Le retour des sportifs engagés

Le boycottage de l'hymne américain par Colin Kaepernick... (Archives AP, Marcio Jose Sanchez)

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Le boycottage de l'hymne américain par Colin Kaepernick (7), des 49ers de San Francisco, a fait tache d'huile auprès de certains de ses coéquipiers, chez d'autres équipes de la NFL et dans d'autres sports comme le basketball et le soccer féminins.

Archives AP, Marcio Jose Sanchez

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Jérôme Rasetti
Agence France-Presse
LOS ANGELES

Colin Kaepernick qui boycotte l'hymne américain, LeBron James qui soutient Hillary Clinton dans la course à la Maison-Blanche... Plusieurs sportifs américains de renom font entendre leur voix dans le débat politique, à rebours de décennies de silence incarnées par la mégastar du sport-business, Michael Jordan.

Avec San Francisco, Kaepernick a disputé en février 2013 le Super Bowl, mais jamais jusqu'à fin septembre il n'avait fait la une du Time, le prestigieux hebdomadaire américain. Pour décrocher cet honneur, rare pour un sportif, le métis de 28 ans coiffé d'une imposante coupe afro a fait un geste sacrilège aux États-Unis : lorsque résonne avant le match le Star-Spangled Banner, le quart-arrière pose un genou au sol, en signe de défiance à un pays qui, selon lui, opprime la communauté noire.

S'il a reçu des menaces de mort et est désormais conspué par une partie des spectateurs, Kaepernick n'est pas isolé. Il a notamment reçu le soutien de Tommie Smith, qui, lors des JO de 1968 à México, avait brandi un poing ganté de noir aux côtés de John Carlos sur le podium du 200 m pour protester contre la ségrégation raciale.

«Il est vilipendé, car il dit la vérité, il faut agir et ne pas rester assis sans rien faire [...], il y a encore beaucoup de batailles à mener, la guerre sera longue», regrettait récemment Smith dans le journal USA Today.

Changement radical

Le boycottage de Kaepernick a fait tache d'huile chez d'autres équipes de la NFL, dans d'autres sports aussi comme le basket et le soccer féminins.

«Nous assistons à une sorte de renaissance de l'idée du sportif engagé, ce nouvel activisme marque un changement radical par rapport à ce qui se faisait lors des 20 dernières années», constate Orin Starn, professeur d'anthropologie culturelle à l'université Duke.

«Alors que dans les années 60 et 70, des sportifs très connus comme Muhammad Ali (boxe), Billie Jean King (tennis) et John Carlos s'engageaient sur des questions sociales et politiques, comme les injustices sociales et les droits civiques, à partir des années 80, on a vu l'émergence du sportif-businessman qui s'intéressait plus à ses commanditaires, à devenir le meilleur possible, faisant parfois des dons à des causes ne suscitant pas la controverse.»

Michael Jordan, qui a remporté six titres de la NBA avec les Bulls de Chicago dans les années 90 et fait exploser la popularité du basket à travers le monde, est l'archétype du «sportif-businessman» à qui l'on a attribué la phrase «Les républicains aussi achètent des baskets» pour justifier son absence des débats politiques.

«Jordan était concentré sur son ambition de devenir le meilleur joueur de l'histoire et sur ses contrats avec Nike. Il a défini un cadre pour toute une génération de sportifs. Le golfeur Tiger Woods a suivi l'exemple de Jordan en évitant d'aborder tout sujet délicat», rappelle Starn.

Ali, «l'animal politique»

Quelques semaines avant Kaepernick, LeBron James et trois autres stars de la NBA (Carmelo Anthony, Chris Paul et Dwyane Wade) avaient dénoncé les violences policières ayant conduit aux morts brutales de Noirs non armés, dénoncées dans des manifestations à travers tous les États-Unis du mouvement «Black Lives Matter» .

«Le système est cassé, il faut que cela cesse», avait lancé James lors d'une prestigieuse cérémonie de remise de prix récompensant les meilleurs sportifs. «King James» s'est aussi engagé dans la campagne présidentielle en soutien de la candidate démocrate Hillary Clinton, opposée à Donald Trump.

«LeBron a toujours été un citoyen engagé, mais il ne sera jamais l'animal politique qu'était Muhammad Ali», estime Starn, en notant que «les sportifs engagés restaient une minorité». «La question est de savoir si ce nouvel engagement des sportifs ira au-delà du problème des jeunes Noirs tués par la police. Est-ce que Kaepernick va inciter des sportifs à s'engager sur des dossiers comme la Syrie, la pauvreté aux États-Unis, les dangers d'une victoire de Trump?»

Un élément de réponse a déjà été donné début octobre après le deuxième débat présidentiel où Trump a justifié ses propos dégradants sur les femmes, en les qualifiant de «discussions de vestiaires». Plusieurs sportifs de renom ont réagi, sur Twitter, pour assurer qu'ils n'avaient jamais entendu de tels propos dans leurs vestiaires, mais aucun n'a appelé à faire barrage à Trump.

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