On exige beaucoup des médecins, appuyons-les

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Plusieurs médecins, au contact des réalités cliniques, peuvent avoir besoin de support psychologique.

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Point de vue
Le Soleil

(Québec) On apprenait récemment dans un article de Madame Élisabeth Fleury que le nombre de médecins en détresse était en augmentation au Québec et que le nombre de suicides inquiétait.

L'an dernier, j'ai souvenir qu'on avait rapporté quelques suicides d'infirmières dans la région et l'on sait que les policiers, bien que je n'ai pas consulté de données récentes, sont aussi considérés comme un groupe à risque. Il semble bien que, peu importe leur profession, les professionnels en contact avec la misère humaine sous toutes ses formes et qui veulent être au service des gens soient plus à risque de détresse psychologique et de suicide.

Pour ma part, je dirais que rares sont les médecins qui n'ont pas eu près d'eux connaissance du suicide d'un collègue. Déjà, pendant ma formation, je me souviens entre autres du suicide d'un étudiant de première année alors que j'étais en deuxième et de celui d'un résident brillant de chirurgie alors que j'étais externe. J'ai connu depuis de nombreux autres cas. Les jeunes hommes et femmes qui choisissent la médecine réalisent d'abord qu'il n'est pas facile d'y entrer et très rapidement qu'il n'est pas facile d'y rester. Le monde des soins n'a jamais été facile. Mais ces jeunes m'épatent par leurs connaissances et leur dévouement.

J'ai été de nombreuses années dans des postes de direction d'études médicales dans une Faculté de médecine et, dès le début des études, j'ai été à même de constater que des étudiants ont besoin de support psychologique, ce que les facultés font avec beaucoup d'attention et de suivi. Le contact avec la réalité clinique n'y est pas étranger. Je disais souvent aux groupes d'étudiants que je rencontrais qu'il fallait d'abord apprendre à rire en médecine : c'est une soupape essentielle.

J'ai connu le temps ou les étudiants prenaient contact avec des malades pratiquement trois ans après leur admission en médecine. La réalité clinique en effrayait souvent plusieurs et ils décrochaient alors. Une année, près d'une dizaine d'étudiants ont lâché. Étant responsable de ce segment de formation clinique, je parlais du «choc clinique», trouvant par ailleurs très dommage que des étudiants se retrouvent en situation d'abandonner une formation si avancée. Heureusement, le programme a été modifié. Tout cela pour illustrer comment ce contact peut être difficile pour certains.

La réalité des soins n'est pas plus facile ni moins exigeante pour la génération actuelle de médecins. On voit d'ailleurs des retraites précoces. Le monde a aussi changé et les règles régissant la pratique sont légion avec plusieurs contraintes. Les soins sont devenus un bien de consommation comme un autre et on désire même une garantie. On demande une disponibilité à toute épreuve et le médecin sait que, même à la douzième heure, l'oeil doit être aussi vigilant et la main toujours sûre. La pression est grande, les résultats parfois incertains dans la réalité et parfois cruels pour celui qui en espérait plus. Le plus souvent, il n'est pas possible de recommencer...

Je suis bien conscient que les médecins ne sont pas les seuls dans cette situation et qu'ils sont toujours privilégiés par rapport à d'autres travailleurs. Il nous faut cependant réaliser que certains ne peuvent supporter tout ce qu'on exige d'eux. Le Québec a déjà aimé ses médecins, je pense qu'un peu plus de reconnaissance serait souvent bienvenue. La médecine n'est pas facile, mais elle demeure extraordinaire comme profession.

Richard Gagné, médecin retraité, responsable de l'externat, 1985-1992, vice-doyen aux affaires cliniques, 1994-2002, faculté de médecine, Université Laval, Sainte-Pétronille




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