Athlétisme: système corrompu jusqu'à la moelle, dit Pound

Dick Pound a déposé un rapport explosif.... (AFP, Lukas Barth)

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Dick Pound a déposé un rapport explosif.

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Associated Press
Munich

«La corruption ne peut être attribuée à quelques brebis galeuses agissant de façon isolée.» Cette phrase résume à elle seule les 89 pages du rapport explosif autour du dopage dans l'athlétisme russe dévoilé jeudi, à Munich, par la commission d'enquête indépendante de l'Agence mondiale antidopage (AMA).

Selon la commission présidée par Dick Pound, les dirigeants de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) devaient être au courant de toute l'étendue du scandale, mais n'ont rien fait pour y mettre fin, puisqu'elle était elle-même corrompu jusqu'à la moelle. «Si tant de gens savaient, pourquoi rien n'a été fait? De toute évidence, l'IAAF n'avait pas envie de défier la Russie», peut-on lire dans le rapport.

La commission a établi que Lamine Diack, président de l'IAAF de 1999 à 2015, «était responsable de l'instauration de cette culture de la conspiration et de la corruption». Le Sénégalais de 82 ans avait d'ailleurs engagé ses fils Papa Massata et Khalil comme «consultant marketing» et «consultant indépendant», en dehors de l'organigramme.

Comme exemple frappant du système mis en place par le clan Diack, Pound et son équipe mettent l'accent sur la curieuse augmentation des droits de diffusion des Mondiaux d'athlétisme de Moscou en 2013 par les télévisions russes. À l'issue d'une réunion organisée en 2012 dans un hôtel moscovite, pour régler le «problème» du tarif de 6 millions $, estimé trop bas par l'IAAF, Papa Massata Diack aurait obtenu un arrangement avec une grande banque russe, permettant de porter le montant finalement payé à 25 millions $.

Cette année-là, les malversations de Lamine Diack, de son ancien conseiller Habib Cissé et de l'ex-médecin chef Gabriel Dollé auraient permis à 23 athlètes russes dopés d'échapper à une suspension. «Il semble bien y avoir une connexion entre l'attribution des droits de diffusion télévisée à certains groupes en échange de la dissimulation des contrôles antidopage positifs d'athlètes russes», a souligné la commission d'enquête.

L'ami Poutine

Le rapport fait également état des relations harmonieuses entre Lamine Diack et le président russe, Vladimir Poutine. Un cas notamment est cité: avec neuf cas de dopage par des athlètes russes toujours à résoudre et les Mondiaux de 2013 qui approchaient à grands pas, Diack a expliqué à un avocat que «seul le président Poutine, qui est mon ami, peut régler la situation corsée dans laquelle je me trouve».

Lamine Diack est doublement mis en examen par la justice française, pour corruption passive et pour blanchiment aggravé et pour corruption. Il est soupçonné d'avoir reçu 1,5 million $CAN dans le cadre d'un système de chantage organisé où des athlètes, Russes et autres, étaient rançonnés en échange de la non-révélation de leurs contrôles antidopage positifs.

Pound, qui doute de la présence des athlètes russes aux JO de Rio, estime que l'IAAF n'a pas à être dissoute. Il dit ne pas croire que les problèmes de la fédération soient aussi graves que ceux qui ont frappé la FIFA (football) et ses dirigeants.

Un appui à Coe

Même si l'AMA a sévèrement blâmé le conseil de l'IAAF - le comité de supervision où siégeait l'actuel président Sebastian Coe -, Pound a cependant pris soin de préciser qu'il n'imaginait «personne qui pourrait mieux que Coe» mener les réformes.

De quoi réjouir le double champion olympique du 1500 m (1980 et 1984), présent dans la salle à Munich, au milieu de journalistes venus du monde entier.

Quand Coe a accédé à la présidence en août, il a encensé les 16 années au pouvoir de Diack. Le Canadien Pound croit toutefois que Coe «n'avait pas la moindre idée de l'ampleur» de la corruption alléguée de Diack quand il a pris le pouvoir.

Plusieurs observateurs s'attendaient à ce que le Kenya soit épinglé dans le rapport. Ce qui n'est pas le cas. «Il y a clairement un problème avec le Kenya», a répété jeudi Pound, tout en précisant n'avoir pas enquêté spécifiquement sur ce pays. Cela ne faisait pas partie de notre mandat.»  Avec AFP

Principaux acteurs

Lamine Diack

Le ver était dans le fruit. Sans le président omnipotent (1999-2015) de la Fédération internationale d'athlétisme, réélu à quatre reprises comme dans un fauteuil, toutes les malversations auraient été impossibles. Fort de son entregent, le Sénégalais de 82 ans a été un caméléon - athlète, sélectionneur national, maire de Dakar, député, dirigeant sportif - qui passait sans difficulté du sport à la politique. Au point de faire financer en partie par la Russie la campagne de l'actuel président du Sénégal, selon ses aveux à la justice française.

***

Papa Massata Diack... (Archives AFP) - image 3.0

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Papa Massata Diack

Archives AFP

Les fils Diack

Chargé de mission marketing au sein de l'IAAF, Papa Massata Diack, un des 15 fils de l'ancien patron de l'athlétisme mondial, aurait été le grand ordonnateur des indulgences pour les dopés, un racket qui aurait rapporté plus de 1,5 million $CAN. Radié à vie par la commission d'éthique de l'IAAF, il se terre au Sénégal pour échapper à la justice française et à Interpol. Radié à vie le 7 janvier par la commission d'éthique de l'IAAF, il avait dû quitter ses fonctions en décembre 2014, accusé par des médias britanniques d'avoir demandé quelque 5 millions $ pour appuyer la candidature de Doha (Qatar) aux Mondiaux d'athlétisme 2017, finalement attribués à Londres. À bonne école, son frère Khalil est lui impliqué dans le chantage à l'encontre de la coureuse turque de demi-fond Asli Alptekin. Coupables de dopage, Alptekin et la marathonienne russe Lilya Shobukhova ont fini par refuser le racket des maîtres chanteurs et mis ainsi le feu aux poudres.

***

Valentin Balakhnichev

Président de la Fédération russe d'athlétisme pendant un bail, puis trésorier de l'IAAF, Balakhnichev a été le terminal russe de l'entreprise criminelle. L'homme, effacé et affable, avait l'oreille de Lamine Diack. Et il était aussi l'oeil de Moscou. Comme Papa Massata Diack, il a été radié à vie. Pour sa défense, Balakhnichev a ressorti la thèse du complot contre la Russie. À Monaco, un compte bancaire à son nom a été découvert et saisi, avec 2,8 millions $.

***

Gabriel Dollé 

Responsable de la lutte antidopage à l'IAAF de 1994 à sa retraite en 2014, Gabriel Dollé, 74 ans, a toujours eu parmi ses collègues français l'image d'un médecin rigoureux, voire incorruptible. Et pourtant, les juges du Parquet financier de Nanterre, qui l'ont mis en examen, le soupçonnent d'avoir perçu environ 300 000$ pour couvrir des cas de dopage. Informé fin 2011 du caractère plus que suspect du passeport biologique de la marathonienne russe Liliya Shobukhova, Dollé aurait fait traîner les procédures jusqu'en décembre 2012 afin de permettre à Shobukhova de participer aux Jeux de Londres. Idem en ce qui concerne le marcheur Vladimir Kanaykin, présentant lui aussi un passeport anormal et au sujet duquel Dollé attendra 18 mois avant de relancer la Fédération russe.  AFP

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