Les psychologues évacués des écoles

Selon l'auteure, «les commissions scolaires ne semblent pas... (Archives La Presse)

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Selon l'auteure, «les commissions scolaires ne semblent pas avoir compris les enjeux auxquels font face les écoles. Les difficultés des élèves deviennent de plus en plus complexes. Les temps ont changé et les modes de vie ont bouleversé les sociétés.»

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Le Soleil

(Québec) Le milieu de l'éducation a écopé des pires compressions depuis plus d'une décennie. Après des années de vache maigre, le gouvernement décide de redresser la situation. Nous pourrions dire que l'éducation ne serait plus l'orpheline du système pour un bout de temps peut-être. De l'argent a été investi et des budgets alloués aux Commissions scolaires pour soutenir la réussite des élèves.

Toutefois, il suffit d'un regard rapide sur les plans d'effectifs pour blêmir. Et pour cause, les commissions scolaires semblent afficher un désir indéfectible d'investir dans tout, sauf dans les services psychologiques.

En effet, les plans d'effectifs des deux grandes commissions scolaires sur l'ile de Montréal nous révèlent que l'une s'est contentée d'un poste et des poussières. L'autre n'a pas fait mieux avec trois postes.

Les commissions scolaires ne semblent pas avoir compris les enjeux auxquels font face les écoles. Les difficultés des élèves deviennent de plus en plus complexes. Les temps ont changé et les modes de vie ont bouleversé les sociétés. Or, les écoles sont l'endroit où culminent les conséquences de ces changements qui ont fait émerger des besoins des plus urgents. La vague d'immigrants nouvellement installés est une autre donne qui rajoute à la complexité de la situation.

Le discours officiel reconnait ces changements et les enjeux qui y sont rattachés. Durant la semaine de santé mentale, l'accent a été mis sur le rôle de l'école comme première ligne pour identifier, dépister et intervenir. Avec quoi et par qui?

L'écart demeure important entre le discours et les actes. Tout en se plaignant de la pénurie des psychologues et des difficultés et limitations dans les interventions que cette pénurie engendre, les CS ne joignent pas l'acte à la parole. La porte-parole de la Fédération des commissions scolaires scande dans les médias qu'il y a une pénurie de psychologues, mais «de toute façon, les commissions scolaires arrivent à pallier au manque en faisant appel à d'autres types de professionnels». Ce propos qui n'a fait réagir que mollement la Fédération des professionnels et professionnelles de l'éducation est grave parce qu'il consacre et conforte une tendance déjà constatée sur le terrain; celle de remplacer les psychologues par d'autres intervenants. Est-ce là une façon de dire que faire des études doctorales en psychologie est une perte de temps puisque n'importe qui peut faire ce travail? C'est comme si un ingénieur pouvait faire le travail d'un médecin et un menuisier celui d'un plombier. Nous entrons par là dans l'ère de la médiocrité où les rôles sont interchangeables et les expertises sont méconnues. On introduit de ce fait ce modèle dans les écoles auprès de la clientèle la plus fragile qui soit. Les enfants.

L'ordre des psychologues du Québec est directement interpellé dans ce dossier pour assurer la protection du public et mettre en place les mécanismes à même de surveiller les interventions qui se font auprès d'une population fragile. La campagne lancée il y a quelques années «Ne laisser personne entrer dans votre tête» est tout à fait d'actualité dans le milieu de l'éducation où la pénurie des psychologues réelle - et artificielle de par le choix de ne pas les recruter - laisse un champ libre pour toutes sortes de pratiques sous des appellations variées. Elle ne sera pas présentée comme une psychothérapie, mais c'est comme si. Le danger n'est pas seulement que des interventions soient faites sans réelle évaluation des besoins et du fonctionnement et par des personnes qui n'ont pas les qualifications requises et qui ne veillent pas à obtenir les autorisations nécessaires ni de mettre le cadre indispensable pour bien mener l'intervention, mais aussi lorsque l'affectation d'une intervenante n'ayant pas les compétences nécessaires auprès d'un enfant donne l'impression que la situation est sous contrôle alors qu'elle ne l'est pas.

Dans la perspective d'un projet favorisant l'accès universel à la psychothérapie, tout en mettant en garde contre ce modèle qui limite les services psychologiques à la psychothérapie, l'accessibilité aux services de psychologie dans le secteur de l'éducation est à deux vitesses : les parents qui ont des moyens financiers et des assurances - souvent les mêmes - se tournent vers les services privés. Et les autres demeurent en attente parfois plus d'une année, voire plus.

Les commissions scolaires se sont longtemps cachées derrière le prétexte des diminutions de budgets pour ne pas recruter des psychologues en introduisant petit à petit l'impression qu'un psychologue est un luxe que l'école ne peut s'offrir. Elles auront du mal à expliquer cette fois-ci le peu d'engagements à en recruter en dépit des caisses renflouées sauf peut-être en rejetant la responsabilité sur les psychologues qui boudent le milieu de l'éducation. Il faudra peut-être se pencher sur les raisons de cette fuite. Rappelons d'abord que pendant presque quatre années, les psychologues du secteur de l'éducation ont été sous-payés par rapport à leurs collègues du secteur de la santé. Un précédent d'une rare gravité pour le secteur public où deux psychologues détenant le même diplôme et assurant les mêmes fonctions se trouvent payés différemment selon le milieu de pratique. Qu'y a-t-il de plus dévalorisant pour le secteur? Cet état de fait a précipité le déclin des services psychologiques dans les écoles. Par ailleurs, il sera difficile d'attirer des psychologues dans un milieu peu compétitif et disons-le, n'offrant pas autant d'opportunités que le travail au privé ou dans les autres secteurs. Les employeurs sont appelés donc à faire preuve de lucidité, de flexibilité et de volonté pour améliorer les conditions salariales et de travail des psychologues.

Dre Salha Saidapsychologue, Montréal




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