils terminent deuxièmes de la Classe Open grâce à un sprint à travers la Manche, un de ses plus beaux souvenirs.

«Au Fastnet [sud de l'Irlande], on était troisièmes. Et là on a dit : "C'est fini, on ne dort plus"», se rappelle-t-il.

«On est à la guerre. On a fait les danses néo-zélandaises, les quatre, à l'avant du bateau. Pour se dire : c'est pas vrai qu'on va finir troisièmes. Tu barres avec un masque de ski, sinon t'es pas capable d'ouvrir les yeux tellement tu prends des vagues...

«Et ensuite, tu arrives à Saint-Malo avec le coucher de soleil, et tu reçois l'accueil de toute la ville... Ça, t'en frisonnes encore quelques années après», affirme-t-il avec son accent mi-français, mi-québécois.

Adaptation

Mony dit s'habituer facilement au manque de sommeil, les navigateurs dormant très peu pendant la dizaine de jours de course. «Dans ces moments-là, on s'aperçoit que le corps est capable d'en prendre plus qu'on le croit.»

Après leur deuxième place, Lamiré, Mony et compagnie festoient «particulièrement fort». «Quand on arrive à Saint-Malo, on est encore sur l'adrénaline. Tu couches tout le monde. Tu fais la fête, tu veux célébrer ton podium. Et tu n'es pas fatigué, contrairement aux équipes à terre», explique Mony.

Mais l'épuisement attend dans le détour. Alors qu'il se promène en ville avec sa conjointe pour se décontracter, il réalise soudain être incapable d'avancer. «Mes muscles ne répondaient plus. J'ai dormi pendant trois jours, plus capable de me lever», se remémore-t-il en éclatant de rire.

Et il y a aussi les moments de stress intense, où le bateau menace de chavirer à tout moment. Quelques heures avant cette traversée de la Manche, en 2012, le Défi Saint-Malo Agglo a fait face à un gros coup de vent au sud de l'Irlande. Il a dû descendre toutes ses voiles, mais avançait malgré tout à 25 noeuds (46 km/h). Les vagues venaient frapper de face - et de plein fouet -, le voilier soudainement petit au milieu des éléments. «En arrivant au bas de la vague, on plantait, on avait des tonnes d'eau qui nous passaient par-dessus. On tombait quasiment à zéro [noeud].»

Ce stress, cette douleur ne sont toutefois rien comparativement à son plaisir d'être en mer. La preuve: il recommence. Dans quelques jours, Lamiré, Yvan Bourgnon, Gilles Goudé et lui feront partie des équipes à surveiller entre Québec et Saint-Malo.

Lors de la Transat Plymouth-New York en solitaire, il y a quelques semaines, Lamiré a conduit son voilier vers la victoire contre ses principaux adversaires à Québec. «Énorme» pour la confiance, dit Mony, qui prévoit une lutte serrée avec l'Arkema et le Ciela Village, deux autres voiliers avec des marins «au top». Et avec le forfait du champion en titre, FenêtréA Cardinal, la porte semble grande ouverte.

Fiche technique: Charles Mony

  • 50 ans
  •  Équipier sur le French Tech Rennes Saint-Malo (Gilles Lamiré)
  • Troisième participation à la Transat Québec-Saint-Malo (2008, 2012)
  • Fondateur de Creaform et de Village

Les marins canadiens et québécois se font rares

Ils étaient 12 équipages canadiens lors de la première Transat Québec-Saint-Malo en 1984. Cette année, aucun voilier ni aucun skipper québécois et seulement trois membres d'équipage de la Belle Province seront sur la ligne de départ les 10 et 12 juillet.

L'absence des Georges Leblanc et Éric Tabardel de ce monde laisse donc un grand vide dans la délégation québécoise de la Transat 2016. 

Seuls Charles Mony, membre de l'équipage du French Tech Rennes Saint-Malo du Français Gilles Lamiré en classe Multi50, Antoine Lacasse, originaire de Gatineau et qui s'aligne avec le Sirius du Français Stéphane Bry en classe Class40, et Damian Foxall, un Irlandais établi au Québec depuis quelques années qui courra pour le Sultanat d'Oman à bord du Musandam-Oman Sail du skipper Sidney Gavignet, représenteront le Québec et le Canada.

«Oui, c'est la plus petite représentation que le Québec ait jamais eue. On n'a pas assez de masse critique pour entretenir une course de façon continue», avoue Sylvain Gagné, président de Voile internationale Québec, en marge de la conférence de presse de lancement de la neuvième Transat, dont les festivités débutent le 2 juillet.

M. Gagné aimerait bien trouver une façon de raviver l'intérêt pour la course hauturière au Québec. «Avec un événement aux quatre ans, c'est dur de garder des coureurs et des partenaires. À part la Transat, il n'y a que le tour de l'île Anticosti et la traversée Rimouski-Les Îles. C'est très peu.»

Le président de Voile internationale Québec ajoute d'ailleurs du même souffle qu'il travaille déjà à tenter d'organiser un événement qui reviendrait tous les deux ans. Il rêve d'une épreuve de formule 40, une classe de multicoques apparue dans les années 80 et encore bien présente en Asie. «Pour ça, il faudrait cependant créer un circuit nord-américain qui n'existe pas encore.»

Un résident de Québec, Yvon Paradis, a bien tenté de faire renommer le voilier Matouba du skipper français Bertrand Guillonneau du nom de «Québec Canada» en sollicitant des commandites des gouvernements québécois et canadiens, mais n'a toujours pas reçu de réponse. «C'est trop peu trop tard», a commenté Sylvain Gagné à propos de la démarche de M. Paradis.

Voiliers d'exception 

Malgré l'absence d'un voilier ou d'un skipper québécois, les quelque 300 000 amateurs qui participent aux activités de la Transat auront de quoi se mettre sous la dent cette année avec 19 voiliers de classe Class40, un de classe Open monocoque, quatre de classe Multi50 et deux voiliers de classe Ultime.

Les voiliers de classe Ultime sont le Musandam-Oman Sail et le Spindrift 2 du skipper Yan Guichard. «C'est une première présence à Québec pour ces deux bateaux qui prendront le départ le 12 juillet à 15h et tenteront de battre le record de l'épreuve, qui a été établi en 1996 par Loïck Peyron sur le trimaran Orma de 60 pieds Fujicolor II», indique M. Gagné.

Le Spindrift 2 devrait faire tourner des têtes avec ses 131 pieds puisqu'il est le plus grand trimaran de course océanique au monde et qu'il détient une multitude de records, notamment la traversée de l'Atlantique Nord, la plus grande distance parcourue en quatre heures, la Transméditerranée, le Tour des îles britanniques et le record du prestigieux trophée Jules-Verne pour un tour du monde en 45 jours, 13 heures, 43 minutes et 53 secondes réalisé en 2012 avec Loïck Peyron comme skipper.  Avec Ian Bussières

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