Pharmaciens: une mesure abusive

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Depuis vendredi, les pharmaciens ont l'obligation de préciser sur leurs factures la marge du distributeur, ainsi que leurs honoraires.

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Le Soleil

(Québec) Depuis vendredi, la loi québécoise (loi 92) oblige les pharmaciens à divulguer à leurs clients les honoraires et la marge bénéficiaire du grossiste sur les médicaments qu'ils vendent au Québec sous les auspices d'un régime privé. Sous le vernis de la volonté du ministre Gaétan Barrette d'offrir aux clients des pharmacies un outil «pour mieux magasiner» leurs médicaments, on découvre rapidement que la loi 92 déploie un interventionnisme débridé de l'État qui crée une brèche importante dans les fondements de la libre entreprise et du droit au secret commercial, et dont les conséquences risquent de ne pas être anodines.

En effet, comme tous les entrepreneurs, les pharmaciens oeuvrent dans un univers où ils sont en compétition les uns avec les autres et où les clients peuvent faire leurs achats dans la pharmacie de leur choix. Comme tous les chefs d'entreprise, ils prennent des risques d'affaires, déploient des stratégies marketing pour attirer et retenir la clientèle et ont des réalités qui diffèrent grandement en fonction de leur taille, de leur localisation, de leur clientèle, etc. Comme dans tous les secteurs, certains choisissent d'avoir des marges de profit plus ou moins élevées en fonction de leur réalité propre et des stratégies commerciales qu'ils adoptent. 

Alors pourquoi les pharmaciens devraient-ils être traités différemment des autres entrepreneurs par le gouvernement, en ayant désormais l'obligation de divulguer des composantes de leur marge de profit à leurs clients? Aussi, s'est-on demandé quelles seront les conséquences de cette obligation sur ces PME et sur la compétitivité de toute cette industrie à moyen et à long terme? Certes, les Québécois ont droit d'avoir accès à des médicaments à des prix compétitifs. Toutefois, le système de transparence instauré par le gouvernement risque fort de désavantager certains petits joueurs qui ne disposent pas de la même marge de manoeuvre ou du même volume d'affaires que leurs compétiteurs de plus grande taille. On peut aussi penser que cette entorse au libre marché fera encore plus mal en région où, au lieu d'avantager la population avec une telle mesure, on provoquera à terme une diminution des services, voire même la disparition de petites pharmacies indépendantes.

Soyons clairs : un tel interventionnisme étatique est incompatible avec les lois et les fondements de l'entreprise privée et risque d'entraîner plusieurs conséquences sournoises qui n'ont pas été correctement évaluées. 

Comme gens d'affaires, nous ne pouvons cautionner une telle remise en question de principes si fondamentaux - comme le secret commercial -  qui guident les économies ouvertes de marché depuis toujours. Cela est d'autant plus vrai que, les gouvernements étant ce qu'ils sont, on ouvre la porte à d'autres actions similaires dans d'autres secteurs d'activité où, drapés sous le voile du soi-disant intérêt public, on trouvera un jour, moult bonnes raisons d'appliquer la même médecine à d'autres secteurs d'activité, sans égard, encore une fois, aux effets secondaires qu'on risque de provoquer. Dans toute sa sagesse, ma grand-mère disait souvent ceci : «Si c'est bon pour pitou, c'est bon pour minou!» C'est justement ce qui devrait inquiéter plusieurs entrepreneurs québécois avec la loi 92 : qui sera le prochain minou?

Martine Hébert, vice-présidente principale, Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI)




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