Le sport est confronté à d'importants changements, qui seront au centre des discussions des congressistes réunis à Québec. Il n'a même jamais évolué aussi rapidement, souligne le président de SportAccord. Ce n'est pas seulement la manière de présenter ou de diffuser les sports qui a changé, précise-t-il, mais aussi la façon de les pratiquer.
À 71 ans, Hein Verbruggen a vu passer plusieurs cohortes d'athlètes. Et selon lui, la prochaine génération sera plus polyvalente que jamais, mais aussi très sélective. «Un jour ils font de l'athlétisme, l'autre du soccer et le lendemain ils jouent au golf.»
«Auparavant, les fédérations jouissaient d'une bonne base d'athlètes», et les sportifs «choisissaient un sport comme un cadeau», poursuit M. Verbruggen. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. «Avec Internet et la télévision, les jeunes ont accès à une multitude de sports et les connaissent bien, et ils sont de plus en plus instables dans leurs choix.»
Les événements sportifs ne sont plus de simples compétitions entre athlètes, souligne M. Verbruggen. Le sport doit aujourd'hui «atteindre certains objectifs sociaux», croit-il. SportAccord s'est d'ailleurs entendu avec les Nations Unies pour amener les fédérations sportives à utiliser leur sport pour aider les communautés qui accueillent les événements.
M. Verbruggen cite l'exemple de Pékin, en Chine, où la Ville investit pour recevoir des compétitions de la Fédération internationale d'échecs. En échange, la Fédération a contribué à mettre en place un programme pour améliorer la concentration des élèves en classe, en chute libre depuis quelques années. Les jeunes jouent aux échecs et, lors des championnats, les joueurs visitent les écoles pour y affronter les apprentis. «Alors vous voyez, ce n'est plus seulement la compétition comme telle, mais tout ce qui est autour», résume Hein Verbruggen.
Public fragmenté
Cette instabilité est encore plus palpable chez les sportifs de salon. La manière de consommer le sport a complètement changé en 10 ans, note Jay Stuart, directeur des communications à SportAccord. Les propriétaires de chaînes télévisées devront s'adapter, prévoit-il.
«Avec toutes les plateformes sur lesquelles on peut regarder des événements sportifs, téléphones intelligents, tablettes, Internet, il faut se demander comment les diffuseurs conserveront la valeur des contrats de télévision», explique-t-il au Soleil.
Les diffuseurs sont aussi conscients d'une nouvelle tendance chez les amateurs de sport, ajoute M. Stuart : beaucoup de téléspectateurs ne regardent que les faits saillants et zappent d'un sport à l'autre. «L'auditoire est volatil, sans oublier l'offre et la demande croissantes de chaînes sur demande.»
C'est sur ces enjeux que se positionnera le chef des opérations de la Ligue nationale de hockey (LNH), John Collins, lors du congrès de Québec. «C'est un expert de ce genre de problèmes», affirme Jay Stuart.
Aux États-Unis, on attribue à John Collins le mérite d'avoir sorti le hockey des arénas, et d'avoir créé une nouvelle génération de fans. Il a fondé la Classique hivernale en 2008, match présenté chaque jour de l'An où deux équipes s'affrontent en plein air. L'événement attire en moyenne quatre millions de téléspectateurs chaque année. Selon le site américain Tv by Numbers, cinq des six matchs les plus regardés de l'histoire de la LNH depuis 1975 sont des classiques hivernales, et l'événement a été présenté... cinq fois.
M. Collins partagera le panel avec Mark Lazarus, président de la chaîne américaine NBC Sports, et Pierre Karl Péladeau, président de Québecor.
Sports extrêmes
Jay Stuart souligne également un rapprochement entre les sports extrêmes et les sports plus traditionnels. Des disciplines issues des X-Games ont fait leur entrée aux Jeux olympiques, le BMX à Pékin en 2008, et le surf des neiges slopestyle est approuvé par le Comité international olympique pour les JO de Sotchi en 2014.
Patrice Drouin, président de Gestev et promoteur de plusieurs événements s'inscrivant dans cette tendance, comme le Big Air et le Red Bull Crashed Ice, profitera de SportAccord pour faire de la représentation. Gestev tente chaque année d'attirer à Québec des compétitions sortant de l'ordinaire.
M. Drouin a l'oeil sur d'autres événements. Gestev vise notamment une autre compétition de voile à la baie de Beauport, plus précisément une qualification olympique pour les JO de Rio en 2016. «On veut éventuellement une épreuve ou un championnat de niveau olympique.»