Rugby du Rouge et Or: l'Université interdit le calendrier des joueuses nues

Le 29 octobre, les filles de l'équipe de... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Le 29 octobre, les filles de l'équipe de rugby du Rouge et Or étaient tout sourire, alors qu'elles devenaient championnes provinciales de leur discipline.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

(Québec) «Extrêmement frustrées» et «déçues», les joueuses de rugby du Rouge et Or demeurent «toujours aussi fières» du calendrier où elles posent nues. Elles prennent acte de la décision de l'Université Laval d'en interdire la sortie, mais songent à le publier autrement.

Les 12 membres du conseil d'administration du club se réunissent d'urgence, ce matin, à 7h30. Les fameux clichés ne seraient pour l'instant en possession que de trois personnes, le photographe et deux administrateurs. La direction de l'Université aurait demandé de récupérer les fichiers en circulation, mais en vain. Même si le lancement était prévu vendredi soir, aucun exemplaire du calendrier n'avait encore été imprimé.

Comme chaque club du Rouge et Or travaille en relative indépendance à travers un organisme sans but lucratif, la possibilité de contourner l'Université est bien réelle. En l'absence de toute référence au Rouge et Or ou à l'Université Laval, le Club de rugby de Québec, dont font partie la plupart des joueuses du Rouge et Or, ou encore la Fédération de rugby du Québec pourrait prendre le projet sous sa gouverne.

Une option qui n'emballe pas trop les principales intéressées, de prime abord. «Nous sommes en réflexion, mais il n'y a pas beaucoup d'options», convient Christelle Paré, trésorière du club, ex-joueuse et membre fondatrice de l'équipe. «Les filles ne veulent pas partir en guerre contre l'establishment. Elles ne veulent pas risquer des sanctions. On a un bon programme de rugby, mais on ne voudrait pas détruire ce pourquoi elles ont travaillé», explique celle qui avait été nommée seule porte-parole officielle du groupe, mercredi.

Arguments de mauvaise foi

Les joueuses disent comprendre les arguments évoqués par les professeures Hélène Lee-Gosselin et Guylaine Demers, initiatrices de cette volte-face de l'institution. «Mais ces arguments sont basés sur des présomptions, des suppositions, sur des choses qui n'ont pas été vérifiées. Ce sont des arguments de mauvaise foi», affirme Mme Paré.

Toutes au début de la vingtaine, les athlètes-modèles se disent sensibles à l'hypersexualisation de la femme. «Ce qu'on voulait montrer, ce sont des corps différents, pas standards, avec des muscles, des bleus et des cicatrices. De dire que peu importe, vous êtes belles. C'est le message qu'on veut mettre de l'avant et les filles avaient écrit un beau texte qui expliquait tout ça à l'intérieur du calendrier.»

Quant aux revenus espérés pour financer les activités du club, Christelle Paré assure qu'ils sont secondaires. «On a fait ça pour passer un message, pas pour l'argent. Si les profits venaient avec, tant mieux, comme dans toute démarche artistique. Mais ce n'était pas une grosse source de revenu pour le club, on ne prévoyait pas en vendre des milliers. Il n'y a rien d'osé là-dedans. Tout est caché, rien n'est révélé», argue-t-elle. Le club de natation a lui aussi produit un calendrier de photos, plus suggestives, «mais ils sont en maillot», constate Mme Paré.

Celle qui a aussi joué au volleyball pour le Rouge et Or assure que malgré les remous, les filles du Rouge et Or rugby «n'ont pas changé d'idée, nos valeurs sont les mêmes». «On trouvera une façon différente et inventive de faire connaître nos valeurs.»

McNeil pourrait démissionner

Après avoir mené le Rouge et Or à un troisième championnat québécois universitaire en sept saisons d'existence du programme, il y a un mois, Bill McNeil serait prêt à démissionner. Entraîneur-chef de l'équipe de rugby de l'Université Laval depuis la naissance du club, M. McNeil soutenait ses joueuses à 100 % dans leur projet de calendrier de nus.

Le bouillant Écossais pourrait abandonner son poste si, par exemple, la direction de l'Université tente de le museler sur le sujet.

Exemple d'en haut

L'équipe canadienne de rugby a déjà produit un calendrier de nus artistiques de ses joueuses. Le quinze masculin de France fait fureur chaque année avec son calendrier Les dieux du stade. Le magazine américain ESPN publie son Body Issue annuel où des athlètes célèbres, femmes et hommes, apparaissent dans leur plus simple appareil.

En Europe, des étudiants-athlètes d'universités allemandes se sont dénudés pour l'objectif. Des étudiants non sportifs de la prestigieuse université d'Oxford, en Angleterre, l'ont fait pour une cause humanitaire. Impossible toutefois de trouver pareille initiative émanant d'une institution scolaire en Amérique du Nord.

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