Il faut redéfinir le statut de réfugié

Le passage de notre frontière sud par un... (Le Nouvelliste, Olivier Croteau)

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Le passage de notre frontière sud par un nombre de plus en plus grand d'immigrants demandant le statut de réfugié nous a mis face à un problème international auquel nous n'étions pas habitués.

Le Nouvelliste, Olivier Croteau

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Point de vue
Le Soleil

(Québec) Depuis déjà quelque temps, la frontière canado-américaine est le théâtre d'une réalité qui nous était jusqu'ici plutôt étrangère. Nous suivions à la télé les migrations de populations africaines vers l'Europe. Mais nous voyions cela de loin, quelque chose de pratiquement impossible chez nous.

Les choses changent. Le passage de notre frontière sud par un nombre de plus en plus grand d'immigrants demandant le statut de réfugié nous a mis face à un problème international auquel nous n'étions pas habitués. Le terme réfugié peut de définir ainsi : «Un réfugié - au sens de la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés - est une personne qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité ou dans lequel elle a sa résidence habituelle; qui craint avec raison d'être persécutée du fait de son appartenance communautaire, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, et qui ne peut ou ne veut se réclamer de la protection de ce pays ou y retourner en raison de ladite crainte» (réf. : Wikipédia, avec les limites de cette base de données).

Tel que mentionné plus haut, les choses changent. Cette définition date de 66 ans. Il est raisonnable de penser qu'elle pourrait exiger une mise à jour aux réalités d'aujourd'hui. Depuis 1951, les réalités politiques, sociales, climatiques et économiques ont évolué énormément. Les réalités politiques ont beaucoup changé, de même que les sociétés elles-mêmes; ce qui devrait possiblement amener des ajustements à la notion de réfugié. Par ailleurs, nous vivons présentement une période où les sujets de changements climatiques et économiques doivent être évalués et amener des réflexions profondes et ce, aussi en matière de migration. Les changements climatiques amèneront sûrement des migrations d'importance avec les bouleversements qui frapperont notre planète : hausse du niveau des mers, cataclysmes, sécheresses, désertification, etc. 

En ce qui concerne les changements économiques, il est absolument clair que le système économique a beaucoup changé depuis 1951 : nous avons traversé la Guerre froide, des traités de libre-échange divers ont été paraphés dans diverses régions et, surtout, la mondialisation de l'économie a pris une envergure jamais vue. Le système capitaliste «mondialisé» domine pratiquement la planète et accélère l'élargissement entre les riches et les démunis. Que ce soit à l'intérieur des pays, ou encore d'un pays à l'autre, et maintenant d'un continent à un autre, la richesse n'a jamais été aussi concentrée dans un aussi petit pourcentage des habitants par rapport à celui des plus pauvres. La classe moyenne glisse rapidement vers le bas et vient progressivement grossir les moins favorisés. 

Les communications, contrairement à ce qui pouvait se passer dans les siècles et décennies précédents, permettent aux moins favorisés d'être conscients que certaines régions du monde ont un niveau de vie bien meilleur que d'autres. Après l'époque de la colonisation du monde par les Européens, il y a eu l'accession à l'indépendance pour bon nombre de pays africains, surtout au cours des années 60. Ensuite est venue l'aide au développement. Sous prétexte de développer les pays ayant obtenu leur indépendance, nos pays développés ont apporté «de l'aide au développement». Peu importe le nom que nous lui avons donné (aide au développement, coopération internationale, etc.), ce développement supposé visait d'abord deux choses tout comme la colonisation : obtenir les ressources naturelles de ces pays, et développer non pas leur économie, mais la nôtre.

Le résultat, nos pays se sont développés au cours des 50 dernières années à un rythme effarant, et les pays comme Haïti ou les pays africains sont demeurés au même stade de développement que dans les années 60, s'ils n'ont pas régressé. Et nous continuons de puiser dans leurs ressources sans vergogne à un rythme de plus en plus grand pour tenter de répondre à nos besoins qui, eux aussi, augmentent à un rythme jamais vu auparavant. 

Pour ce faire, et tout au long de ces années, nous avons débauché les dirigeants de ces pays par une corruption honteuse pour avoir accès aux ressources, ne pas avoir à payer un juste prix et à compétitionner les autres nations intéressées par les mêmes ressources. Je dis que nous avons débauché les dirigeants parce que dans une relation de corruption, oui il y a le corrompu, mais le corrupteur est d'autant plus coupable que c'est lui qui a le pouvoir de remettre ou non la somme ou le bien servant à corrompre. 

Un joueur important s'est ajouté dans toute cette course aux ressources et aux contrats pour réaliser des infrastructures dans les pays moins favorisés en les endettant à des niveaux supérieurs à leur capacité de payer. En effet, la Chine est devenue un joueur majeur dans ce cirque de supposé développement. Les migrations actuelles, qu'elles soient haïtiennes, sud-américaines ou africaines, ne sont en fait qu'une conséquence qui ira en augmentant dans une courbe exponentielle tant que nous n'aurons pas compris que l'intérêt général se trouve dans l'équité et la juste mesure. 

Tant que le niveau de vie de ces pays ne progressera pas, tant que la richesse sera concentrée dans si peu de mains, le phénomène s'amplifiera et amènera des bouleversements très importants. Pour arriver à augmenter le niveau de vie de ces populations, il faudra cependant accepter que le nôtre fléchisse quelque peu, et que l'Europe et l'Amérique du Nord diminuent le rythme de génération de besoins inutiles à une vie acceptable.

Dans les conditions actuelles, nous devons donc accepter que la notion de réfugié englobe aussi les domaines climatiques et économiques. Les conditions de vie de ces pays ne permettent présentement plus à leur jeunesse d'espérer une vie meilleure chez eux et un avenir acceptable dans un avenir envisageable. Nous n'avons pas le choix de les accueillir, si nous ne créons pas chez eux les conditions minimales de vie définies dans la pyramide de Maslow, pour les amener à pouvoir dépasser la réponse aux besoins primaires de l'eau, de la nourriture, du logement. Les migrations ne pourront diminuer et de toute façon, le niveau de vie général finira par diminuer; alors, pourquoi ne pas s'y mettre tout de suite?

Rémi Gosselin, coopérant volontaire depuis 12 ans, Québec




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