Cégeps et numérique: ce n'est pas la vision qui manque...

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Selon notre lecteur, les cégeps ont besoin de la même volonté politique et du même dynamisme collectif grâce auxquels ils nous ont fait émerger de la noirceur il y a 50 ans.

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Point de vue
Le Soleil

En réaction à la lettre ouverte «Assurer l'actualisation des formations techniques», parue le 24 août

D'entrée de jeu, je voudrais remercier Vincent Tanguay d'intervenir dans l'espace public au sujet de la formation collégiale. Son point de vue est extrêmement intéressant et rejoint plusieurs préoccupations des cégeps devant les défis que le Québec devra relever. Il nous prête cependant, en tant que réseau, beaucoup plus de latitude que celle dont nous disposons vraiment.

Tout comme M. Tanguay, nous sommes au fait des exigences qui découlent de la quatrième révolution industrielle, de même que des enjeux liés au virage numérique. Sur ce dernier point, la Fédération des cégeps a déposé l'un des mémoires les plus fouillés lors de la consultation gouvernementale sur la stratégie numérique, selon les dires des représentants du gouvernement. Nous avons également tenu sur cette question un important colloque.

Nous siégeons par ailleurs à la Commission des partenaires du marché du travail, ce qui nous amène à côtoyer les représentants des entreprises. Il va donc sans dire que nous connaissons les besoins du marché du travail. Sans oublier, bien sûr, les exigences de ceux qui sont au coeur de la mission des 48 cégeps : les jeunes et les adultes en formation, qu'elle soit initiale ou continue, car il faut se rappeler qu'on doit désormais apprendre tout au long de la vie.

Le portrait que brosse Vincent Tanguay est fidèle à la lecture que nous faisons nous-mêmes des besoins émergents. Nous adhérons à l'idée qu'il faut, de manière urgente, réduire les délais inhérents à la révision ou à la création des programmes techniques. Et c'est relativement à cette situation que, comme je l'évoquais plus haut, M. Tanguay nous accorde une autonomie dont nous ne pouvons que rêver, malgré nos appels répétés au changement à cet égard.

La révision des programmes d'études des cégeps relève du ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, qui peut prendre plusieurs années avant de terminer l'exercice, à partir du moment où il accepte de l'entreprendre. Même si les cégeps sont déjà mobilisés devant les défis qui nous attendent collectivement, je suis forcé de signaler aussi qu'un grand nombre d'obstacles brident le leadership et la capacité d'adaptation des cégeps, les empêchant de jouer pleinement leur rôle.

Ces obstacles, ils sont réglementaires, les récentes modifications gouvernementales au règlement qui régit l'enseignement collégial n'apportant aucun changement significatif aux programmes de diplômes d'études collégiales (DEC). Ils sont aussi de nature financière, comme le soulève M. Tanguay. Le modèle de financement des cégeps est dépassé et n'offre qu'une solution partielle devant les réalités économiques et sociales variables selon la région. Le développement d'un financement plus autonome des cégeps doit aussi être soutenu. Ce sont là des enjeux avec lesquels les cégeps composent depuis de nombreuses années, sans oublier qu'ils ne se sont pas encore remis des compressions budgétaires qui les ont fragilisés alors qu'ils auraient dû être en développement.

Les cégeps sont depuis longtemps des «visionnaires sur l'avenir du travail», tels qu'évoqués par M. Tanguay. Ils travaillent chaque jour avec les jeunes qui bâtiront notre avenir collectif, ils sont en contact constant avec les représentants du monde économique, scientifique et technologique, et revoient leurs pratiques en collaboration avec le milieu du travail. Ils ne peuvent donc faire autrement que de regarder en avant et d'anticiper les besoins et les changements de notre société. 

C'est dans cette perspective qu'ils ont adhéré aux pistes du rapport du chantier sur l'offre de formation collégiale (rapport Demers) ou encore applaudi à l'avis du Conseil supérieur de l'éducation sur l'instauration de nouveaux diplômes collégiaux. Sur toutes les tribunes, depuis au moins une décennie, la Fédération des cégeps a démontré l'urgence de briser le carcan qui empêche les établissements de son réseau de contribuer davantage au progrès social et économique du Québec. Ces demandes sont toujours en attente de réponses.

Il faut le répéter : le cégep est un succès, il a contribué à extirper le Québec de la «grande noirceur», il a permis à deux millions de jeunes d'obtenir un diplôme de l'enseignement supérieur en 50 ans, il a fait du Québec une société moderne, prospère et plus égalitaire. Quand M. Tanguay affirme, pointant les grandes entreprises, qu'il est de «leur devoir social d'investir dans les équipements de pointe dans les établissements», nous pourrions ajouter qu'il est de la responsabilité de tous - gouvernements, entreprises, regroupements d'affaires, acteurs du monde de l'éducation et individus - de poser des gestes afin que puisse évoluer pleinement l'un de nos meilleurs outils pour assurer demain notre bien-être à tous.

Les cégeps ont déjà un pied dans l'avenir. Pour nous y entraîner comme société, ils ont besoin de la même volonté politique et du même dynamisme collectif grâce auxquels ils nous ont fait émerger de la noirceur il y a 50 ans.

Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps




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