Rien ne va plus au Brésil à 100 jours des Jeux de Rio

La préparation des Jeux olympiques de Rio a... (Archives AP, David J. Phillip)

Agrandir

La préparation des Jeux olympiques de Rio a été perturbée par la crise politique et économique qui touche le pays et par l'épidémie du virus Zika.

Archives AP, David J. Phillip

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Monde
Monde

soleil monde TOC »

Pierre Ausseill
Agence France-Presse
Rio de Janeiro

À 100 jours mercredi du coup d'envoi des Jeux olympiques de Rio de Janeiro, les stades sont prêts pour accueillir les dieux de l'Olympe, mais le Comité international olympique (CIO) s'inquiète de la descente aux enfers du Brésil, ébranlé par une gravissime crise politique et économique.

Les projecteurs sont braqués sur la capitale Brasilia. Et c'est dans l'indifférence générale que des milliers d'ouvriers s'affairent à Rio aux ultimes préparatifs des premiers Jeux olympiques de l'histoire en Amérique du Sud.

Car le séisme politique qui secoue le Brésil a relégué au second plan les inquiétudes sur l'achèvement des travaux du métro, la menace du virus Zika ou la pollution de la baie carte postale de Rio.

Le roi du sprint mondial Usain Bolt décrochera-t-il les dernières médailles d'or de sa carrière sous la bénédiction de la statue du Christ rédempteur?

Les Brésiliens se demandent plutôt qui de l'impopulaire présidente, Dilma Rousseff, au bord de la destitution, ou de son vice-président «conspirateur», Michel Temer, déclarera les Jeux ouverts le 5 août au légendaire stade Maracana, devant des centaines de millions de téléspectateurs.

L'instabilité politique, la crise économique, les imprévisibles développements de l'énorme scandale de corruption Petrobras, et la mauvaise humeur des Brésiliens vont-ils ternir la grande fête planétaire du sport?

Malgré les discours rassurants du CIO et des autorités, l'inquiétude est palpable.

Le 2 octobre 2009 à Copenhague, en élisant Rio, les délégués du CIO étaient loin d'imaginer que, sept ans plus tard, la jeune démocratie brésilienne traverserait sa pire crise politique depuis la fin de la dictature en 1985, et sa plus grave récession économique depuis les années 1930.

Le Brésil émergent, porté par le boom des matières premières, affichait une croissance économique insolente alors que les grandes puissances industrielles vacillaient, en pleine crise financière des subprimes.

Regrets en vue?

Les JO de Rio, deux ans après le Mondial 2014, devaient marquer l'apothéose de l'avènement du Brésil au premier plan de la scène mondiale.

«Vous ne le regretterez pas!» avait lancé aux délégués l'ouvrier président Luiz Inacio Lula da Silva, incarnation de la success-story brésilienne.

Lula est aujourd'hui soupçonné de corruption, et son héritière politique, Dilma Rousseff, risque une humiliante destitution pour maquillage des comptes publics.

Mi-mai, les sénateurs vont, selon toute vraisemblance, prononcer la mise en accusation de Mme Rousseff et l'écarter du pouvoir pour un maximum de six mois, en attendant un jugement final. Nul ne sait s'il interviendra avant ou après les Jeux olympiques.

La présidente dénonce avec vigueur un «coup d'État» institutionnel. Ses opposants s'insurgent qu'elle propage ainsi à l'étranger l'image d'une «République bananière».

Dans ce contexte explosif, le CIO s'efforce de faire bonne figure. «Ce sera le grand moment du Brésil et ce seront les Jeux du Brésil», a affirmé jeudi son président Thomas Bach, lors de l'allumage de la flamme des Jeux de Rio sur le site antique d'Olympie, en Grèce.

La flamme «apporte le message que notre cher Brésil peut et va être uni», s'est aventuré le président du comité organisateur Rio 2016, Carlos Nuzmann, en l'absence notable de Mme Rousseff.

Mais il a bien dû l'admettre: le Brésil navigue «dans les eaux les plus difficiles que le mouvement olympique ait connues».

Rio de Janeiro a pourtant rempli ses devoirs, hormis l'échec cuisant de la dépollution de la baie de Guanabara où se dérouleront les épreuves de voile, à l'ombre du Pain de sucre.

Loin de la préparation chaotique du Mondial 2014, budgets et délais ont été tenus: les installations sportives sont prêtes à 98 %.

Reste à poser la piste d'athlétisme au stade olympique. Seul réel motif d'inquiétude pour les compétitions, les retards accumulés du vélodrome, dont le parquet n'a toujours pas été posé.

Métro en retard

Le gros point d'interrogation porte sur l'achèvement de la nouvelle ligne 4 du métro, stratégique dans le plan de mobilité des JO.

Cette ligne de 16 kilomètres doit permettre de relier en 13 minutes les plages de Copacabana et d'Ipanema au quartier moderne de Barra da Tijuca, centre névralgique des Jeux.

Car il faut parfois plus de deux heures pour parcourir cette distance en voiture au milieu de l'infernal embouteillage des heures de pointe...

Or, l'ouverture de la ligne n'est prévue qu'en juillet, à un mois des Jeux, et le percement complet du tunnel n'a eu lieu qu'en avril.

«Je garantis que le métro sera opérationnel pour les Jeux», martèle pourtant le secrétaire aux Transports de l'État de Rio, Rodrigo Vieira.

Côté sécurité, plus de 80 000 policiers et militaires - le double des JO 2012 de Londres - veilleront au bien-être de 10 500 athlètes et 450 000 visiteurs du monde entier.

Malgré des progrès ces dernières années, Rio demeure une ville dangereuse où narcotrafic et misère alimentent une criminalité élevée.

Et si le Brésil n'a jamais été la cible d'une attaque terroriste, les attentats en Europe ont relevé le niveau d'alerte.

Le service de renseignement Abin prend au sérieux la menace postée sur Twitter par l'activiste français de Daech Maxime Hauchard, le 16 novembre, trois jours après les attaques de Paris: «Brésil vous êtes notre prochaine cible».

Les Jeux «protégés», assure le numéro 2 du comité organisateur

Les jeux Olympiques sont «protégés» face à la crise politico-économique aiguë que traverse le Brésil et ne peuvent être soumis à l'humeur politique, assure dans un entretien à l'AFP le numéro 2 du comité organisateur Rio 2016, Leonardo Gryner.

Q: La tourmente actuelle affecte-t-elle l'organisation des JO?

R: Elle l'affecte très peu, car les gouvernements, même avant la crise, ont décidé de protéger les Jeux. Le monde politique comprend que c'est un engagement de l'État, de la nation brésilienne, indépendamment de qui est au pouvoir.

Q: La présidente Dilma Rousseff, qui risque d'être destituée, vous a-t-elle contactés pour parler de la crise?

R: Au plus fort de la crise, Dilma était ici [à Rio le 8 avril] pour inaugurer le parc aquatique et participer à des réunions.

Q: Le vice-président Michel Temer, qui lui succéderait si elle était écartée du pouvoir, vous a-t-il contactés?

R: Il ne nous a pas appelés. Quand Rio a remporté l'organisation en 2009, Lula était le président et nous savions qu'il y aurait des élections et qu'un autre parti pouvait gouverner, mais il était clair que c'était un engagement du pays.

Q: Y a-t-il des inquiétudes sur le fait que le scandale de corruption Petrobras touche également les travaux des JO?

R: Aucune inquiétude. Nous faisons très attention à nos contrats [sur les installations sportives], les entreprises qui travaillent ici sont examinées. Mais je n'ai aucun droit de regard sur les contrats signés par d'autres entités ayant conduit à des travaux [infrastructures, transports]. Ils doivent répondre à la loi.

Q: Les Jeux ont-ils un soutien populaire?

R: Nous faisons régulièrement des enquêtes, et le niveau d'approbation dans le pays est de l'ordre de 68 %, ce qui est très bon. C'est grâce au travail que nous faisons avec transparence: les gens sentent qu'on oeuvre de manière responsable, dans le cadre du budget et du calendrier des travaux. En outre, l'héritage des Jeux se manifeste progressivement.

Q: Où en est la préparation?

R: «Nous en sommes à 90 % aujourd'hui, un pourcentage comprenant la construction et la phase opérationnelle. La construction est plus avancée, à 98 %; la phase opérationnelle se trouve dans la dernière ligne droite. Nous sommes dans les temps.

Q: Où en sont les ventes de billets?

R: Nous nous attendions à en être à 60 % des billets disponibles vendus, et nous en sommes à près de 62 %. Plusieurs contrats sont en voie de finalisation, et les ventes internationales vont dorénavant augmenter. Depuis le tirage au sort du foot le 14 avril, ça augmente certainement. Tous les billets des finales ont été vendus.

Q: Quels sont les chantiers en retard?

R: Le 31 mai, les travaux publics seront achevés au vélodrome et nous démarrerons alors les finitions, les tentures, les chapiteaux pour les cyclistes. Le deuxième chantier en retard est le Stade olympique, mais cela ne représente aucun risque pour le calendrier, nous aurons un test en mai. On est en train d'installer la piste, qui devra ensuite être homologuée par la Fédération internationale.

Q: Qu'en est-il des eaux usées déversées dans la baie de Guanabara, où se tiendront les compétitions de voile?

R: Nous avons mis en place une barrière dans la Marina pour arrêter le déversement des eaux usées par temps sec. Il n'y aura aucune eau usée dans l'aire de compétition.

Q: Qu'avez-vous fait concernant le virus Zika?

R: Nous avons procédé à la fumigation de toutes les installations pour les personnes qui y travaillent déjà. Pendant les Jeux, qui se dérouleront pendant la saison sèche où l'incidence de toutes les maladies causées par les moustiques [dengue, Zika, Chikungunya] est proche de zéro, nous allons poursuivre la fumigation. Le CIO suit de près le sujet, et jusqu'à présent, aucune délégation n'a recommandé à ses athlètes de ne pas venir à Rio.

Q: Les récents attentats en Europe ont-ils amené à ajuster le dispositif de sécurité?

R: Ce n'est pas la protection qui augmente, mais les actions préventives de sécurité. Il n'y a rien d'autre à faire localement, nous ne pouvons pas poser des vitres blindées dans un stade. La protection physique a des limites. Ce qui augmente, c'est le niveau de renseignement, et il a augmenté en fonction du niveau du risque, qui a crû dans le monde entier.  Propos recueillis par Javier TOVAR

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer