La luge alpine: plus que de la glissade

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(Québec) Loisir de prédilection dans les Alpes, la luge commence à faire de plus en plus d'adeptes au Québec. Des centres de ski et de glisse lui consacrent des pistes. Le bouche-à-oreille fait le reste. Derrière ce succès naissant, un Autrichien immigré au pays depuis 25 ans, qui fabrique des luges de façon artisanale, selon la méthode que lui a enseignée son père.

Markus Peter et Christine Drolet ... (Photo Le Soleil, Frédéric Matte) - image 1.0

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Markus Peter et Christine Drolet

Photo Le Soleil, Frédéric Matte

C'est dans son «atelier», un bâtiment industriel de deux étages situé au nord de Québec, que Markus Peter nous donne rendez-vous. Joues rouges et yeux pétillants, le maître sculpteur parle avec entrain de son nouveau dada. «Quand tu vas faire ça une fois, tu vas être vendue!» parie-t-il en riant.

En fait, glisser à l'aide d'une luge n'a rien de nouveau pour lui. Il le fait depuis qu'il est tout petit, avec un engin construit par son père, qui compte aujourd'hui 65 hivers d'usure. «Une fois qu'on a une luge, c'est un peu comme une vieille chaise berçante de grand-mère. Ça peut durer de génération en génération», soutient Christine Drolet, la conjointe québécoise de Markus, qui lui donne un coup de main en fabriquant les sièges de différentes couleurs. Parfois à l'atelier, parfois à la maison en jetant un oeil sur leur fille de 20 mois.

C'est plutôt la construction des engins qui est nouvelle pour le couple. Il y a quatre ans, les dirigeants du Massif de Charlevoix cherchaient quelqu'un qui avait la capacité de fabriquer des luges pour leur nouvelle piste. Ils sont tombés sur Markus Peter à Wendake, où celui-ci fournissait déjà des raquettes en bois traditionnelles à différentes boutiques.

L'association était parfaite. M. Peter s'est tout de suite mis au travail, après avoir donné un coup de fil à son père de 82 ans, qui lui a légué son savoir. Il lui a dit que tout était une affaire de courbes. Celles des patins, mais aussi celles de toutes les pièces de bois qui composent la luge. C'est ce qui permet au lugeur de négocier les virages lors de la descente.

Il faut aussi savoir travailler le frêne. Ce bois souple et flexible garde sa forme une fois qu'il est courbé, peu importent les conditions climatiques.

En Europe, on installe des lames de métal sous les patins de bois. Sauf qu'au Québec, on n'arrivait pas à obtenir la vitesse désirée avec ce type de lame. Nos flancs de montagne sont moins pentus, et la neige y est souvent molle et collante, voire mouilleuse au printemps. Après quelques recherches et expérimentations, Markus Peter a eu l'idée d'ajouter des patins en téflon à ses luges. Une petite révolution. «Ça glisse mieux, dans toutes les conditions», assure celui qui arrive à obtenir des vitesses de pointe de 70 km/h sur son bolide.

Quand on compare la luge à de la glissade sur chambre à air, M. Peter fait non de la tête. «Dans une glissade, tu t'assois et tu te laisses aller. Sur une luge, c'est toi qui as le contrôle, c'est ça, la différence», explique-t-il. Selon lui, on doit davantage comparer la luge aux sports de glisse, comme le ski ou la planche à neige.

Partout en Europe

En Europe, la luge est tellement ancrée dans les habitudes qu'on la pratique partout. M. Peter raconte même que, dans sa région, lorsqu'il tombe une bonne bordée de neige, on déblaie un seul côté de la rue durant un bon 24 heures, pour laisser les gens faire de la luge de l'autre côté. Bien sûr, cette liberté d'action cause bien des situations dangereuses. Seulement en Suisse, on dénombre 11 000 accidents de luge par année.

C'est pourquoi M. Peter est heureux de constater qu'au Québec, la luge se pratique pour l'instant de façon organisée et sécuritaire, dans différents centres (lire l'autre texte). «C'est un peu plus civilisé qu'en Europe!» lance-t-il en riant.

Sa compagnie, AlpenRodel (luge alpine en allemand), fabrique entre 100 et 200 luges par année. Elles sont surtout vendues à des centres de glisse, qui les louent aux clients. Mais elles commencent aussi à intéresser des particuliers, qui ont le goût de se payer ce petit luxe, qui coûte environ 350 $, et que Markus Peter est le seul à fabriquer ici... pour l'instant!

Un nouveau souffle pour les stations de ski

Le Massif de Charlevoix a ouvert le bal il y a quatre ans, en inaugurant une première piste de luge au Québec. Cette descente de 7,5 kilomètres reste, encore aujourd'hui, la plus longue en Amérique du Nord, mais plusieurs autres joueurs entrent maintenant dans la danse.

«L'engouement est là depuis le début, et ça ne fait qu'augmenter», soutient Katherine Laflamme, attachée de presse du Groupe Le Massif. À raison de six départs par jour avec un parc de 80 luges, les samedis et les dimanches affichent presque complet jusqu'au printemps. L'activité attire beaucoup les groupes d'entreprises, qui la voient comme une expédition et qui profitent de l'arrêt dans un refuge au milieu de la montagne pour tisser des liens.

La luge n'enlève rien à la popularité du ski et de la planche à neige, au contraire. «La luge demande moins d'habileté technique que le ski, alors ça fait en sorte que toute la famille peut profiter des plaisirs d'hiver. Ça nous amène une nouvelle clientèle», explique Mme Laflamme.

Le Domaine du Radar reprend vie

C'est avec un peu de scepticisme que Richard St-Laurent, propriétaire du Domaine du Radar, à Saint-Sylvestre, dans Lotbinière, a commandé 20 luges l'an dernier, question de tester le marché. La réponse a été tellement bonne que l'activité est en train de redonner vie à cette montagne délaissée. «Je ne m'attendais pas à ça», avoue-t-il.

Lorsqu'il a acquis le domaine, il y a quatre ans, «c'était pas chic», commente-t-il. Tous les bâtiments de cette ancienne base militaire de la guerre froide étaient délabrés. L'attrait de la luge lui permet maintenant de commencer à louer des chalets. Un service de restauration pourrait bientôt s'ajouter.

Des groupes d'un maximum de 46 personnes peuvent dévaler les deux pistes de 2,3 kilomètres. Les remontées se font en autobus chauffé, question de loger tout le monde et d'offrir un peu de confort les jours de grand froid. Et la clientèle est très diversifiée. M. St-Laurent recevra cet hiver autant des groupes en provenance d'écoles secondaires que de maisons pour aînés.

Un autre joueur s'ajoutera bientôt sur la Rive-Sud de Québec. L'Appalaches Lodge-Spa, à Saint-Paul-de-Montmigny, redonnera vie à l'ancien centre de ski La Grande-Coulée, fermé depuis 1999. Cet hiver, les touristes qui louent des chalets et profitent du spa nordique peuvent louer l'une des six luges et s'amuser dans l'ancienne «pente-école».

Mais dès l'an prochain, les lugeurs pourront partir du sommet de la montagne et dévaler une pente de quatre kilomètres, assure Maxime Laplante, coordonnateur aux activités extérieures. «Notre centre de villégiature est vraiment une destination hivernale et, pour le moment, notre plus grosse activité est le traîneau à chiens. On pense que la luge va attirer le même type de clientèle familiale. Dès l'an prochain, on va offrir des forfaits qui incluent les deux activités», explique-t-il.

Ailleurs au Québec

Approchés par la compagnie de Québec AlpenRodel, plusieurs centres de ski et de glisse se montrent intéressés par la luge, que ce soit en Estrie, dans les Laurentides, dans le Bas-Saint-Laurent ou en Outaouais.

À la Vallée du Parc, à Shawinigan, la directrice adjointe Annie Brousseau raconte qu'on a dû faire patienter la clientèle tout le temps des Fêtes en raison du manque de neige. L'activité qui est maintenant offerte depuis le début janvier dans un sentier de 2,2 kilomètres dépasse les attentes. «On l'a essayé l'an dernier et on a capoté, on est tombés en amour avec ça», dit-elle.

À la station de ski Mont Édouard, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, la mise en marché de la luge est plus difficile. Depuis trois ans, le centre loue quelques luges à l'heure. Les adeptes peuvent glisser dans la même piste que ceux qui utilisent des chambres à air. «Ça ne lève pas encore beaucoup. Mais on veut faire des essais pour que les lugeurs puissent glisser directement avec les skieurs dans la piste familiale. Je pense que tout le monde y trouverait son compte», souligne Gary Boily, directeur de l'école de glisse.

Petite histoire de la luge

Comme le bobsleigh, la luge est née dans les montagnes de la Suisse au XVIe siècle. Son usage s'est ensuite répandu en Allemagne et en Autriche. Il faudra toutefois attendre 300 ans avant que des hôteliers suisses construisent les premières pistes, destinées aux touristes en quête de sensations fortes. La première compétition de luge s'est déroulée à Davos, en 1883. La luge a été «importée» au Québec à la fin des années 50, alors que le bobeur Vic Emery en a fait la démonstration dans une pente de ski. Depuis, ce sport alpin est resté dans l'ombre. Au Québec, on l'associe davantage aux Olympiques qu'à une activité de loisir. Les deux pratiques sont toutefois très différentes. La luge traditionnelle se pratique en position assise sur des pentes enneigées, alors que les lugeurs olympiques atteignent des vitesses de 140 km/h couchés sur leur luge, qui dévale une piste de glace.

Sources : olympic.org et www.luge.ca

«Doucement, maman!»

Notre sortie de luge était à l'horaire depuis un bon moment. On amène les enfants ou pas? Le propriétaire du Domaine du Radar, à Saint-Sylvestre, nous rassure. Les petits de deux et quatre ans peuvent s'asseoir entre nos jambes et profiter de la descente. Un casque sur la tête, on monte à bord d'un autobus modifié, qui permet à chaque participant de placer sa luge devant lui. La première descente est un peu stressante. Mais j'apprends vite à contrôler l'engin en me penchant d'un côté ou de l'autre, par transfert de poids. Ceux qui se penchent trop foncent toutefois rapidement dans le petit remblai de neige. Dès la deuxième descente, je prends de l'assurance. Le fait de connaître les courbes de la piste décuple le plaisir. «Doucement, maman, doucement!» Hugo me rappelle qu'il n'a que deux ans et qu'il commence à avoir peur. La luge ralentit en un clin d'oeil lorsque je mets mes deux pieds à plat sur les côtés. Pour la troisième et dernière descente, tous les hommes de notre petit groupe essaient la piste plus sportive, surnommée «kamikaze». Leurs yeux écarquillés au bas de la pente montrent bien qu'ils en ont eu pour leur argent. Dans le chalet en fin d'après-midi, que des commentaires positifs. On a un peu mal aux cuisses, parce que même si on est assis, la luge reste un sport. Mais un sport qui est extrême seulement si on le veut bien.

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