Percée de la Russie en Amérique latine

Le Venezuela est le plus important importateur d'armes... (AP, Ricardo Mazalan)

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Le Venezuela est le plus important importateur d'armes russes au niveau mondial. Et le pays expédie à la Russie de grandes quantités de pétrole pour rembourser les prêts que Moscou lui a consentis.

AP, Ricardo Mazalan

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Point de vue
Le Soleil

La Russie s'est invitée dans la crise vénézuélienne. L'appui financier russe au gouvernement Maduro l'empêche de s'effondrer sous une avalanche de dettes. Le pays est non viable économiquement et politiquement. La Russie a intérêt à maintenir le régime en place en s'appropriant ses ressources pétrolières pour ainsi consolider ses intérêts géo­stratégiques en particulier vis-à-vis des États-Unis.

Le Venezuela est le plus important importateur d'armes russes au niveau mondial. En 2005, le gouvernement Chavez a signé pour 4,4 milliards $ de contrats d'armements y compris des avions de chasse, des hélicoptères, des systèmes de missiles antiaériens et des fusils Kalashnikov, les favoris de la guérilla. Pour un pays qui n'est pas en guerre, c'est ahurissant. Et aujourd'hui, le régime Maduro possède 5000 missiles antiaériens.

Cette avalanche d'armes nourrit la répression et propage l'instabilité dans la région par le commerce illégal qui en résulte, le trafic de narcotiques et la piraterie dans la mer des Caraïbes.

Le Venezuela est un des plus gros exportateurs de pétrole au niveau mondial. Le pétrole brut et raffiné représentait, en 2016, 98,6 % de l'ensemble des exportations vénézuéliennes. PDVSA, la société d'état vénézuélienne, détient le monopole sur les ressources pétrolières du pays. Or elle est au bord de la faillite. La production de l'industrie pétrolière est en chute libre, ayant diminué de plus de 18,4 % depuis 2015, soit la plus importante réduction des pays de l'OPEP après le Gabon. L'effondrement du prix du pétrole, la corruption et la politisation de son personnel à la suite des congédiements massifs des experts de PDVSA sont la cause de sa débandade financière.

D'ici la fin de 2017, le gouvernement doit rembourser plus de 5 milliards $ de dette, essentiellement des obligations de PDVSA, sans compter les milliards en intérêts. Selon Fitchs Ratings, une des trois plus importantes agences de notation de crédit au niveau mondial, il est «probable» que la société d'État fasse défaut de paiement d'ici la fin de l'année. Elle estime un recouvrement de seulement 31 % à 50 % de ses actifs; une catastrophe.

Un ours prédateur

Depuis 2006, la Russie a prêté environ 17 milliards $ à Caracas tandis que les prêts chinois se chiffrent à environ 60 milliards $ depuis 2014. Le Venezuela doit rembourser cette montagne de dettes par des livraisons de pétrole, mais il n'arrive pas à rencontrer les échéances et à satisfaire ses besoins de liquidités pour les opérations du gouvernement. Il a vu sa dette exploser lorsque le prix du pétrole a chuté de 30 $ le baril. Le Venezuela doit donc expédier à la Russie près de deux fois plus de barils de pétrole brut qu'avant la chute. Il doit alors emprunter encore plus. 

Or la stratégie russe consiste à garantir les crédits et mettre la main sur une partie croissante des champs pétrolifères vénézuéliens. C'est une opportunité en or pour négocier à rabais. La Russie a restructuré trois fois la dette de la société vénézuélienne à la suite de défauts consécutifs de paiement. En échange de liquidités et de crédit additionnel, PDVSA procède à une «vente de feu» d'une partie de ses actifs. Rosnelf obtient donc une participation toujours grandissante des champs pétrolifères de même qu'une part croissante de ses exportations de pétrole brut. Le régime Maduro a changé un cheval borgne pour un aveugle.

Rosnelf a cédé 49,9 % de sa subsidiaire américaine CITGO, en vue d'obtenir en échange un accroissement de ses intérêts dans les réserves pétrolières du pays. Il craint que des sanctions américaines contre la Russie l'empêchent de prendre le contrôle de CITGO. L'ours russe est devenu un prédateur des ressources pétrolières vénézuéliennes pour servir ses intérêts géostratégiques.

La faillite PDVSA ou un défaut souverain pousserait le pays encore plus dans les griffes de l'ours russe. Poutine n'a pas laissé tomber le despote syrien. Il n'abandonnera pas la dictature vénézuélienne. Mais rien ne garantit que Moscou acceptera de renflouer encore une fois PVDSA sans consolider l'ordre totalitaire du pays. Maduro pourrait être sacrifié dans une révolution de palais visant à donner un nouveau visage à la dictature et imposer une stabilité à la cubaine.

Rosnelf détient déjà environ 40 % de cinq des projets pétroliers majeurs du Venezuela et serait en négociation pour une participation dans neuf autres projets majeurs. Selon le président de PVDSA, la Russie deviendra «le plus grand partenaire pétrolier du pays». Pour Moscou, les affaires pétrolières sont liées aux intérêts géopolitiques. Avec un contrôle croissant de la gestion des projets pétroliers de PVDSA, Moscou sera bientôt en mesure d'exercer une emprise considérable sur le gouvernement totalitaire. La Russie n'aura jamais bénéficié d'un tel avantage stratégique en Amérique latine.

La montée du pouvoir russe au coeur de l'Amérique; voilà un haut risque de la crise vénézuélienne. C'est un coup dur pour les intérêts géostratégiques américains en Amérique latine.

Gerard Latulippe, Candiac




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