Bastidas a 21 ans. Le coup de paume fouetté sur la petite balle bleue n'a déjà plus de secret pour lui. «Les jeunes veulent surtout savoir comment donner une rotation à la balle et lui donner de l'effet», sourit celui qui, à 19 ans, a été sacré champion des États-Unis toutes catégories de la variante à un mur. Cette même année, 2010, il raflait la triple couronne (un, trois et quatre murs) américaine junior (19 ans et moins) en simple pour une deuxième fois d'affilée.
Son frère de 26 ans, Jurell, n'est pas manchot non plus. Mais l'aîné s'adonne plus à la balle au mur «par plaisir», confie leur père. Cela ne l'empêche pas d'exceller en simple et de former un double du tonnerre avec son frérot.
«L'autre, il a la passion au ventre. Il est plus agressif. Il est sur le court pour vous tuer», explique le paternel, à propos de Tyree. Les deux se sont fait la main au PEPS de l'Université Laval, hier matin.
Où il y a une vingtaine d'années jouaient 150 adeptes, la région de Québec compte au plus 40 joueurs de balle au mur, selon l'ancien champion du monde Danny Bell. Mais l'héritage des Bell, de Kathleen Bédard et de Donald Côté a permis de réanimer le sport. Des courts ont été aménagés à l'école secondaire privée de Charlesbourg. Dont un terrain extérieur.
Le même genre d'aire de jeu où Jose Bastidas a initié ses deux fils, à Brooklyn, dans les années 90. La ville de New York compte 5000 courts extérieurs de balle au mur. Cet Équatorien d'origine marié à une Portoricaine a montré à ses fils la grosse balle, une forme plus facile à apprendre.
Plus ferme, la petite balle bondit davantage. La variante à quatre murs s'apparente beaucoup à du racquetball... sans raquette. Des versions gaélique, (pelote) basque, australienne et autres de ce jeu millénaire existent, avec balle et règles propres à chacune. «Ce que j'aime, c'est de sentir la balle», résume Tyree. «Tu n'as pas de raquette. Au moment où la balle quitte ta main, tu sais si tu as réussi ton coup ou non.»
Dangereux des deux mains
Ce qui le rend si bon, c'est sa capacité à frapper des deux mains avec puissance et précision. Droitier, il a développé sa gauche en 2005. En ratant un coup, il a cogné sa main droite sur le mur et s'est disloqué les jointures. Ce qui l'a forcé à ne jouer que de la gauche durant plusieurs mois. Pour ainsi dire devenu ambidextre, il a gagné le championnat américain junior sur son «revers», cette année-là.
Le jeune champion dispute de 20 à 25 tournois par année. Une récente victoire à Boston lui a valu 1000 $, puis 1250 $ l'attendaient en Iowa, la semaine suivante. «Pour en vivre, il faudrait que je les gagne tous», laisse-t-il tomber, comme quoi il ne restera pas sans véritable emploi très longtemps.
À compter de mercredi, les Bastidas participeront au championnat canadien, à Brossard. Le champion du monde, l'Irlandais Paul Brady, sera de la partie. Tous se donnent ensuite rendez-vous en Californie, fin juin, pour le championnat américain. Le Championnat du monde aura lieu en octobre, en Irlande, berceau du sport.