«Tout le monde est sérieusement ébranlé. Ça n'a pas été facile de courir, ce matin», a avoué la planchiste Dominique Maltais, qui participe à une étape de la Coupe du monde de snowboardcross, en Suisse. Avant même que la nouvelle ne soit publique, l'information avait fait le tour de la planète des sports extrêmes.
«Certains membres de l'équipe canadienne sont très proches d'elle, a poursuivi Maltais. C'est encore plus troublant avec les nombreuses chutes qu'on a eues ici. Tu te remets en question encore plus.»
Les organisateurs de compétitions de glisse extrême en viendront-ils à ralentir les parcours et à rabaisser les sauts? «Ça ne va pas dans ce sens-là en ce moment, malheureusement», a regretté celÂle qui estime à 90 km/h la vitesse atteinte par elle et ses rivales dans le tracé de Veysonnaz, jeudi.
Les autorités du centre médical de l'Université de l'Utah, à Salt Lake City, où Burke était hospitalisée, ont indiqué qu'elle était décédée à 9h22. La rupture d'une artère vertébrale lors de sa chute a réduit le flux sanguin vers le cerveau et entraîné d'importants saignements dans cette zone. Sur le coup, cette hémorragie a causé un arrêt cardiorespiratoire. Elle a été réanimée, puis plongée dans un coma artificiel pendant neuf jours. L'artère sectionnée a été réparée 24 heures après l'accident.
Elle rêvait de l'or aux JO
Née à Barrie, en Ontario, Burke habitait Squamish, en Colombie-Britannique. Elle était mariée à Rory Bushfield, lui aussi un skieur en style libre. Figure de proue de sa discipline, elle se préparait à conquérir un cinquième titre en demi-lune aux X Games d'hiver, la semaine prochaine.
Elle caressait aussi le rêve de l'or olympique, meneuse du mouvement qui a permis à son sport d'intégrer la famille des cinq anneaux. La première aura lieu à Sotchi, en 2014. Elle n'y sera pas.
François Marquis, lui, y sera peut-être. Médecin orthopédiste de Québec, il est aussi papa de deux skieurs acrobatiques, Vincent et Philippe Marquis. Le premier, retraité, était des Jeux olympiques de 2010. Le second pourrait bien y être en 2014. Il a fini troisième de l'épreuve de Coupe du monde de bosses, hier, à Lake Placid.
«Ça nous rappelle que le ski acrobatique comporte une part de risque. Mais les accidents ne résultent habituellement qu'en blessure mineure», a noté le père, qui a déjà opéré au moins un de ses fistons, au genou.
«Les skieurs sont des professionnels, bien encadrés. Ils sont conÂscients des risques et prennent toutes les précautions. Comme parent, c'est toujours énervant de les voir en piste, mais nous devons leur faire confiance.»
Aussi à Lake Placid, le champion olympique en bosses Alexandre Bilodeau était sous le choc. «Je me rappelle très bien la première fois que je l'ai vue faire un 1080 Big Air aux championnats canadiens, au Mont-Gabriel. C'était impressionnant de voir une fille réussir cette manoeuvre», s'est rappelé Bilodeau, qui a côtoyé Burke au cours des deux derniers étés, à Whistler. «Cette nouvelle-là met beaucoup de choses en perspective.»
«Les demandes viennent des athlètes»
Les artistes de la glisse s'envolent toujours plus vite, plus haut, plus loin. Les structures comme la demi-lune dans laquelle Sarah Burke a connu son funeste destin ne cessent de gagner en volume. «Ces demandes-là viennent beaucoup, beaucoup des athlètes», affirme pourtant Patrice Drouin.
À titre de président et directeur général de Gestev, Drouin organise une étape de la Coupe du monde de surf des neiges pour une 14e année, à Québec, fin février. «Les commanditaires, la télévision et les organisateurs n'ont rien à voir là -dedans», assure Drouin. Ce sont les athlètes eux-mêmes, par la voix de leurs entraîneurs et de comités d'athlètes au sein des fédérations, qui demandent toujours à repousser les limites.
La demi-lune de la station Stoneham est similaire à celle de Park City. Les murs s'élèvent à 22 pieds et l'inclinaison du départ à l'arrivée est de 18,5°. La capitale québécoise avait été privée de l'épreuve de Coupe du monde à l'hiver 2006, à cause de sa demi-lune alors trop modeste.
«Et la demi-lune n'est pas vraiment considérée comme un sport dangereux. On pourrait dire que le Red Bull Crashed Ice est plus dangereux que ça», constate celui qui est aussi à la tête de la compétition de descente en patins à glace du Vieux-Québec.
Le vent et la qualité de la neige s'avèrent toutefois des facteurs cruciaux dans les disciplines de voltige, précise-t-il. Dans la demi-lune, les skieurs montent aussi plus haut que les planchistes.
Dans le cas de Burke, «il va certainement y avoir une enquête. Et le coroner va émettre des recommandations. Peut-être que ça va toucher les équipements de protection ou les conditions de piste. Ou peut-être va-t-on simplement conclure à un accident bête faisant partie des risques inhérents au sport.»
Aux commandes de compétitions de calibre mondial en snowboard, vélo de montagne, descente en patins et bientôt voile et ski de fond, Gestev n'a jamais vu l'un de ses participants subir de blessure vraiment sévère. Des cinq épreuves de planche présentées dans un mois, seule la sécurité du snowboardcross peut inquiéter Drouin. Les conditions météorologiques, souvent imprévisibles, influencent beaucoup l'état du parcours.
Avec La Presse et La Presse Canadienne