Des mots qui peuvent tuer l'espoir de mon fils

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Un jeune s'étant découvert une passion pour le métier de barbier s'est fait dire par une employée d'un Centre local d'emploi de débuter de «vraies» études, au grand dam de sa mère.

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Point de vue
Le Soleil

(Québec) Lettre au ministre de l'Emploi et la Solidarité sociale, François Blais

Bien que je ne vous tienne pas personnellement responsable du comportement et de l'attitude des employés de votre ministère, j'estime que, en tant que ministre, vous êtes responsable de tout ce qui s'y produit. Ainsi, j'aimerais attirer votre attention sur l'attitude navrante d'une employée du Centre local d'emploi (CLE) de la route de l'Église, à Québec, qui vient de commencer à intervenir dans le dossier de mon fils parce que celui-ci a changé de secteur. 

Mais, d'abord, quelques mots sur mon fils pour vous raconter son expérience de décrocheur. Il y a de ces gens pour lesquels le système scolaire ne convient tout simplement pas : mon fils est l'une de ces personnes. Dès la maternelle, nous avons su que son parcours scolaire serait difficile, pas par manque de capacités, mais par manque d'intérêt et de volonté de se conformer au moule de l'école. 

Il est passé par le cycle Ritalin : consultations avec un psychologue, évaluations, plans d'intervention, et ainsi de suite. Il a doublé sa 4e année et ses deux premières années du secondaire, puis il a décroché complètement après le 3e secondaire. Vous dire, je l'ai même envoyé dans un pensionnat de la région en pensant qu'un encadrement plus soutenu l'aiderait. Cela l'a effectivement aidé; sans ces gens, il aurait assurément décroché avant.

Après l'échec de l'expérience scolaire, je dirais que mon fils a erré pendant neuf ans, alternant «jobines», tentatives de retour aux études, et périodes prolongées de vide et de découragement. Puis, au cours des trois dernières années, il a traversé des périodes vraiment noires avec des pensées suicidaires à quelques reprises. Nous l'avons accompagné du mieux que nous pouvions, il a consulté un médecin, vu une psychologue, puis il a marché sur son orgueil et s'est résigné à demander de l'aide sociale à l'automne 2016. 

Ç'a été la meilleure décision de sa vie parce que cela lui a permis de s'inscrire à un programme visant les jeunes de son âge. Toutes les semaines ou presque pendant environ neuf mois, il a rencontré une intervenante du Carrefour jeunesse emploi (CJE) qui l'a aidé à cheminer dans les choix à faire pour se prendre en main.

C'est donc avec cette intervenante qu'il a d'abord envisagé de compléter ses études secondaires et de poursuivre au cégep, pour finalement, au bout de nombreux mois, avoir l'honnêteté de se dire qu'il devrait plutôt se tourner vers un autre type de formation étant donné son peu d'intérêt pour le moule collégial. C'est ainsi que son intervenante a fait quelques démarches auprès de jeunes barbiers (oui, des barbiers, pas des coiffeurs) qui ont des entreprises en plein essor pour demander comment ça fonctionnait si un jeune homme était intéressé à devenir barbier. Mon fils a fait le reste : il a appelé Max le barbier, cofondateur des salons KRWN, et s'est fait expliquer le processus à suivre pour devenir barbier. 

Je saute ici les détails, mais sachez que ces jeunes entrepreneurs-barbiers ont développé une formation maison (il n'existe aucune formation de barbier sanctionnée par l'État) qui prévoit une période de formation avec différentes étapes : prospect, apprenti, barbier et maître-barbier. Mon fils a tout de suite embarqué, et ça dure depuis deux mois. 

Vous trouvez que c'est bien peu? C'est un record dans la vie de mon fils. Il aime tellement ce nouveau travail qu'il a investi pour acheter la trousse de barbier de départ qui vaut plusieurs centaines de dollars. Voyez-vous, il a trouvé bien plus qu'un travail, il a trouvé un milieu de travail avec des gens qui lui ressemblent : un peu artistes, qui aiment les relations avec la clientèle, qui ont le goût d'innover et qui sont avant tout une grande famille. Mais une grande famille qui a le sens des affaires : KRWN a plusieurs salons à Québec et s'apprête à en ouvrir un à Montréal.

Bref, cette longue mise en contexte pour vous informer que l'employée du CLE qui vient d'arriver dans le dossier de mon fils lui a d'abord fait subir un interrogatoire en règle concernant l'arrangement avec le salon, sous-entendant au passage que leur façon de faire était illégale, malgré le fait que l'intervenante du CJE ait encadré cette démarche et l'obtention de cet emploi. Puis, en conclusion d'une autre conversation à saveur d'interrogatoire, elle lui a dit qu'il pourrait recommuniquer avec elle si jamais il décidait de faire de «vraies» études. De «vraies» études??? Dire ça à un jeune qui peine à reconstruire son estime de lui? Qui a été dans un vide complet pendant neuf ans et qui a déjà pensé se suicider? Qui a enfin trouvé sa voie et qui s'y investit entièrement? Nul besoin de vous dire qu'il est bouleversé et furieux, et moi aussi.

Je ne sais pas quelle formation vous exigez pour les agents qui servent la clientèle des CLE, mais elle est de toute évidence déficiente si une agente croit qu'elle peut se permettre d'avoir ce comportement et de lâcher de telles expressions assassines. N'est-elle pas là pour aider la clientèle des CLE par une attitude professionnelle et humaine? Et puis, que valent de «vraies» études quand un jeune a enfin réussi à se prendre en main après des années d'errance et de détresse? Je prévois déposer une plainte au CLE visé, mais de votre part, j'attends que vous m'expliquiez les mesures que vous comptez prendre pour minimiser les chances qu'un tel dérapage se reproduise.

Caroline Pageau, Québec




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