Collaborer pour protéger les enfants autistes

En ce début d'année scolaire, je vous raconte une histoire vraie (seuls le nom... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

Photothèque Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Point de vue
Le Soleil

(Québec) En ce début d'année scolaire, je vous raconte une histoire vraie (seuls le nom et les dates ont été changés) vécue par l'un de mes petits patients et sa famille. En espérant que cette histoire aidera à ouvrir les yeux et à protéger les plus vulnérables.

Automne 2014. Mathieu est en première année à son école de quartier, en classe ordinaire. C'est un enfant intelligent, doux, qui exprime des réflexions touchantes et étonnantes. Il peut compter sur des parents formidables. Mathieu a toutefois des besoins particuliers liés à une condition «invisible» : il est autiste, sans déficience intellectuelle - un autiste de haut niveau de fonctionnement comme on l'entend souvent. Le soir, à la maison, Mathieu est irritable et fait des crises, ce qu'il n'avait jamais fait avant. 

Lors du rendez-vous en pédopsychiatrie, nous arrivons à la conclusion que, comme pour plusieurs enfants autistes, sa journée d'école l'épuise (trop de stimulation, trop d'imprévus, trop d'incompréhension, etc.). Les parents réorganisent leur horaire de travail pour lui éviter d'aller au service de garde. Ils demandent une rencontre avec l'école où ils exposent clairement les difficultés et les besoins de leur garçon et remettent une lettre médicale dans laquelle je précise les défis que l'autisme de Mathieu entraîne et les adaptations dont il a besoin. Or, l'école nie les besoins d'adaptation. On allègue que l'autisme de Mathieu ne paraît pas. L'aider serait l'ostraciser, selon eux. 

Mais la condition de Mathieu n'est pas si invisible que cela. Du moins, pas aux yeux de ses pairs. Et certains profitent de sa différence. Automne 2015, Mathieu est victime d'intimidation. Or, comme plusieurs enfants autistes, il ne reconnaît pas cette violence à son égard. Il pense même que certains de ses intimidateurs sont ses amis. Mais, il souffre en silence. Un soir, sa petite soeur raconte à sa maman qu'elle a vu des enfants intimider son frère à la récréation. Les adultes ne sont pas intervenus lorsqu'elle a demandé de l'aide. Les parents communiquent avec l'école pour trouver une solution avec eux. Rien ne sera fait. On leur répond que si Mathieu ne reconnaît pas qu'il est intimidé, il ne peut pas en souffrir (oui, vous avez bien lu).  

Automne 2016. Mathieu est en 3e année et il obtient de bons résultats scolaires. Mais il est de plus en plus anxieux. L'entrevue que je fais avec lui permet de conclure que l'intimidation à l'école persiste et contribue à cette anxiété. Les parents tentent à nouveau d'obtenir la collaboration de l'école. On réplique ne pas avoir remarqué d'anxiété chez Mathieu. Il n'y a donc rien à changer à l'école.  

Printemps 2017. Un soir, à l'heure du bain, les parents aperçoivent une immense ecchymose sur la cuisse de Mathieu. En le questionnant, ils apprennent qu'un pair lui a donné un coup de bâton. Les parents rencontrent la direction d'école. On enquête. L'agresseur nie tout. On accuse Mathieu de mentir et on ferme le dossier. Il s'agit d'un «non-événement», conclut la direction. Or, Mathieu n'a pas menti, je peux vous l'assurer.

Septembre 2017. Mathieu a 9 ans. C'est la rentrée. Pour sa protection et dans son intérêt, ses parents ont décidé de le changer d'école. Mathieu pleure. La nouvelle école est loin. Il doit prendre l'autobus. Il ne voulait pas changer d'école. Comme pour plusieurs enfants autistes, les changements sont une source de grand stress et le déstabilisent. Ses intimidateurs, eux, sont demeurés à leur école de quartier, heureux de retrouver leur gang et leurs repères. 

Cette histoire ne révèle que quelques épisodes de l'expérience scolaire vécue par Mathieu et ses parents. Je vous épargne toutes les démarches faites par les parents et nous, les professionnels hors milieu scolaire, pour que Mathieu reçoive les services auxquels il avait droit et que cesse l'intimidation. Et je n'ai pas parlé de toute l'énergie déployée par Mathieu et ses parents, lors, et entre ses rendez-vous en réadaptation et en pédopsychiatrie pour apprendre à gérer son anxiété et ses peurs, ainsi que pour développer des habiletés pour reconnaître l'intimidation, l'éviter et la dénoncer.

J'ai côtoyé, dans ma pratique, des professionnels en milieu scolaire dévoués, à l'écoute des besoins des enfants et partenaires des parents, mais, aussi, hélas, plusieurs qui refusent d'entendre les parents, nient l'existence des besoins des enfants autistes ou qui ignorent l'opinion émise par des professionnels hors milieu scolaire.  

Une collaboration réciproque (j'utilise le pléonasme volontairement) école - parents, une ouverture à voir ce qui est invisible et une confiance mutuelle entre les professionnels des milieux scolaires et de la santé sont essentielles pour mieux accompagner nos enfants autistes. Concernant spécifiquement l'intimidation, il faut non seulement la condamner de toutes nos forces, mais aussi être vigilants face aux enfants autistes. Il faut ouvrir l'oeil. Les écouter. Les aider à reconnaître les gestes et mots répréhensibles, à les éviter et à les dénoncer. Leur expliquer clairement quand, comment, à qui demander de l'aide et comment on peut les aider et répondre à leurs demandes à l'aide. 

Je vous laisse sur une phrase de Mathieu, mon héros. Une phrase tout à la fois tragique et pleine d'espoir. À son professeur qui lui demandait ce qu'il aimait dans sa nouvelle école il a répondu : «Je me sens bien et en sécurité.» 

Francine Ouellet, MD, psychiatre de l'enfant et de l'adolescent, maman. Avec l'autorisation de Mathieu (nom fictif) et de ses parents




publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer