Le dopage érigé en système

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«La surprise de cette enquête a été la révélation de l'ampleur du contrôle par l'État du laboratoire de Moscou dans les manipulations et l'échange des échantillons d'urine des sportifs russes de pratiquement tous les sports, avant et après les JO de Sotchi (photo)», est-il écrit dans le rapport.

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Bill Beacon
La Presse Canadienne

Un rapport accablant détaillant un vaste et méthodique programme de dopage avec la complicité du gouvernement russe a incité l'Agence mondiale antidopage (AMA) à demander l'exclusion pure et simple de la Russie des Jeux olympiques de Rio de Janeiro le mois prochain.

Une enquête indépendante dirigée par l'avocat canadien Richard McLaren confirme l'existence d'un programme, qui était en vigueur en Russie au moins à partir de la fin de 2011 jusqu'à août 2015, visant à faire disparaître des échantillons positifs dans une trentaine de sports.

Si le rapport ne fait aucune recommandation sous toute forme de sanction contre la Russie, soulignant que ce n'est pas son mandat, le conseil exécutif de l'AMA a demandé au Comité international olympique (CIO) d'interdire la présence de toutes les équipes russes à Rio. L'AMA veut également qu'on refuse l'accès aux représentants du gouvernement russe à des compétitions internationales, y compris les prochains jeux.

L'exécutif du CIO se réunira par téléconférence, mardi, pour prendre cette décision, qui selon le président Thomas Bach pourrait comprendre des «mesures provisoires et des sanctions en ce qui concerne les Jeux olympiques de Rio.»

Il a précisé dans un communiqué que le rapport démontrait «une atteinte choquante et sans précédent à l'intégrité des sports et des Jeux olympiques» et que le CIO «n'hésitera pas à prendre les sanctions les plus strictes possible, contre tout individu et toutes organisations impliquées.»

Les membres de l'équipe russe d'athlétisme font déjà l'objet d'une suspension des Jeux de Rio à la lumière d'une précédente enquête de l'AMA, mais la Russie a fait appel de cette décision.

On ignore pour l'instant les effets que ces révélations pourraient avoir sur la Coupe du monde de la FIFA 2018 en Russie.

Ce rapport confirme les informations recueillies par le New York Times et CBS au cours de la dernière année sur le rôle du gouvernement dans un vaste programme organisé de dopage, révélées principalement à la suite d'entretiens avec l'ancien responsable du laboratoire de Moscou Grigory Rodchenkov, qui vit maintenant aux États-Unis.

«Accusations sans fondement»

Le Kremlin, par la voix de son porte-parole, a aussitôt démenti les conclusions du rapport, parlant «d'accusations totalement sans fondement».

«Cela ressemble tout simplement aux calomnies d'un transfuge», a-t-il déclaré à la presse.

Selon le rapport McLaren, le laboratoire antidopage de Moscou, qui a perdu son accréditation, était au centre d'un système méthodique visant à faire disparaître les échantillons souillés et dans lequel les employés du laboratoire étaient contraints de participer.

Les échantillons d'urine prélevés lors de compétitions sportives étaient renvoyés au ministère russe des Sports où ils étaient étiquetés avec les mentions «sauver» ou «en quarantaine».

Les échantillons en quarantaine étaient soumis aux contrôles normaux et enregistrés auprès de l'AMA. Ceux avec la mention «sauver», la plupart d'entre eux montrant des résultats positifs pour des substances interdites, devaient être remplacés par des échantillons propres.

Des 577 échantillons, 312 ont reçu la mention «sauver».

Les Jeux d'hiver de 2014 ont fait passer le système à un autre niveau. Avec la présence de représentants antidopage d'autres pays au laboratoire de Sotchi, la Russie a impliqué son service de sécurité, qui a remplacé le KGB soviétique.

Le rapport a démontré que les échantillons des athlètes présélectionnés pour participer à un programme de dopage étaient passés à travers le trou d'un mur du laboratoire aux agents, qui trouvaient une façon d'ouvrir les bouteilles inviolables, verser de l'urine propre prélevée précédemment sur les mêmes athlètes et les retourner dans le laboratoire.

«La surprise de cette enquête a été la révélation de l'ampleur du contrôle par l'État du laboratoire de Moscou dans les manipulations et l'échange des échantillons d'urine des sportifs russes de pratiquement tous les sports, avant et après les JO de Sotchi», est-il écrit dans le rapport.

Il y est également précisé que les conclusions du rapport ont été prouvées «au-delà de tout doute raisonnable» et que les preuves sont «vérifiables».

Trente sports concernés

Le rapport mentionne trente sports concernés par ce système, au premier rang desquels figurent l'athlétisme et l'haltérophilie. La lutte, le canoë, le cyclisme et le patinage, entre autres, sont également touchés.

Selon le rapport McLaren, le ministère des sports, dirigé par Vitali Moutko, contrôlait les opérations, avec l'assistance des services secrets russes.

Des échantillons prélevés aux Championnats du monde 2013 d'athlétisme, organisés à Moscou, ont aussi été échangés

«Très décevant, disent des athlètes canadiens

Des membres de la communauté sportive canadienne ont qualifié le nouveau rapport confirmant le dopage appuyé par l'État russe de «très décevant» et d'«accablant» pour les athlètes.

L'enquête indépendante a trouvé des preuves de dopage généralisé des athlètes russes avec la complicité de l'État pour échanger les échantillons d'urine pendant les Jeux de Sotchi, en 2014.

Le kayakiste étoile Adam van Koeverden a déclaré que l'importance de l'implication du gouvernement dans le programme de dopage, qui selon l'enquête inclut la participation des services secrets russes, est «ridicule».

«Pouvez-vous imaginer comment le Canada aurait l'air ridicule si le Service canadien du renseignement de sécurité était impliqué pour essayer de nous faire gagner un tournoi de water-polo, a déclaré le médaillé d'or olympique. N'ont-ils pas des choses plus importantes à faire?»

Van Koeverden croit que la communauté sportive n'est pas nécessairement surprise des conclusions de l'enquête, mais il demeure confiant que les organisations responsables de lutter contre le dopage fonctionnent bien.

Efforts inefficaces

«Je ne pense pas que ça signifie que les efforts antidopages à travers le monde ne fonctionnent pas, a-t-il dit. Je pense qu'il y a eu une tentative calculée, assurée, coordonnée dans un pays qui a fonctionné parce qu'elle avait l'appui de tous les niveaux de gouvernement.»

Le marcheur Inaki Gomez a mentionné que l'enquête devait servir de leçon quand vient le temps d'accorder la présentation d'une compétition sportive majeure à la Russie. «Il doit y avoir des conséquences pour ce comportement, a-t-il déclaré. Nous ne pouvons pas leur faire confiance à l'avenir.» La Russie doit accueillir la Coupe du monde de soccer en 2018.

L'équipe russe d'athlétisme a déjà été bannie des Jeux olympiques de Rio et le comité exécutif de l'AMA demande maintenant l'exclusion de l'ensemble des athlètes russes aux Jeux de Rio.

Inaki a ajouté qu'il espérait que l'on devait profiter de l'enquête pour nettoyer le sport. «Il est temps d'enquêter sur d'autres nations qui ont une culture de dopage qui affecte encore le sport, a-t-il dit. Quels sont ces pays? Je vais laisser l'AMA et les autres organisations s'en occuper. Mais il s'agit d'une occasion de dire que l'enquête a fonctionné et qu'il est temps de nettoyer le sport.»

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