Le vrai combat de Philippe coeur de lion

Dysphasique et limité physiquement, Philippe Sneddon n'en vise... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Dysphasique et limité physiquement, Philippe Sneddon n'en vise pas moins une place en grande finale du 36e Québec Open de karaté, samedi soir, sous les projecteurs du PEPS de l'Université Laval.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) «Entraîner Philippe ou Georges St-Pierre, c'est deux mondes aussi valorisant l'un que l'autre. Le sentiment de fierté est le même, mais pour des raisons très différentes.»

Samuel Gagnon est quatre fois champion du monde de karaté. Le propriétaire de la franchise de Val-Bélair des Studios unis d'autodéfense épaule GSP dans le perfectionnement de ses techniques en vue d'un éventuel retour dans l'octogone. Mais Philippe Sneddon n'est pas impressionné par les accointances de son entraîneur avec l'ancien champion de l'UFC et vedette planétaire. Il ne le connaît même pas.

Lui, c'est les films de James Bond qui l'intéressent. Philippe est dysphasique, un trouble du langage doublé dans son cas de limitations physiques comme l'absence de ligament croisé derrière les genoux. Cela fait qu'il ne peut pas courir et que son équilibre reste précaire. Le jeune homme combine les mots et le langage des signes pour s'exprimer, avec un peu d'aide de sa mère pour les besoins de l'entrevue.

«Je veux être dans le spectacle!» lance le rouquin, en souriant. Pas de doute. S'il a parfois de la difficulté à le dire, Philippe n'en sait pas moins ce qu'il veut. Au 36Québec Open, il vise une place en grande finale du samedi soir, sous les projecteurs du PEPS de l'Université Laval.

Pour ce faire, dès 9h samedi, il concourra deux fois. D'abord en kata traditionnel dans la catégorie réservée aux handicapés, puis armé de son bo, ce long bâton japonais, aux côtés de karatékas ordinaires. «Une immense preuve de courage», souligne son coach, le sachant parfaitement conscient de ses chances de finir dernier contre les «normaux».

Le meilleur aux push-ups

Celui qui pratique le karaté depuis l'âge de neuf ans, période interrompue par quatre années chez les cadets, enserre sa taille d'une ceinture brune ornée du deuxième kyu, avant-dernier échelon avant la ceinture noire. Ce qu'il aime le plus dans ce sport? «Les push-ups!» répond-il sans hésitation.

Senseï Samuel a d'ailleurs souvent envie de l'amener à l'avant de la classe pour le montrer en exemple. «C'est lui qui fait les plus beaux push-ups! Il finit souvent dernier, mais si j'en ai demandé 25, il va en faire 25, jamais un de moins». Et cette ceinture n'a rien de bonbon, précise Gagnon. Elle a nécessité à Philippe autant d'effort que n'importe qui, sinon plus. «Il la mérite.»

Ses chances de prendre part au grand spectacle de samedi soir sont véritables. Cet hiver, lors de compétitions locales tenues au Patro Roc-Amadour, Sneddon a eu le dessus à deux reprises sur celui qui dominait la catégorie depuis longtemps.

Le karaté continue, mais il est sur le point de tourner une page importante de sa vie de jeune adulte. Comme il a 21 ans, il termine l'école en juin. «J'ai hâte», confie-t-il. Prêt à passer à autre chose.

Prêt à rejoindre à temps plein son poste au McDo de Val-Bélair, à l'entretien ménager. Nettoyer les tables, vider les poubelles, remplir la pompe à ketchup et la boîte à serviettes de table. Mais ce qu'il apprécie par-dessus tout, c'est de rencontrer les gens. Qui lui rendent son sourire contagieux avec plaisir.

Sinon, il continuera de s'entraîner de six à sept heures par semaine, à raison de trois cours de karaté et de deux séances de musculation. Car ses muscles jouent un peu à cache-cache avec lui. Ce qui ne l'a jamais empêché d'être presque aussi actif que ses deux jeunes frères, lui qui a déjà essayé le soccer et le ski de fond et qui pratique aujourd'hui aussi tricycle et natation.

Gagnon croit dur comme fer qu'«il fera son chemin dans la vie à la mesure de ses limitations». «Ce que Philippe vient chercher dans le karaté, c'est surtout la confiance. Il se dit que s'il a réussi ça, il peut réussir autre chose. En fait, c'est la même chose pour tous nos élèves», conclut-il.

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