Peut-on libéraliser le secteur agricole?

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«La renégociation de l'ALENA devrait être vue comme une opportunité d'abolir le système de gestion de l'offre, moyennant une compensation financière aux producteurs de lait, d'oeufs et de volaille, et de poursuivre la libéralisation du secteur agricole et agroalimentaire en général», écrit Alexandre Moreau.

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Le Soleil

(Québec) Le secteur agricole et agroalimentaire représente une part importante de l'économie canadienne, et cela grâce au fait que les producteurs et transformateurs canadiens ont accès au marché mondial pour y vendre leurs produits.

Cette réalité est toutefois étrangère aux 8 % des fermes qui sont sous gestion de l'offre, un système qui rend pratiquement impossible toute exportation ou importation et limite le niveau de production à la consommation domestique. 

Pour justifier le maintien de la gestion de l'offre, les associations de producteurs affirment qu'ils ne pourraient de toute façon pas être concurrentiels sur le marché américain et que sans ce système, ils perdraient même leurs parts du marché domestique. Pourtant, la quasi-totalité des agriculteurs canadiens tirent leur épingle du jeu sur le marché mondial, sans bénéficier de telles mesures protectionnistes.

Lorsqu'un secteur est soumis à un système de quotas et de tarifs comme c'est le cas pour les produits laitiers, les oeufs et la volaille, le niveau de production est à peu près égal à la consommation domestique qui, elle, varie selon les habitudes des consommateurs. Ainsi, la production laitière est demeurée relativement stable depuis l'instauration de la gestion de l'offre en 1971, puisque malgré une augmentation de la population, la consommation de lait par habitant ne cesse de diminuer.

Les producteurs laitiers du Canada ne peuvent donc pas profiter de la hausse de la consommation mondiale pour accroître leur production. Quant aux transformateurs laitiers, la saturation du marché canadien les a poussés à s'installer à l'extérieur du pays pour répondre à la demande mondiale.  

Au contraire, les secteurs qui ne sont pas soumis à ce type de contraintes peuvent produire beaucoup plus que le niveau de consommation domestique. En ce qui concerne les niveaux de production de soya et de blé, par exemple, ils ont considérablement augmenté au cours des quinze dernières années pour atteindre respectivement 886 % et 666 % de la consommation domestique en 2016. Cela signifie que pour chaque tonne de soya consommée au Canada cette même année, les agriculteurs canadiens en produisaient 8,9 tonnes. 

Confrontés à la concurrence internationale, les producteurs agricoles ont également de fortes incitations à innover pour réduire leurs coûts de production et ainsi répondre à la demande mondiale pour les produits ayant la plus forte valeur ajoutée. Au cours des vingt dernières années, le rendement moyen à l'acre des récoltes de canola a ainsi presque doublé, tandis que pour le soya, l'avoine et le blé, il a crû respectivement de 15 %, 52 % et 71 %. 

Pourtant, les subventions et mesures de soutien accordées aux producteurs hors gestion de l'offre ont été considérablement réduites et ne représentaient au cours des dernières années que moins de 3 % des recettes brutes, comparativement à 43 % pour la production de lait. 

Pour plusieurs types de production, le soutien aux agriculteurs canadiens est d'ailleurs considérablement inférieur à celui dont bénéficient leurs principaux concurrents aux États-Unis et dans l'Union européenne.  

Le Canada est tout de même le troisième plus grand exportateur d'oléagineux au monde et le cinquième en ce qui concerne les viandes bovines. Dans l'ensemble, c'est près de 60 % de la production agricole et agroalimentaire du Canada qui était destinée aux marchés étrangers, dont plus de la moitié vers le marché américain. Cela fait en sorte que le Canada se situe au cinquième rang mondial en termes d'exportation de produits agricoles et agroalimentaires.

Le libre-échange est clairement un atout pour l'agriculture canadienne. Pour cette raison, la renégociation de l'ALENA devrait être vue comme une opportunité d'abolir le système de gestion de l'offre, moyennant une compensation financière aux producteurs de lait, d'oeufs et de volaille, et de poursuivre la libéralisation du secteur agricole et agroalimentaire en général.

Alexandre Moreau, analyste en politiques publiques, Institut économique de Montréal (IEDM)




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