L'athlétisme russe banni de Rio, mais pas ses athlètes

Le drapeau olympique et le drapeau de la... (Photo Patrick Semansky, archives AP)

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Le drapeau olympique et le drapeau de la Russie.

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Frédéric Bourigault
Agence France-Presse
Vienne

L'athlétisme russe ne verra pas Rio, mais ses athlètes propres peut-être: la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) a confirmé vendredi la suspension de la Fédération russe tout en laissant la porte ouverte à ceux qui prouveront leur bonne foi, à six semaines des Jeux olympiques.

L'athlétisme russe est donc suspendu... mais Yelena Isinbayeva, visage de l'athlétisme russe, peut tout de même envisager de voir Rio. La Tsarine de la perche, comme les 4027 athlètes russes officiellement recensés peuvent souffler, à condition de montrer patte blanche.

La double championne olympique (2004-2008) avait pourtant réagi la première, en colère, face au maintien de suspension de sa Fédération (ARAF).

«C'est une violation des droits de l'homme. Je ne peux pas me taire, je vais prendre des mesures. Je vais m'adresser à une cour des droits de l'homme», avait-elle lancé très rapidement, sans préciser auprès de quel tribunal elle souhaite porter l'affaire.

Une colère et une incompréhension qui témoignent de l'ambiguïté de la décision prise vendredi par le Conseil de l'IAAF, le gouvernement de l'instance.

Le président russe a lui aussi exprimé son incompréhension. «Bien sûr que c'est injuste», a déclaré Vladimir Poutine, lors d'une rencontre avec des journalistes à Saint-Pétersbourg. «Je pars du principe que nous aurons une discussion avec nos collègues de l'Agence antidopage et j'espère une réaction du Comité international olympique», a-t-il ajouté.

Les faits eux sont clairs: la Russie, via ses instances sportives et antidopage, a organisé et couvert le dopage dans «son» athlétisme, en rackettant ses propres athlètes et en allant jusqu'à corrompre l'ancien président de l'IAAF, Lamine Diack (1999-2015). Avec l'affaire russe, l'athlétisme mondial a plongé dans la plus grave crise de son histoire.

«C'est l'IAAF qui décide»

La Russie a triché, continue sans doute un peu de le faire malgré «des progrès et des efforts», selon l'IAAF: c'est pourquoi le Conseil a voté vendredi à Vienne la prolongation de la suspension de la Fédération russe d'athlétisme (ARAF), prononcée en novembre.

«La décision a été prise à l'unanimité du Conseil», a souligné le Britannique Sebastian Coe, président de l'IAAF, comme pour enfoncer le clou.

Mais les athlètes russes propres ne doivent pas pâtir de la faute des autres. C'est en ce sens qu'il faut analyser l'autre décision prise par ce même Conseil: autoriser les athlètes russes non contrôlés positifs qui prouveront «qu'ils n'ont pas fait partie du système de dopage» à participer à Rio, sous une bannière et des modalités qu'il reviendra au Comité international olympique (CIO) de préciser.

Ça tombe bien, le CIO a justement prévu de se réunir mardi prochain, le 21 juin à Lausanne, en Suisse, pour un sommet olympique qui doit traiter des questions d'éligibilité...

Entre les lignes, il faut comprendre que l'IAAF ne souhaitait pas laisser le beau rôle au CIO: le bâton pour l'IAAF qui vote la suspension totale (celle de la fédération et de tous les athlètes de nationalité russe), et la carotte pour le CIO qui aurait pu prendre l'initiative de permettre aux athlètes russes non dopés de participer aux Jeux sous une autre bannière.

De facto, l'IAAF propose déjà cette solution de repli, qui a le mérite d'allier fermeté et ouverture.

«C'est l'IAAF qui décide de qui peut courir aux JO ou non», a ainsi sèchement tranché M. Coe vendredi.

Porte étroite

Dans cette décision, il faut effectivement voir la patte personnelle de Sebastian Coe, ancien athlète de très haut niveau.

Lui qui fut double champion olympique du 1500 m (en 1980 et 1984) a toujours affiché son soutien aux athlètes propres, en souvenir des efforts d'une vie dédiée à une qualification olympique. Il a lui-même vécu le boycottage des États-Unis, à Moscou-1980, puis celui des Russes et pays satellites en 1984 à Los Angeles. «Empêcher de courir des athlètes qui n'ont jamais été contrôlés positif est pour lui un crève-coeur», assurait un proche du président avant l'officialisation du vote.

Concrètement, «il sera possible à des athlètes qui ne sont pas impliqués dans le système russe, mais qui font partie d'un programme extérieur à la Russie et efficace contre le dopage de faire une demande spéciale. L'IAAF étudiera ces cas et fera ses recommandations. La Fédération russe reste suspendue, mais un changement de règlement au sein de l'IAAF permettra à ces athlètes de redevenir potentiellement éligibles aux compétitions internationales», a développé M. Coe.

Rune Andersen, président de la Commission (Task Force) de l'IAAF qui supervise les efforts de la Russie dans l'antidopage, a toutefois précisé que ces demandes ne pourront pas être nombreuses.

«L'ouverture de porte est très étroite, il n'y a pas beaucoup d'athlètes qui pourront faire appel de cette possibilité», a-t-il déclaré.

La mesure devrait en premier lieu permettre la présence à Rio de Yulia Stepanova, coureuse de 800 m et lanceuse d'alerte à l'origine de la suspension de son pays.

«Je ne sais pas si elle sera à Rio, mais la Task Force a émis un avis favorable à l'étude de son dossier par l'IAAF si elle en fait la demande», a développé M. Andersen.

À six semaines de Rio, les athlètes russes savent désormais ce qui leur reste à faire.

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