«Plein de dossiers de demande de dérogation pourraient être enclenchés. Et malheureusement, j'ai bien peur qu'il faudrait faire du cas par cas», craint Gilles Lépine, le directeur du programme d'excellence du Rouge et Or de l'Université Laval.
Lépine et ses collègues du conseil d'administration du Sport interuniversitaire canadien (SIC) se sont réunis, cette semaine. La grève des étudiants post-secondaires du Québec et ses conséquences étaient à l'ordre du jour. Elle est sur le point d'engendrer un monstre administratif dont l'un des plus longs tentacules s'enroulera autour du sport étudiant.
L'heure est à l'attentisme. Tous les intervenants du milieu souhaitent un retour en classe prompt et à la satisfaction des deux partis. Ce qui n'empêche pas les responsables des programmes sportifs des diverses institutions, ceux du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) et du SIC d'échafauder des solutions de rechange.
«Pour l'instant, tout reste hypothétique», insiste John Bower, directeur des programmes universitaires du RSEQ. «Les questions commencent à arriver de l'extérieur, mais nous, ça fait au moins huit semaines qu'on se les pose. J'en ai entre autres parlé avec notre directeur des programmes collégiaux, Guy Lassonde. Nous, c'est quoi notre plan B?»
Un plan B sera discuté en long et en large lors d'une réunion de la commission sectorielle universitaire du RSEQ, les 9, 10 et 11 mai, au campus de Longueuil de l'Université de Sherbrooke.
Sans trop se confondre en hypothèses, deux types d'étudiants pourraient voir la poursuite de leur cheminement sportif interdite dans les circuits élites universitaire et collégial québécois, lors de la rentrée automnale.
Plancher de 18 crédits
D'abord, chaque 31 août, afin de pouvoir disputer la saison suivante du SIC, un étudiant-athlète universitaire doit avoir complété un minimum de 18 crédits universitaires au cours des 12 mois précédents. Cela signifie au moins
18 crédits obtenus au fil des trimestres de l'automne 2011, de l'hiver 2012 et de l'été 2012.
Disons que la session d'hiver 2012 est annulée. Certains étudiants-athlètes devront-ils ou même pourront-ils suivre jusqu'à quatre ou cinq cours d'été pour atteindre le plancher des 18 crédits requis?
Puis il y a les étudiants du cégep qui prévoyaient entrer au sein du circuit universitaire au trimestre d'automne. Ce qu'ils ne seront peut-être pas en mesure de faire. À la lumière des règles actuelles, il pourrait leur manquer le diplôme d'études collégiales nécessaire pour faire le saut.
«En principe, on a jusqu'au premier match de la saison pour trouver une solution, pour trancher», explique Bower. «Dans le cas du football, du soccer et du rugby, on parle même des matchs présaison, où les règles d'admissibilité sont aussi en vigueur. La date limite se trouve donc environ au 15 août.» Certaines équipes de basketball livrent également des rencontres hors concours à la fin août.
«Si la session d'hiver est annulée, ce sera impossible d'atteindre le minimum de 18 crédits. Et si la session d'hiver est prolongée, ça va éliminer la session d'été! De là, nous nous attendrons à plusieurs appels de dérogation», admet Bower.
Casse-tête en devenir
Du côté du Rouge et Or, Lépine rappelle que le premier droit de refus reviendra aux directions des universités. «On a beau faire tous les scénarios, on ne peut pas être plus permissif que l'institution. Il y a une certaine partie qui restera en dehors de nos compétences», constate-t-il.
Chose sûre, «ça pourrait devenir vraiment un casse-tête pour nous», confirme Bower. «Encore plus si la grève continue au-delà [du mois d'août]. Mais s'il y a encore une grève à ce moment-là, il va y avoir des enjeux bien plus grands que le sport universitaire», relativise-t-il.
Listes de critères
Directeur des opérations et du développement au Sport inter-universitaire canadien (SIC) et responsable de tout ce qui a trait aux questions d'admissibilité, Tom Huisman affirme ne pas s'attendre à un règlement au cas par cas pour les étudiants-athlètes québécois en grève. Enfin, le moins possible. «Idéalement, il faudrait arriver à dresser des listes de critères A, B ou C, puis voir si quelqu'un rentre là-dedans ou pas. C'est certain qu'on va rencontrer quelques cas qu'il faudra traiter un à un, mais pas tous», croit Huisman.