Tabardel doit amasser 80 000 $ pour la Transat Québec-Saint-Malo

Éric Tabardel est à la recherche de commanditaires... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Éric Tabardel est à la recherche de commanditaires pour faire la traversée de l'Atlantique.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Éric Tabardel et son voilier, Bleu, sont inscrits à la Transat Québec-Saint-Malo depuis la semaine dernière. Mais pour le Québécois, tout reste à faire.

Dans les prochaines semaines, «ça passe ou ça casse», dira Tabardel au fil d'une conversation avec Le Soleil, alors que le Madelinot d'adoption était de passage à Québec. Sa présence sur la ligne de départ, le 10 juillet, est loin d'être assurée. Le marin doit encore amasser 80 000 $ pour prendre part à la neuvième présentation de la course transatlantique. Cet argent lui permettrait de faire ses frais, sans plus.

«Ça prend un budget pour faire la course, mais après ça, il faut que je revienne», lance-t-il en riant. Tabardel espère que son inscription témoignera du sérieux de sa démarche. Et de sa motivation. À moins d'une immense surprise, Bleu sera le seul voilier québécois inscrit à la Transat.

Mais comme ce fut le cas en 2008 et en 2012, la recherche de commanditaires est ardue. Dans les derniers mois, Tabardel et sa copine, Camille, ont envoyé des dossiers «un peu partout», visant les grandes compagnies québécoises. «Avec très, très peu de réponses», se désolent-ils.

Des percées avec certaines de ces entreprises n'ont finalement pas abouti. La Ville de Québec s'est montrée intéressée, mais a fait marche arrière, a expliqué Tabardel. «J'étais un petit peu à terre après ça», admet l'homme de 48 ans, dont l'espoir est souvent malmené.

Né à Montréal, il fait de la voile depuis son enfance. À l'adolescence, il passe ses étés sur le bord des lacs, participe à plusieurs courses. Il lance une école de voile à l'âge adulte, continue à naviguer.

Son Bleu, il l'a construit lui-même. En 2006, il vend sa maison et engage toutes ses économies pour bâtir un voilier digne de cette Transat dont il rêve depuis l'adolescence. Peu de temps après avoir terminé le voilier, celui-ci démâte un mois avant la course de 2008. Un coup dur.

Il se reprend en 2012. Il est alors le meilleur Canadien de la course avec son 16e rang sur les 20 bateaux inscrits en Class40. Une performance honorable. La majorité des autres équipages, français pour la plupart, sont plus expérimentés et munis d'un voilier dernier cri. «Dans des conditions similaires, un à côté de l'autre, il arrivait parfois qu'on dépasse des bateaux flambant neufs», raconte Tabardel. Cette année, il compte encore mieux performer.

Réalité québécoise

Côté financier, la réalité québécoise joue contre lui. Tabardel comprend, jusqu'à un certain point, la réticence des commanditaires potentiels. Si seulement il était Français! Ses adversaires de la Transat sont des vedettes dans leur pays, où la voile occupe un bel espace médiatique. Chez nous, tout est différent. Sa passion n'est pas partagée par le plus grand nombre. «Ce n'est pas pour rien qu'il y a si peu de bateaux québécois» à la Transat, dit-il entre autres.

Il doit aussi se battre contre une image «qui n'est pas tout le temps celle qu'on voudrait véhiculée». La perception de certains est faussée, selon lui. Il a son propre bateau: on pense qu'il est riche. Il fait de la voile: on pense qu'il part en croisière.

Son interlocuteur se demande alors pourquoi il aiderait un tel privilégié. «Dans sa tête, il voit des filles et du soleil. Quand tu vois de la voile dans les publicités, c'est Liberté 55», illustre Tabardel. Mais la vie de Transat, c'est plutôt l'effort physique constant, le manque de sommeil et les vêtements humides. Pendant 15 jours. Dans un espace minuscule. «Ce n'est pas une partie de plaisir», dit le navigateur en rigolant.

Et même s'il est loin de s'en plaindre, Tabardel n'est pas riche. «Je n'ai jamais eu un gros train de vie. Je connais peu de personnes qui vivent de si peu.» Camille et lui cultivent, pêchent, conduisent «des minounes», construisent leurs meubles avec des épaves de bateaux, recyclent les vêtements dont les autres ne veulent plus... Le marin vit des revenus de deux immeubles qu'il a rénovés avec son frère. On est loin du capitaine de La croisière s'amuse...

***

Grâce à «Tintin»

En construisant son propre bateau pour participer à la Transat Québec-Saint-Malo, Éric Tabardel a suivi les traces d'Augustin Cotton, le Gaspésien qui a fait de même en 2000 en prenant le départ sur le Côte du Québec. Mais celui qu'on surnomme «Tintin» a été plus qu'une source d'inspiration. C'est lui qui a convaincu le jeune Tabardel de se lancer dans l'aventure, en 2005. «Il me disait: "Tu devrais te construire un Class40! Ça serait un bateau parfait pour toi! Attends pas que ton étoile passe!"» raconte Tabardel, qui prévoyait attendre sa retraite pour se mouiller. «Il m'a vraiment achalé tout l'été avec ça. Et quand je suis revenu à Montréal, ça m'a trotté dans la tête.» C'est là qu'il a décidé de passer à l'action. Tout ça grâce aux conseils de celui que Tabardel qualifie gentiment de «drôle d'hurluberlu».

Un équipier payant

En 2012, Bleu avait pris le départ grâce à l'aide du frère de l'ex-chef péquiste André Boisclair, Philippe, un entrepreneur qui avait récolté plus de 50 000 $ pour participer à la course avec l'équipe de Tabardel. Un arrangement similaire serait encore bénéfique au navigateur. Pour l'instant, Tabardel n'a qu'un équipier confirmé, Alain Molimard. Deux autres places sont disponibles. S'il en a les moyens, le skipper pourrait toutefois embaucher un spécialiste de la course au large qui aiderait l'équipage avec certains aspects qui lui sont encore méconnus.

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